La zone Euro a été relativement épargnée par la crise, mais l’austérité l’a prolongée

croissancepotentielle

Le Focus du 13 mars 2015 (Banque de France) apporte un éclairage intéressant sur la sensibilité des Etats-Unis et de la zone Euro à la crise.

Au plus fort de la récession, l’écart entre le PIB potentiel (l’offre maximum de biens et services compatible avec la stabilité des prix) et le PIB observé est deux fois plus important Outre-Atlantique (-6%) que sur le vieux continent (-3%).

Entre 2009 et 2011, la zone Euro se redresse et l’écart de croissance (« le gap ») est en passe de disparaître, alors que les Etats-Unis se situent toujours bien en dessous de leur potentiel.

Les choses changent à partie de 2011. La panique des Etats et des opinions publiques européennes face à la montée de l’endettement public, conjuguée à la propagande anti-dette des populistes droitiers, précipitent l’abandon prématuré des plans de relance. Le résultat est net: en 2013 et 2014, la zone Euro replonge comme en 2009, alors que les Etats-Unis marquent simplement un temps d’arrêt dans la reprise.

D’après cette étude, les deux blocs économiques devraient retrouver un niveau d’activité à peu près « normal » en 2019.

Il est intéressant d’observer que l’Euro n’a pas empêché les économies de la zone de croître au delà de leur PIB potentiel, au cours des périodes 1999-2002 et 2006-2008, alors que les Etats-Unis restaient affaiblis après la récession de 2001.

Yanis Varoufakis s’oppose fermement au nationalisme

varougarou

« Je tiens à différer de ceux qui ont imputé la crise de l’Europe « à l’Allemagne » et « aux Allemands ». Je me suis toujours opposé à cela pour deux raisons. Tout d’abord, « les Allemands » ça n’existe pas. Pas plus que « les » Grecs. Ou « les » Français. (…) En 1929, un accident à Wall Street a commencé le processus qui a démantelé la monnaie commune de l’époque – le Gold Standard. En 2008, un autre accident à Wall Street a commencé le processus de fragmentation de la zone euro. À ces deux occasions, les Français se retournèrent contre les Allemands, les Allemands contre les Français, avant que les Français ne se retournent contre les Français, les Grecs contre les Grecs et les Allemands contre les Allemands. À ces deux occasions, dans les années 1930 et maintenant, les seuls bénéficiaires ont été les bigots, les nationalistes, les xénophobes, les misanthropes. L’œuf du serpent n’a pas mis longtemps à éclore dans de telles circonstances.
(…)
Donc, jamais plus de stéréotypes sur les Grecs, les Allemands, les Français, tout le monde. Tendons la main à tous ceux qui veulent refaire de l’Europe un royaume démocratique de prospérité partagée. Chers amis, la diversité et la différence n’ont jamais été le problème de l’Europe. Notre continent a commencé à se réunir avec de nombreuses langues et des cultures différentes, mais il est en train de finir divisé par une monnaie commune. Pourquoi ? Parce que nous laissons nos dirigeants faire quelque chose qui ne peut pas être fait : dépolitiser l’argent, pour faire de Bruxelles, de l’Eurogroupe, de la BCE, des zones franches apolitiques. Quand la politique et l’argent sont dépolitisés ce qui se passe, c’est que la démocratie meurt. »

Extrait du discours prononcé le dimanche 23 août à Frangy-en-Bresse.

Les errements économiques et politiques de Jacques Sapir

impasse

Le troublé crée par la préconisation d’un « Front de Libération Nationale » anti Euro va s’amplifiant. Les explications embarrassées et contradictoires de son auteur, Jacques Sapir, se traduisent par une arrogance de plus en plus prononcée vis-à-vis de ses nombreux contradicteurs. 

Je reprends ici l’essentiel du dernier billet de Jacques Sapir, agrémenté de remarques personnelles inscrites en rouge dans le texte, à l’instar d’un corrigé de copies d’élèves…celles qui sont à l’horizon de cette fin de mois d’août.

Le débat qui s’est engagé au sujet de la possibilité, ou non, de constituer des « fronts » dans la lutte contre le système politique qui s’est constitué autour de l’Euro révèle les inconséquences d’un certain nombre d’intervenants. Ces inconséquences peuvent se situer au niveau de l’analyse, comme elles peuvent se situer au niveau de l’action politique. Ces inconséquences désarment ainsi les courants d’idées et les courants politiques, qui sont engagés dans le combat contre l’austérité et l’Euro.

