Histoire coloniale et commerce international

La France a-t-elle une responsabilité dans l’actuelle situation économique de ses anciennes colonies africaines? Certains l’affirment et vont jusqu’à réclamer une indemnisation tandis que d’autres évoquent un «homme africain» qui n’aurait pas su tirer profit des «aspects positifs» de l’héritage colonial.

Pour sortir de ce dialogue de sourd il est utile de lire l’article de José de Sousa et Julie Lochard (2009). On y découvre que les ex colonies françaises sont beaucoup plus isolées du commerce international que les anciennes possessions de la couronne britannique puisque sur la période 1993-2004 les échanges entre les premières et 50 pays de l’OCDE sont 36% inférieurs.

Est-ce la preuve que la colonisation française eut des effets négatifs spécifiques et durables? Pas si sûr, car il faut tenir compte de la causalité inverse : le choix de coloniser telle ou telle région a été influencé par son dynamisme initial. C’est ainsi que la France s’est installée dans les régions les plus isolées et les moins habitées du continent africain, contrairement à l’Angleterre qui préféra se tourner vers les zones avec lesquelles elle commerçait intensément dès le XVIIIième siècle. En tenant compte de ce «biais d’endogénéité» on constate que la puissance commerciale des pays africains est indifférente à l’identité de leur ancienne «métropole».

On imagine que les adversaires de la «repentance»  trouveront là matière à relativiser le bilan de la colonisation puisque, après tout,  le colonisateur anglais n’aurait pas fait mieux à notre place… Ils pourraient également affirmer que les «bénéfices» de la présence française ont été annulés après les indépendances lorsque ces pays ont renoué, pensent-ils, avec leur «léthargie» pré coloniale.

C’est aller un peu vite en besogne car d’autres interprétations sont possibles. La période d’indépendance a peut-être permis de neutraliser les effets négatifs d’un héritage institutionnel français dont certains travaux ont montré qu’il était défavorable au dynamisme économique (le code civil apporterait une protection aux investissements et à la propriété inférieure à celle que procure le droit anglo-saxon selon La Porta (2008)); et dans la mesure où la France a placé la conquête spatiale (objectif politique) devant la recherche de débouchés pour ses industries (objectif économique) on s’interroge sur la teneur de ces « aspects positifs » qu’auraient négligés ou gaspillés les africains une fois devenus indépendants.

Le travail de José de Sousa et Julie Lochard doit être complété (par exemple en analysant la composition sectorielle des échanges commerciaux et pas uniquement leur volume) mais s’il  venait à être confirmé il signifierait que l’histoire de la présence française dans ces territoires, quel que fut son impact, n’exerce plus d’effet spécifique sur leur dynamisme commercial. Nous démentirions enfin le Dictionnaire des Idées Reçues dans lequel Gustave Flaubert écrivit: «Colonies (Nos): S’attrister quand on en parle!».

DG

 

Jose de Sousa, Julie Lochard, « Histoire coloniale et commerce international« , Revue Economique, vol 60, n°3, mai 2009. 

La Porta R., L. de Silanenses, F. Schleifer, 2008, «The Economic Consequencies of Legal Origins» Journal of Economic Literature, 46.

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