Les émergents dépendent de moins en moins des marchés de l’OCDE

Natixis (24 avril 2013 n°330) redoute que les difficultés des pays de l’OCDE s’étendent aux pays émergents en raison de la forte dépendance commerciale de ces derniers vis-à-vis des pays industrialisés.

Le constat lapidaire de Natixis mérite d’être nuancé.

Il est vrai que les flux d’exportations entre les pays émergents et l’ensemble EU-UE-Japon sont déséquilibrés: les premiers exportent 16% de leur PIB vers la Triade, tandis que cette dernière n’exporte que 8% de son PIB vers les émergents.

Toutefois, depuis le milieu des années 90, la dépendance commerciale des pays émergents vis-à-vis de nos pays a diminué fortement.

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Depuis 2008, la portion de PIB que les émergents consacrent à leurs exportations vers la Triade  a chuté de 7 points (de 23 à 16%), pour revenir au niveau de 1997.

A l’inverse, en 2013, les exportations vers les pays émergents pesaient deux fois plus dans le PIB de la Triade qu’en 1996 (de 4 à 8%).

Par conséquent, depuis 1996, la dépendance relative des émergents a été divisée par deux.

Cette course de nos pays vers les marchés émergents, tandis que ces derniers diversifient leurs débouchés extérieurs,  devrait conforter les émergents dans les futures négociations commerciales internationales…et tempérer nos élans protectionnistes.

En attendant le tarif

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 La France n’a jamais été aussi protectionniste que l’Allemagne ou les Etats-Unis. Toutefois, chez nous,  la tradition protectionniste est plus tenace et le discours plus enflammé qu’ailleurs. A la lecture de l’article de l’historien Thierry Nadau (L’opinion et le tarif général des douanes de 1881), qui décrit le contexte économique et social de la fin du XIXième siècle, si propice au protectionnisme, on est saisi par les similitudes avec notre époque: même défaitisme, même thématique du déclin national, identique réticence à envisager une réforme fiscale d’envergure, similaires difficultés de l’Etat à imaginer une véritable politique industrielle. Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets?

Ce libre-échange dont les Français ne veulent pas

La France est un curieux pays,  qui saute à pieds joints dans la mondialisation tout en vilipendant, plus que les autres nations,  ses méfaits.

Dans "Le grand malentendu – L’idée de libre-échange en France", l’économiste Antoine Bouët se penche sur ce paradoxe.

Cet ouvrage  est en quelque sorte le manifeste d’un libéral éclairé et atterré. Eclairé, parce que l’auteur nous rappelle que les économistes -les vrais, pas les idéologues façon Minc-n’ont jamais décrit la mondialisation comme un long fleuve tranquille. Atterré, parce qu’il déplore que notre pays se pense comme une  nation menacée par l’ouverture et se perde en débats stériles (sortie de l’Europe, démondialisation…) plutôt que de créer les conditions d’une insertion réussie dans la mondialisation. Pour parler comme naguère, en France,  les conditions subjectives du libre-échange retardent sur les conditions objectives.

Avant que d’explorer les raisons historiques et culturelles de ce hiatus (nostalgie du temps où la France était une grande puissance, se distinguer en s’opposant à la libérale Angleterre, centralisation, passion égalitaire), l’auteur fait passer un mauvais quart d’heure aux intellectuels français protectionnistes, le tout dans une langue assez belle, l’auteur aimant à se placer sous les auspices de Flaubert et de Chateaubriand.

L’auteur souligne les gains du commerce international, démontre  l’égalité entre le taux de protection non tarifaire européen et indien, note la tendance du protectionnisme agricole à déprimer la demande mondiale et conteste l’enrôlement de Keynes, par quelques idéologues de la frontière,  dans  les rangs protectionnistes.

L’ouvrage contient  d’intéressantes réflexions sur le rapport compliqué que la France entretient avec le libéralisme ou encore l’isolement des économistes, dont l’auteur estime qu’ils n’ont plus d’influence significative sur le débat politique.

Minutieusement argumenté, ce texte est une réponse à L"illusion économique, célèbre charge d’Emmanuel Todd à l’encontre des économistes, dont l’auteur s’emploie à débusquer les incohérences.