Inconséquences analytiques

La première de ces inconséquences vient du fait de considérer l’Euro seulement comme une monnaie, et donc de n’aborder la question que sous l’angle économique. Non que ce dernier ne soit important. Les conséquences économiques de l’Euro sont pour certaines, immédiates et directes sur la croissance et le niveau d’activité économiques [ Mr Sapir semble croire que le débat économique est clos et que le procès économique de l’Euro s’est terminé par une condamnation définitive. Or, contrairement à ce que racontent les souverainistes, le PIB/hab de la zone euro a augmenté aussi rapidement que celui des Etats-Unis entre 1999 et 2011]. Ce qui joue le rôle déterminant est ici le fait que l’Euro fonctionne en réalité comme un système de parités fixes entres les différentes économies, comme l’ancien étalon-or [Non, il s’agit d’un système de monnaie unique avec banque centrale unique et liberté de mouvements de capitaux] . Le système de l’étalon-or avait eu des conséquences catastrophiques dans les années 1930, et l’Euro a les mêmes conséquences aujourd’hui [Non. La catastrophe de l’étalon-or a été causée par l’irréalisme des parités monétaires au sortir de la guerre de 14-18, alors que, pour ne prendre que la France, la valeur de l’Euro a été fixée à un taux non surévalué. L’effondrement du système financier durant l’entre-deux-guerres à beaucoup à voir avec les égoïsmes nationaux, les conséquences financières du traité de Versailles et l’impossibilité pour les Etats-Unis de prendre le relais  de l’Angleterre en tant que puissance hégémonique capable d’imposer une coopération. A la différence des années trente, l’Euro a évité des dévaluations compétitives destructrices et la BCE, il est vrai tardivement, a joué le rôle de prêteur en dernier ressort auprès des pays en difficultés].  Mais, ces conséquences viennent aussi de l’influence prise par la financiarisation qui a pris un nouveau tournant avec la mise en place de l’Euro [Non, l’Euro n’a pas donné lieu à une explosion des titres financiers libellés en euros, ni à une explosion des crédits à l’intérieur de la zone euro. Les pays du Sud de la zone Euro ont connu un endettement cohérent avec leur taux de croissance supérieur à celui des pays du Centre de la zone Euro. L’Euro n’a pas particulièrement favorisé les bulles spéculatives immobilières. Des bulles d’ampleur équivalente ont existé avant l’Euro et hors de la zone Euro. La crise financière européenne s’explique par un décalage de croissance entre le Sud et l’Allemagne, qui a provoqué des transferts de capitaux de l’Allemagne et du reste du monde vers les marchés immobiliers florissants du sud de l’Europe]. Ces conséquences là sont indirectes mais sont effectivement importantes. La crise de 2007-2008 n’aurait ainsi pas eu les mêmes conséquences en Europe sans l’Euro [Bien au contraire. Sans l’Euro, la défiance vis-à-vis du dollar aurait été plus forte et les marchés mondiaux auraient absorbé encore plus de crédits titrisés, puisque ces derniers étaient des substitut au dollar, comme l’explique Michel Aglietta]. La dimension simplement économique des conséquences de l’Euro pourrait donc justifier que l’on se prononce contre. Mais, c’est s’aveugler gravement que de ne pas voir que les implications de l’Euro vont bien au-delà de ces seuls faits. [Mr Sapir néglige les évolutions du système Euro: union bancaire, Quantitative easing de la BCE, afin de mieux « démontrer » la fatalité d’une explosion du système qu’il prédit chaque année, et qui n’arrive jamais].

L’Euro est un projet politique. Pour les promoteurs de la monnaie unique, et il ne s’en sont jamais cachés, il s’agissait de faire subir à l’Union européenne un saut décisif vers le fédéralisme, mais de le faire de manière implicite, sans jamais demander une validation démocratique dont ces mêmes promoteurs pressentaient qu’elle serait refusée [Idée reçue. Il en va du marché unique comme de la monnaie unique: ces institutions politiques ont été mises en place pour ne pas avoir à parler de fédéralisme, et non pas pour préparer l’avènement de l’Europe politique]. La nature antidémocratique du projet est inscrite dans ce dernier dès l’origine. [Monsieur Sapir oublie que les Français ont voté pour l’Euro] Il s’agissait donc, dans l’esprit de ces promoteurs, de faire basculer de manière décisive les règles et les méthodes de gouvernement pour les pays qui l’adopterait. L’Euro, ce n’est donc pas seulement des institutions explicites comme la Banque Centrale Européenne ou implicites comme l’Eurogroupe. C’est aussi un principe de gouvernement qui, du fait des conséquences économiques de l’Euro s’affirme sous la forme d’une évidence progressivement à tous ceux qui l’acceptent. Elle les amène, ou les contraints à accepter, le démantèlement de l’ensemble des institutions sociales, qu’il s’agisse des différentes mesures prises depuis 1945 ou du Code du travail. L’Euro est donc à l’origine de la grande régression qui est en train de se produire sur le terrain social. Mais, l’Euro fonctionne aussi comme un cadre qui vide la démocratie de son contenu, et progressivement de son sens [Toute l’Europe vit à l’heure néolibérale. Les pire régressions sociales de ces dernières années ont eu lieu en dehors de la zone euro (Nord de l’Europe et Angleterre où le revenu disponible par ménage stagne depuis 10 ans) et dans les pays où l’état social n’est pas encore solidement implanté (Grèce)].

