Quand les inégalités limitent les gains de la mondialisation

Plus un pays est inégalitaire, moins il bénéficie de l’ouverture aux échanges. C’est la conclusion à laquelle parviennent l’OIT et l’OMC dans un rapport commun consacré à l’expansion du secteur informel dans les pays en développement (il regroupe en moyenne 60% des actifs et n’offre pas accès à la protection sociale). Un intéressant papier vient de sortir sur cette question.  

Mauro Caselli utilise un modèle de croissance endogène dont la dynamique repose sur l’accumulation de connaissances à laquelle tous les individus ne contribuent pas optimalement en raison d’inégalités de dotation initiale et  d’imperfections sur le marché du crédit. Ceux qui ne disposent pas de ressources initiales suffisantes n’ont pas les moyens de se former tandis que les autres retirent de leurs investissements en capital humain un bénéfice marginal…décroissant.

Explication: selon Gary Becker un individu qui s’efforce d’accumuler du capital humain en obtient un avantage de plus en plus faible*. On montre alors que la société gagne à ce que le plus grand nombre bénéficie d’une formation même modeste  plutôt  que d’en réserver l’accès à une élite. 

Rapprochons cela de la « courbe de Kuznets » qui décrit la montée des inégalités sociales dans les premiers temps de l’industrialisation (le démarrage de la croissance exige une épargne abondante et la concentration des revenus nous dit-on). Caselli nous laisse penser que cette logique pourrait s’inverser dans des « économies de la connaissance » parce que le rendement individuel du principal facteur de croissance change d’allure: croissant dans le cas du capital financier, décroissant pour le capital humain. 

 

Que se passe-t-il en économie ouverte? Caselli nous explique que la concurrence internationale oblige une partie de la main d’oeuvre à changer d’activité et à (ré)investir en capital humain. Or une distribution des ressources trop inégalitaire constitue un obstacle à cet ajustement, prive certaines personnes des opportunités d’emplois et empêche le pays de récolter les gains potentiels de la mondialisation. Un travail économétrique vient appuyer la démonstration de l’auteur. 

*« L’incorporation du capital humain dans la personne limite les possibilités d’accumulation de l’investisseur en les rendant tributaires de ses capacités physiques et cérébrales. Autrement dit, le rendement marginal de l’investissement doit décroître, au niveau individuel, à mesure que l’effort augmente. Ce phénomène est propre au capital humain puisqu’un investisseur peut généralement placer autant d’argent qu’il veut au taux d’intérêt du marché (net du risque). Le capitaliste industriel ou financier peut donc accroître sa fortune presque sans limite tandis que l’homme cultivé ne le peut pas« . Louis Levy-Garboua (à propos de Gary Becker), Dictionnaire des grandes oeuvres économiques, sous la direction de Xavier Greffe et alii, Dalloz, 2002.

DG

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s