Immigration et exportation

Giovanni Peri et Francisco Requena-Silvente confirment une découverte récente de la littérature économique: les immigrés facilitent les échanges commerciaux entre leur terre d’accueil et leur pays d’origine.

 Les auteurs ont enquêté sur l’Espagne des années 1995-2008, période au cours de laquelle la proportion d’immigrants dans la population espagnole est multipliée par dix (10% en 2008) tandis que le taux d’ouverture augmente d’environ un tiers pour atteindre 44% du PIB. 

Selon eux le doublement du nombre de migrants augmente les exportations vers leur pays d’origine de 10% en moyenne. L’élasticité du commerce est encore plus forte lorsque les migrants proviennent de pays culturellement éloignés (ex: les Africains).

Explication: les communautés de migrants installées en Espagne offrent aux entreprises exportatrices le savoir-faire, les ressources informationnelles et l’atmosphère de confiance qui sont utiles pour accéder au marché de leur pays d’origine. Ceci est particulièrement vrai pour les biens différenciés (automobile, chimie…) dont la circulation internationale exige plus particulièrement le support d’un réseau rélationnel stable.

Il suit qu’on se gardera de laisser filer les immigrés en période de récession car la diminution des flux d’exportations qui en résulterait provoquerait une aggravation du marasme économique.

Ce travail est intéressant parce qu’il amène à penser commerce et migration en termes de complémentarité et non de substitution, comme le veut la théorie traditionnelle des dotations factorielles (dans le modèle canonique  le commerce international naît des écarts de prix occasionnés par les différences de dotations en facteurs de production que l’on suppose immobiles internationalement, si l’on relache cette dernière hypothèse il en résulte un rapprochement des prix de facteurs et de biens qui prive le commerce international de son intérêt).

Deux remarques. Les migrations encouragent les flux commerciaux inter-continentaux puisqu’ils contre balancent les effets de détournement d’échanges que provoquent souvent les accords commerciaux régionaux (des chinois installés en France entretiennent les échanges franco-chinois en dépit des accords commerciaux préférentiels et de la proximité géographique et culturelle qui nous incline plus à échanger avec nos partenaires européens).

Il serait également intéressant d’étudier l’impact des NTIC sur l’efficacité exportatrice des réseaux formels et informels de migrants. Après tout les nouvelles technologies offrent aux migrants la possibilité de garder le contact avec leur culture d’origine (chose difficile auparavant). Ce pourrait être une voie supplémentaire par laquelle la technologie encourage la mondialisation, tout en atténuant l’effet d’arrachement culturel auquel on l’associe souvent.

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