On peut voir, à partir de l’Euro, se matérialiser l’idée d’un gouvernement par les règles, gouvernement qui est celui des « experts » anonymes, de ces personnes grises et irresponsables qui exercent aujourd’hui une réalité de plus en plus importante du pouvoir. Ce principe de gouvernement constitue la plus formidable subversion de la démocratie auquel on ait assistée depuis 1945[1]. C’est la raison fondamentale de l’assaut frontal contre la souveraineté populaire et contre la démocratie [2 Grecs sur 3 ne veulent pas sortir de la zone Euro, 60% des ouvriers français sont pour l’Euro etc…]auquel on a assisté lors de la crise grecque de juin et juillet dernier. Ce gouvernement par les règles est consubstantiel avec l’influence de ce que l’on appelle le « néo-libéralisme »[2]. Il va bien au-delà du simple ordo-libéralisme promu par l’Allemagne[3]. C’est commettre une erreur que de limiter la réflexion à ce seul aspect. L’ordo-libéralisme n’est que la forme particulière prise à un moment donné par ce gouvernement par les règles. Si le principe même du gouvernement par les règles impose de prendre des distances avec l’ordo-libéralisme, il convient de savoir que le système le fera sans remords ni regrets. L’Euro est en réalité une manifestation de ce que Michel Foucault appelait la « biopolitique », c’est à dire la disparition de la politique derrière des principes pseudo-naturels[4].[Pauvre Michel Foucault…L’ordolibéralisme est à ses yeux une construction très différente du vieux libéralisme qui était fondé sur des principes pseudo-naturels. De plus, la conception foucaldienne du pouvoir est totalement étrangère à la focalisation sapirienne sur une seule et unique institution, l’Euro. Ajoutons que Michel Foucault était sensible aux aspects contradictoires du néolibéralisme, qui gouverne les individus à distance et donc leur accorde une marge de liberté supplémentaire par rapport à la gouvernementalité antérieure.]

La nature éminemment politique de l’Euro constitue ses institutions, explicites ou implicites, en une totalité qui fait système. Il est donc profondément inconséquent de réduire la question de l’Euro à des questions économiques, aussi juste soient-elles, ou à des questions sociales.

(…)

Inconséquences politiques

Il n’y a pas que [Lourdeur de style] dans l’analyse où l’on trouve des positions inconséquentes. De fait l’inconséquence politique existe aussi, et elle est en réalité bien plus grave que l’inconséquence analytique.

La crise grecque fut-elle une simple péripétie ou a-t-elle constitué un point de rupture, une césure séparant une période d’une autre ? De très nombreux analystes pensent que nous sommes entrés dans une nouvelle phase avec les événements de juin et juillet 2015, et ils ont raison [Non, la crise grecque a révélé des rouages et des rapports de force qui s’étaient exercés sur le Portugal, l’Italie ou l’Espagne]. L’assaut brutal mené par les institutions européennes contre un Etat souverain, l’absence de toute négociation réelle, et le déni de démocratie qui en a résulté ont bien provoqué un changement brutal des représentations à l’échelle européenne [Jugement partial. La férocité des créancier s’est appuyée sur le conservatisme financier qui suit souvent la mise en œuvre de plans de relance, et contre lequel Keynes s’était insurgé en 1937. La Grèce n’a pas seulement attiré contre elle ses créanciers (d’ailleurs très divisés) mais aussi des opinions publiques souverainistes tout autant attachées au principe de non solidarité financière que le Dr Schauble. Les souverainistes de droite ont contribué à la démolition de l’économie grecque, celle-ci jouant le rôle de  bouc émissaire  ]l’ensemble des éléments conduisant à ces actes d’une brutalité inouïe étaient déjà en place en Europe depuis plusieurs années, et que certaines des méthodes avaient été employées contre le gouvernement chypriote en 2013. Mais, le niveau de violence, qu’elle soit symbolique ou réelle, le mépris affiché pour des actes démocratiques, ont franchi une nouvelle étape. Surtout, la représentation de ce qui se passait a eu un très large écho non seulement en Grèce mais dans toute l’Europe. On peut considérer que c’est le changement au niveau des représentations politiques qui a été réellement décisif. L’emploi de mots comme « trahison », « capitulation », ou « résistance », mots dont ont usé quasiment tous les commentateurs politiques, indique bien que quelque chose de décisif s’est produit tant en Grèce qu’à propos de la Grèce. Une accumulation quantitative se transforme en un changement qualitatif [Jacques Sapir emprunte un tour de phrase dont raffole Eric Zemmour, qui lui même l’a emprunté à Engels]. Nous en sommes là.

A une nouvelle période correspond de nouvelles taches [Les anciens gauchistes reconnaîtront un style léniniste]. Si la nature des objectifs reste la même, la disparition de l’Euro compris comme clef de voute d’un système profondément anti-démocratique fonctionnant au sein de l’Union européenne, la configuration politique nécessaire change. Elle impose désormais la constitution de « fronts », allant au-delà des alliances traditionnelles. C’est la constatation faite par Stefano Fassina[6], que j’ai reprise [reprise et déformée, car l’entourage de Stéfano, si ce n’est lui même, condamne l’élargissement du front anti euro aux partis xénophobes comme le FN], et qui fut aussi reprise par un certain nombre d’acteurs. Cette notion de « fronts » impose, aux uns et aux autres de sortir de « l’entre soi ». Car, si une alliance repose sur de larges points communs, la dynamique des « fronts » réduits ces points communs au strict indispensable pour atteindre aux objectifs visés. Ne pas comprendre que le changement dans la situation politique impose un changement dans les formes d’action politique est justement une forme de cette inconséquence politique [L’inconséquence politique est du côté de Mr Sapir, qui veut répondre à l’antidémocratie européenne par une coordination politique avec des forces antidémocratiques ou autoritaires. Mais il est vrai que Mr Sapir a concocté un plan de sortie de la France de l’euro en 6 mois, par le biais de l’article 16 de la Constitution…].

