Un protectionnisme éclairé est-il possible?

« Blues Brothers » (1980)

Les obstacles aux échanges profitent-ils à la croissance économique?

Plutôt que de se lancer dans une énième étude empirique où l’on confronte rythme de progression du PIB et niveau moyen de la protection commerciale Nathan Nunn et Daniel Trefler (2009) attaquent le problème sous un angle plus qualitatif pour évaluer les conséquences du protectionnisme tarifaire selon sa sélectivité sectorielle. Au terme d’une analyse économétrique qui porte sur soixante-trois pays il apparait que la protection des secteurs innovants et riches en main d’oeuvre qualifiée est associée à un gain de croissance mais le lien de causalité est beaucoup plus indirect qu’on ne l’imagine. L’impact immédiat des barrières aux échanges sur l’économie est limité (les auteurs lui attribuent 25% du gain total de croissance) et le supplément de production que l’on observe localement n’exerce aucun effet d’entraînement sur la globalité des investissements en recherche et développement ou en capital humain.

Les auteurs résolvent cette énigme en portant leur réflexion plus en amont ce qui les conduit à s’intéresser aux processus politiques qui précédent la mise en oeuvre des barrières tarifaires. En s’appuyant sur une modélisation de la protection endogène à la Grossman Helpman (1994) ils montrent qu’un secteur riche en main d’oeuvre qualifiée est d’autant mieux protégé de la concurrence extérieure que le gouvernement est sensible à l’intérêt général. Ceci les amène à découvrir que lorsqu’un pays bénéficie d’une gouvernance de qualité, définie selon les critères de la Banque Mondiale (1) il obtient non seulement de meilleurs résultats en termes de croissance mais aussi dans le profil de sa politique commerciale, ce qui se manifeste par le refus de protéger en priorité les secteurs les moins innovants. Les trois-quarts de la causalité positive tarif/croissance trouveraient ainsi leur origine dans l’existence d’un contexte institutionnel propice à une judicieuse structure tarifaire qui décourage la recherche de rente et la corruption. Bien sur ce travail demande à être vérifié par d’autres estimations mais dans ce domaine comme dans d’autres (2) Nathan Nunn et Daniel Trefler nous semblent ouvrir une piste de réflexion innovante et très fructueuse.

(1) Droit d’expression des citoyens, absence de violence politique, efficacité de l’action publique, qualité règlementaire, état de droit et lutte contre la corruption. Les auteurs insistent sur ce dernier point et estiment qu’une structure tarifaire favorable aux secteurs à main d’oeuvre relativement qualifiée signale une meilleure capacité des pouvoirs publics à s’extraire de l’influence des lobbies et à résister à la corruption. Il en résulterait un moindre gaspillage de ressources qui compterait pour 30% de la causalité tarif/croissance.

(2) Voir les travaux percutants de N. Nunn à propos des conséquences de l’esclavage sur les économies africaines (commenté ici par F. Candau) ou encore le rôle qu’il attribue aux facteurs institutionnels dans le choix de la spécialisation commerciale.

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