Mais, même chez des dirigeants politiques qui, semblait-il, avaient compris le sens de la nouvelle situation, on n’est pas à l’abri de formulations inconséquentes. Ainsi, chercher à revenir en arrière, comme l’a fait Eric Coquerel lors de la discussion que nous avons eu le jeudi 28 août sur « Arrêts sur Image », commencer à nier qu’une rupture se soit produite pour finir par l’admettre du bout des lèvres, c’est aussi une grave inconséquence politique. Que le Parti de Gauche veuille se coordonner avec d’autres formations européennes de la gauche radicale sur ce qu’il appelle le « plan B » se comprend parfaitement. Qu’il limite cette coordination à cette seule aire politique, qu’il ne pose pas la question d’une coordination allant au-delà de son aire politique traditionnelle, revient à refuser de traduire dans les actes les conséquences du changement de période. Or, la nouvelle période rend l’entre soi suicidaire.[L’hypocrisie de Mr Sapir est à son comble. Réalisée en coordination avec le FN, le jour de l’exclusion de  Jean-Marie le Pen, l’opération du Front antiEuro était vitale pour que le FN maintienne sur les questions européennes une distance programmatique avec les partis de gauche déconcertés par le sort réservé à la Grèce et à Syriza. Alors que la gauche européenne est en train d’ouvrir les yeux sur certaines réalités, Sapir fait la proposition irréaliste d’un Front antiEuro incluant les xénophobes afin que ces derniers continuent d’apparaître comme les opposants les plus fermes à l’Euro.].

La question des rapports avec des forces n’appartenant pas au même arc politique que le sien est donc posée. Car, on pressent bien qu’aucune force à gauche ne pourra atteindre par seule croissance interne ou par des alliances avec des proches la masse critique nécessaire pour se hisser au niveau des responsabilités de la période [CQFD. Existe-t-il une majorité électorale pour la sortie de l’Euro en France?]. Cette question n’est pas posée sans principes, et le premier doit être la vérification d’une compatibilité minimale des objectifs ce qui aboutira à exclure certaines forces, aujourd’hui le Front National [Exclure le FN est vital puisque le FN élabore un programme xénophobe et autoritaire]. Mais, cette question ne doit pas être posée sans implications pratiques et concrètes. De ce point de vue, l’attitude du Parti de Gauche qui reconnaît par une main ce changement de situation, mais qui cherche à en limiter les conséquences de l’autre, pose un véritable problème. Et ce, d’autant plus, que les choses bougent par ailleurs. La présence de Jean-Pierre Chevènement à l’Université d’été deDebout la France de Nicolas Dupont-Aignan, le samedi 29, août est significative. Que Jean-Luc Mélenchon refuse de faire tribune commune avec Nicolas Dupont-Aignan, comme il avait été entendu il y a quelques jours montre que le sectarisme continue de polluer l’action politique. Car, tout le monde comprend que Mélenchon et Dupont-Aignan n’ont pas les mêmes idées sur bien des terrains, et peuvent même s’opposer de manière très violente l’un à l’autre. Mais, ce qu’impose cette nouvelle période dans laquelle nous sommes entrés est que l’on vérifie la possibilité d’un accord sur la question de l’Euro, c’est de savoir si des dirigeants politiques sont capables de discerner ce qui relève de la « cuisine » politique et ce qui relève de l’intérêt général [La démonstration que la sortie de l’Euro est une option hautement souhaitable pour la France n’a pas été apportée par Mr Sapir. La thématique de l’europhobie rassemble les souverainistes, c’est tout.]. Laisser au sectarisme le choix du calendrier, c’est une troisième forme d’inconséquence politique.

Le problème, ici, est que l’accumulation des inconséquences, que ce soit celles des analystes et des intellectuels dont certains semblent plus préoccupés de leur virginité politique que du bien commun, ou que soit celles des dirigeants politiques, aura un coût politique énorme. Ces inconséquences empêchent aussi d’éduquer militants [L’éducation implique l’absence de confusion, or les explications alambiquées de Mr Sapir sur la nature du FN ne contribuent à éduquer personne], adhérents et sympathisants aux taches qui se profilent et risquent fort de ne laisser le choix qu’entre l’impuissance totale ou la véritable confusion des motifs, car aucune limite ne sera plus possible alors. De ce point de vue, il est urgent de se remettre à faire de la politique dans le sens le plus noble de cette dernière [La noblesse de la proposition sapirienne a échappé à beaucoup de monde, mais pas aux arrivistes du FN].

[1] Voir Sapir J., Les économistes contre la démocratie, Paris, Le Seuil, 2002.

[2] Denord F., Néo-libéralisme version française, histoire d’une idéologie politique, Paris, Demopolis, 2007

[3] Dont les racines sont étudiées dans Friedrich C-J, « The Political Thought of Neo-Liberalism », American Political Science Review, 1955, 49/2, pp. 509-525.

[4] Foucault M., Naissance de la biopolitique, Paris, Gallimard/Seuil, 2004.

[5] Sapir J., La fin de l’eurolibéralisme, Paris, le Seuil, 2006.

[6] Voir http://russeurope.hypotheses.org/4235

Les affabulation souverainistes sur le coût d’un fédéralisme budgétaire européen

 

ouzoDepuis quelques mois, les milieux de l’europhobie bruissent d’une étrange rumeur d’après laquelle l’Allemagne n’aurait aucun intérêt à approfondir l’union monétaire par crainte d’avoir à financer des transferts fédéraux ruineux au profit de l’Europe du Sud.

Un chiffre ébouriffant circule: 232 milliards d’Euros (9% du PIB allemand). Voilà ce que  l’Allemagne devrait verser chaque année pendant 10 ans pour que la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie mettent à niveau leur compétitivité.

Munis de cette statistique apocalyptique, les croyants du Franc ressuscité  essaient de convaincre l’opinion publique que  l’Allemagne préfèrera toujours le statu quo.

Un rapide examen montre que ces chiffres aberrants proviennent de Jacques Sapir, l’économiste et expert en armement russe, compagnon de route du souverainisme.

La fausseté de l’argumentation sapirienne se décline en deux temps:

-Fallace théorique: la théorie économique conditionne le fonctionnement harmonieux d’une union monétaire à l’existence de mécanismes de transferts fédéraux qui visent non pas à niveler les structures économiques mais à aplanir les différentiels de conjonctures. A ce sujet, une étude du Trésor (« Un budget pour la zone Euro« ), parue en octobre 2013, montre qu’un budget de l’ordre de 200 milliards d’Euros (2% du PIB de la zone Euro) serait suffisant pour enclencher une participation de tous les pays à la stabilisation des dettes publiques.  La méthode ne consisterait pas à assommer le contribuable mais à centraliser une part de la fiscalité sur les bénéfices et des dépenses chômage existantes pour soulager les finances des Etats exposés à la récession et retirer un peu de grain à moudre à ceux qui passent entre les gouttes. Ce système aurait l’avantage de transférer au plan fédéral une partie des dettes nées de la crise et de soulager les pays les plus exposés à la pression des marchés financiers. Le cas échéant, l’Allemagne pourrait bénéficier de ce mécanisme en cas de croissance insuffisante, comme cela se vit au début des années 2000. Payé par tous les Etats et destiné à tous, ce mécanisme assurantiel pourrait absorber 20% d’un choc de demande. Des options plus ambitieuses sont envisageables, soit en mutualisant plus de ressources et de dépenses, soit en partageant celles qui sont les plus sensibles à la conjoncture. On comprend que Monsieur Sapir préfère passer sous silence ces projets conformes à la théorie économique la plus élémentaire, car si cela aboutissait à ce que l’Europe prenne en charge une partie des aides sociales, la propagande souverainiste sur « l’Euro des riches » s’effondrerait comme un soufflet.

-Entourloupe mathématique. Il y a quelque chose d’amusant dans le tour de passe-passe qui autorise Jacques Sapir à chiffrer le coût net du fédéralisme pour l’Allemagne (et elle seule, ce qui n’est pas très fédéral convenons en) à quelques 2000 milliards d’euros. Dans un premier temps, on calcule les sommes nécessaires pour que les pays du Sud de la zone Euro récupèrent le retard accumulé en matière de recherche et développement au cours des 10 ans qui ont suivi le lancement de l’Euro (1999-2010). Dans un second temps, on double la mise parce qu’on nous dit que ces pays doivent suivre le rythme des autres dans les dix années suivantes. Dans un troisième temps, on rajoute quelques dizaines de milliards en invoquant de nécessaires mises à niveau du capital humain et de la demande intérieure. Au total, Monsieur Sapir nous explique que le fédéralisme budgétaire impliquerait que la Grèce reçoivent annuellement (et pendant 10 ans)  14% de son PIB, essentiellement de la part du contribuable allemand. Pour justifier ce fabliau, il faut que la méthodologie emprunte  elle même au merveilleux: méconnaissance de la notion de zone monétaire optimale (les transferts budgétaires doivent stabiliser la conjoncture et non pas niveler les structures économiques), simplisme causal (budgets de recherche et développement à l’allemande=productivité allemande?, phobie de l’Euro ( pourquoi démarrer les compteurs en 1999, alors que la productivité industrielle grecque a baissé bien avant l’Euro et non depuis?), conception magique de la politique budgétaire (comment imaginer que les  » économies du Sud » deviennent des  » économies du Nord » en deux quinquennats sapiriens?).

Ainsi donc, parce que les besoins de la cause souverainiste exigent  un chiffre-slogan pour faire entrer dans le crâne des gens la perspective d’un effondrement de la monnaie unique, on  tripatouille les données, on met sous le tapis la théorie économique et l’on caresse dans le sens du poil l’électorat conservateur et nationaliste qui redoute moins la crise que d’avoir à  « payer-pour-les-Grecs » , électorat stupide et borné avec l’appui duquel les dirigeants allemands et français ont entraîné, ou laissé entraînér, l’Europe dans la crise.

Les approximations souverainistes sur le coût de l’Euro pour la France

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 En mai 2015, Monsieur Jacques Sapir a publié un article intitulé « Sortir de l’Euro ».  Je reproduis  ci-dessous le début du document en y insérant des commentaires afin que le lecteur puisse se faire une idée sur la façon dont l’économiste devenu militant souverainiste s’arrange avec les faits et les concepts.

« La question de la sortie de l’Euro a une dimension technique. Mais, elle a pris une dimension politique. On sait que de nombreux français [Ils sont très nombreux : 71% des Français rejettent une sortie de l’Euro (cf IFOP mai 2015 Les Français et l’Europe 10 ans après le TCE ] en particulier chez les plus de 50 ans, sont hostiles à cette solution car ils craignent d’en supporter le coût [Caricatural. Les 50-64 ans sont autant favorables à l’Euro que le reste de la population (70%), ce sont les + de 65 ans (81%) qui témoignent d’une aversion particulière  contre le retour à une monnaie nationale]. Les + de 65 ans ne pensent pas qu’à eux mais aussi à leurs enfants et petits-enfants, d’ailleurs 73% des 18-24 ans sont favorables à l’Euro]. L’opinion publique est actuellement convaincue que l’Euro représente bien un obstacle à la croissance et au développement du pays mais elle est hostile à une sortie, en raison de cette inquiétude exploitée par une presse faisant assaut de prédictions catastrophistes [Le complot de la presse ? En réalité les Français sont meilleurs dialecticiens que l’exalté Sapir: ils critiquent les politiques d’austérité mais ne souhaitent pas jeter l’Euro avec l’eau du bain ]. C’est pourquoi cette question doit être abordée publiquement. D’un part, il convient de commencer un travail de pédagogie [On craint le pire…] pour convaincre de la faisabilité d’une telle sortie. D’autre part il faut aussi éviter de se trouver enfermé dans ce que l’on peut appeler « l’option grecque » : un refus de l’austérité et un refus d’une sortie de l’Euro. Ces deux propositions sont en réalité contradictoires [CQFD]. Mais, elles présentent pour tout gouvernement qui accepterait de se situer dans cette alternative le risque de se dédire sur les deux terrains [Dans une tribune de 2011, Monsieur Sapir nous expliquait le contraire].

  1. Le constat.

Il est donc [donc numéro 1] important de pouvoir avoir un débat sur la question de l’Euro en dehors de tout contexte catastrophiste. C’est une nécessité pour la démocratie, mais c’est aussi une nécessité pour que l’option d’une sortie ne soit pas bloquée par avance par de fausses prédictions. Lors de la réunion publique que j’ai eue le 6 mai avec Xavier Ragot [Vidéo ici, où l’on constate que Xavier Ragot (OFCE) domine largement le débat face à un Jacques Sapir flou et anecdotique], un certain nombre de thèmes ont pu être abordés et des convergences sont apparues sur plusieurs de ces thèmes. Ces thèmes portent à la fois sur le bilan [Avec les aspects positifs de l’Euro?] que l’on peut tirer de l’Euro, mais aussi sur les perspectives de sa sortie.

  1. Il convient de rappeler tout d’abord ce que l’Euro a coûté à l’économie française 1].
    1. L’Euro est directement responsable [Euro=outil monétaire ?UE ?BCE ? politiques budgétaires ?] de 30% du chômage actuel, en raison de l’effet de freinage qu’il a exercé sur la demande et sur l’activité de la France, depuis la seconde moitié des années 1990. Le chiffre de 30% a été avancé par Ragot, sur la base des calculs de l’OFCE. [Contre Vérité. Xavier Ragot n’évoque pas le coût de l’Euro mais  l’impact de la modération salariale allemande sur l’emploi français. Selon lui, la concurrence allemande expliquerait 30% du chômage actuel. Mais rien ne dit qu’une sortie de l’Euro permettrait, in fine, de résorber ces pertes et l’avenir nous dira si l’avance de l’Allemagne en termes de compétitivité-coût reste identique. Pour éviter que le lecteur ne se rende compte de la supercherie, Monsieur Sapir ne mentionne pas dans sa bibliographie la référence du travail de Xavier Ragot. La voici: France et Allemagne : une histoire du désajustement européen, avec Mathilde Le Moigne, Document de travail OFCE, 2015-17. Ajoutons que si la baisse des salaires allemands était à classer parmi les méfaits de l’Euro, et cela depuis le milieu des années 90, on ne voit pas pourquoi la hausse des salaires allemands consécutive à la réunification ne serait pas comptabilisée en tant qu’ aspect positif. Enfin si, on voit bien pourquoi]. Il est plus que probable que l’on puisse l’étendre non seulement aux demandeurs d’emplois de la catégorie A mais aussi à ceux des autres catégories [Traduction : si la proportion du chômage « directement » expliquée par l’Euro pouvait atteindre d’emblée 50%, ce serait top].
    2. L’Euro est indirectement responsable, par le biais des politiques d’austérité qui ont été imposées depuis 2011 pour ramener la compétitivité de l’économie française au niveau de l’Allemagne sans procéder à une dépréciation monétaire, d’environ 20% du chômage actuel [2 [La cata continue. L’auteur cite une étude de Natixis qui ne contient aucun chiffrage du coût en emplois de l’Euro]. Ici encore cette estimation a été validée par Xavier Ragot [Cet « ici encore » n’a pas lieu d’être puisque c’est Xavier Ragot  qui chiffre les conséquences des politiques d’austérité sur l’emploi à 20% du chômage français]. Mais, les effets de l’Euro ne s’arrêtent pas là [Ah bon ?]
    3. L’Euro est aussi responsable, dans le long terme, d’une accélération du processus de désindustrialisation de la France, dont le coût (hors les effets de (a) et (b)), en termes de restriction de la demande par baisse relative des salaires due à la place des services dans l’économie, peut-être estimé à 15% du chômage [Quelle est la source de cette estimation?]. On mesure que cette désindustrialisation s’est accélérée dès le début des années 1990, soit à partir du traité de Maastricht et de la nécessité pour la France de se « qualifier » pour l’Euro. Il convient donc [donc numéro 2] de comprendre que les effets négatifs de l’Euro se sont fait sentir avant sa création officielle (1999), par le cadre macroéconomique qu’il a imposé et qu’il légitime [Partial. L’auteur ne mentionne pas que la monnaie unique a aussi permis de réduire les taux d’intérêt français, ce qui a redonné un bol d’oxygène à la croissance à la fin des années 90]. Il n’est pas évidemment le seul responsable de cette désindustrialisation, mais il a incontestablement accéléré le phénomène [Pas très clair tout cela…]. On peut donc [donc numéro 3] lui imputer de 5% à 10% du chômage lié à la baisse de la demande solvable résultant du transfert d’emplois industriels vers des emplois de service [Absence de source pour justifier cette estimation].

C’est donc [ donc numéro 4] au total de 60% à 65% du chômage qui est causé – directement ou indirectement – par l’Euro [Faux. L’étude de Xavier Ragot n’évoque principalement que le coût de la concurrence allemande, à laquelle il est possible de répondre sans sortir de l’Euro. Calculer le coût pour notre pays de la concurrence allemande est une chose, estimer les effets d’une dévaluation pour y porter remède est une autre chose. Or, Monsieur Sapir préfère détourner une étude sérieuse plutôt que de démontrer par lui même et à l’aide d’une modélisation parfaitement transparente qu’un retour au Franc dévalué de 20 ou 30% serait le meilleur moyen pour revenir au plein emploi]. Ceci est confirmé par des études plus anciennes qui insistent sur la dimension dépressive de l’Euro » [3][L’étude mentionnée ne dit pas que le chômage français résulte majoritairement de l’Euro, d’ailleurs elle n’avance aucune donnée à ce propos](…)

[1] Sapir J., Faut-il sortir de l’Euro ?, Le Seuil, Paris, 2012.

[2] Artus P. « France : il faudrait pouvoir faire baisser tout le nominal », Flash-Economie, Natixis, n°206, 13 mars 2014.

[3] Bibow J., « Global Imbalances, Bretton Woods II and Euroland’s Role in All This », in J. Bibow et A. Terzi (dir.), Euroland and the World Economy: Global Player or Global Drag?, New York (N. Y.), Palgrave Macmillan, 2007

Laïcité post-coloniale et souverainisme

colonies francaises 

 

L’économiste Jacques Sapir donne fréquemment son opinion dans les colonnes de son Blog (RussEurope) à propos de la conjoncture politique française.

Tout auréolé de quelques lueurs en philosophie politique, Monsieur Sapir a pris l’habitude de trancher les débats publics du haut de ses conceptions de la Souveraineté et de la Laïcité.

Sans prendre de gants, il s’emploie à tracer une ligne de démarcation infranchissable entre, d’un côté, les dévots du « démontage » de la zone Euro, de la « démondialisation » ou de « l’Ordre démocratique », et de l’autre côté, ceux qu’il nomme péremptoirement les « ennemis ».

Le 25 septembre 2014, à l’occasion de la mort tragique d’Hervé Gourdel, Monsieur Sapir a utilisé sa méthode pour infliger à nos compatriotes musulmans des propos plutôt embarrassants.

Comme tout dogmatique juché sur des principes mal digérés, Monsieur Sapir a pris trois risques : le risque intellectuel de la contradiction, le risque moral de la trahison et le risque politique de l’exclusion.

Contradiction

Très curieusement, Monsieur Sapir désigne l’ensemble de nos compatriotes de confession musulmane de deux façons incompatibles.

D’un côté, il nie qu’une telle communauté existe, à ses yeux comme à ceux de l’Etat, ce qui le pousse à écrire communauté entre guillemets et à entonner un vibrant « il n’y a QUE DES FRANÇAIS ! ».

Mais d ‘un autre côté, il s’adresse à une entité qu’il nomme les musulmans de France (cette fois sans guillemets), reprenant à son compte une terminologie extérieure au principe de laïcité, puisque la République française définit les individus par leur nationalité et non par  leur appartenance religieuse réelle ou supposée.

De façon étrange, Monsieur Sapir demande à tous, et donc également  aux « musulmans de France », de répondre à l’odieux assassinat de Monsieur Gourdel en manifestant  « en tant que Français ». Or, s’il est certain que les musulmans n’ont pas à se repentir de cette mort, ce que Sapir souligne avec justesse, il faut affirmer que nul principe laïque n’oblige un catholique ou musulman à manifester « en tant que Français », en délaissant ses convictions religieuses. De plus, tout un chacun peut prendre position en tant qu’humain, quelle que soit sa nationalité.

Monsieur Sapir fait ici un mésusage de la laïcité car il ne saurait exister de manifestation d’Etat et l’intrusion du public dans la sphère intime de la conscience privée n’est pas une méthode laïque.

Si Monsieur Sapir cherche à convaincre nos compatriotes atteints de xénophobie aigüe d’accepter que des musulmans protestent à leur côté, il peut s’appuyer tout simplement sur la sensibilité de la conscience humaine, dont l’élément religieux est une composante.

La méthode nationaliste de Monsieur Sapir montre ici le bout de son nez.  D’ailleurs, ce va et vient problématique entre une approche essentialiste des musulmans (« musulmans de France ») et une approche assimilationniste (« Tous Français ») a quelque chose de troublant.

Ce malaise fait écho à la définition confuse que l’auteur donne de notre laïcité, puisque Monsieur Sapir prétend que le principe de laïcité est « inscrit dans nos institutions mais plus encore dans notre culture ». J’avoue ma perplexité devant une telle dialectique. Il me semble plus fécond de considérer que la forme française de la laïcité est le résultat d’un compromis politique. Essentialiser le principe de laïcité dans une « culture » (quelle est cette culture ?) risque de justifier toutes les dérives qui visent à repousser sans cesse plus loin la reconnaissance pleine et entière de certaines populations issues de l’immigration. Monsieur Sapir se situe un peu dans cette dérive, lui qui voit des « musulmans de France » les jours pairs, et des « Français » les jours impairs.

Trahison

La laïcité vise à préserver la liberté de conscience. Or, Monsieur Sapir exprime une conception très particulière de la protection des cultes.

D’après lui, c’est aux croyants d’obtenir le respect des autres : « Toute religion, si elle ne veut pas être « stigmatisée » doit se conformer au principe de laïcité ».

Cette phrase, qui pourrait passer pour évidente, est en réalité lourde d’implications. Ces propos exercent une violence symbolique inouïe à l’encontre de nos compatriotes croyants, et en particulier ceux de confession ou de culture musulmane

En effet, on se demande quelle religion « voudrait » être stigmatisée et on s’étonne de l’emploi d’une tournure de phrase dont chacun ressent qu’elle sonne comme un reproche.

D’après Monsieur Sapir, le processus de stigmatisation se situerait à la rencontre de deux volontés, celle du stigmatiseur et celle du stigmatisé qui l’a bien cherché.

Ainsi donc, non content de jeter un voile pudique sur les stigmatisations réelles, Monsieur Sapir valide un « droit à la stigmatisation », affaiblissant par là même la capacité des victimes à se défendre, puisqu’elles devraient apporter la preuve qu’elles ne sont pas responsables de leur sort.

N’est-ce pas ce type de raisonnement qui a freiné la criminalisation du viol en France ?

Exclusion

Reprenons la phrase que nous évoquions plus haut : « Toute religion, si elle ne veut pas être « stigmatisée » doit se conformer au principe de laïcité ».

Mais comment une religion (suivez mon regard…) se met-elle en infraction?

Voici la réponse : on nous nous explique que «  Les religions ne doivent pas, quelles qu’elles soient, envahir l’espace public ».

« Envahir l’espace public »…Voilà une expression forte, qui ne donne pourtant lieu à aucune justification, comme s’il s’agissait d’un fait social significatif ou d’un délit juridiquement valide.

Pourquoi cette notion est-elle écrite sans guillemets, alors qu’on ne s’en prive pas pour évoquer la notion de stigmatisation ?

La laïcité consisterait-elle selon Monsieur Sapir à utiliser l’Etat pour qu’une partie de la population baisse la tête ? On peut craindre une telle interprétation. En effet, cette thématique de « l’invasion », qui vise en premier lieu l’Islam, est une ritournelle qui circule dans certains milieux laïcards xénophobes, ou tout simplement dans les milieux qui n’acceptent pas d’avoir à traiter d’égal à égal avec des descendants de communautés qui étaient autrefois réduites à une condition juridique subalterne.

Implications

Monsieur Sapir développe un activisme militant au service de la constitution d’un « front uni des populistes », dont il suggère que le « Front National-Philippot » ne pourra  être exclu.

A l’heure où une droite à la dérive prend des accents sociaux-nationaliste, tandis qu’une certaine gauche retrouve des accents sociaux-autoritaires, il est important de discerner le jeu de Monsieur Sapir, qui œuvre à l’union de ces deux tendances, car de ce bouillon de culture sortiront les « monstres » dont Antonio Gramsci nous avertit qu’ils surgissent en période de crise.

Pour ma part, je m’emploierai à dénoncer la mauvaise action de Monsieur Sapir, ne serait-ce que pour continuer de recevoir ce genre de réplique aussi divertissante que pathétique.

 colere