L’OMC publie sa boîte à outils

L’organisation mondiale du commerce met à disposition du public un "Guide pratique pour l’analyse des politiques commerciales".

Ce guide a été établi pour contribuer au renforcement de la capacité des pays en développement d’analyser et de mettre en œuvre la politique commerciale.  Il s’adresse aux experts des gouvernements qui participent aux négociations commerciales ainsi qu’aux étudiants et aux chercheurs qui s’intéressent aux questions relatives au commerce.

Des taux d’ouverture aux indicateurs d’avantages comparatifs, en passant par la protection effective et les modèles de simulation de politique commerciale,  l’arsenal  paraît au complet avec, comme toujours, plein de jolis graphiques.

Puisque  la brochure de présentation nous y invite,  piochons dans la boîte à outils.

Le protectionnisme expliqué par ses amis

Avant les élections présidentielles, les éditions Les Liens qui libèrent, en collaboration avec Le Monde Diplomatique, ont publié un recueil d’articles destiné à dé-diaboliser la menace protectionniste.

Cela s’intitule Le protectionnisme et ses ennemis.

Frédéric Lordon, Ha-Joon Chang, Serge Halimi, Jacques Sapir et François Ruffin sont de la partie. La tonalité est de gauche, sur le mode "point de progrès social possible dans la mondialisation libérale".

Frédéric Lordon ouvre le bal. Avec son style incantatoire et son mauvais esprit, le personnage agace,  mais son idée que le monde, libre-échangiste dans le discours, est  protectionniste dans les faits, n’est pas fausse. La liberté formelle des échanges, obtenue par l’abaissement des obstacles aux frontières, met à nue les pratiques anti-concurrentielles les plus rudes (dumping fiscal, environnemental, guerre des monnaies…), que Lordon rassemble sous l’appellation protectionnisme des structures. Pour paraphraser Rosa Luxembourg, le libre-échange c’est la liberté du protectionniste structurel dans le poulailler de la concurrence non faussée. Après avoir traité les amis du libre-échange de cyniques et/ou d’ahuris, l’auteur en appelle à l’action d’une véritable organisation mondiale du commerce, qui régulerait et équilibrerait  toutes les formes de protectionnisme, plutôt que de bâtir une utopie libre-échangiste.

Ce qui est rigolo, c’est que Lordon commence son article en citant Dominique Strauss Khan, alors que ce dernier a préfacé en 2004 un petit livre d’Anton Brender (La France face à la mondialisation) qui contenait, sous une forme moins hystérique, la même idée que la sienne; à savoir que dans une monde débarrassé des barrières formelles aux échanges, les modèles économiques et sociaux sont mis directement en compétition et ne peuvent plus s’appuyer que sur des protections internes pour résister à la concurrence étrangère. Plus optimiste que Lordon, Brender préconisait que la France se re-protège non pas en érigeant des droits de douane ou en réduisant les salaires, mais en investissant dans l’éducation et l’intégration sociale.

Ha-Joon Chang brosse un tableau de la mondialisation des échanges depuis l’abrogation des lois sur le blé par l’Angleterre en 1846. Reprenant les idées de Friedrich List, l’auteur affirme qu’il n’est de commerce profitable à long terme qu’entre pays de niveaux de productivité similaires et que les avantages comparatifs n’offrent rien de mieux aux pays du Sud qu’une insertion ségrégrée dans le commerce international.  L’auteur n’est pas très convainquant lorsqu’il fait des années 60 et 70,  époque de régulation et de protection,  un temps plus heureux que le notre. Il oublie de dire que cette période se déploie sur la lancée des efforts de reconstruction et sur fond d’exode rural et d’urbanisation, phénomènes qui ne se reproduisent pas aisément dans l’histoire.

Serge Halimi explore les fondements économico-socio-politiques de la résurgence du protectionnisme à la fin du XIXième siècle. En particulier, il rappelle que le protectionnisme bismarckien exprimait l’aspiration des aristocrates terriens coalisés. A propos de Karl Marx, l’auteur précise que celui-ci s’était  rallié au libre-échange par pure tactique révolutionnaire.

J’aime beaucoup la fin de son article, car plus personne ne parle ainsi de nos jours: "Si l’option protectionniste contrarie la mondialisation, elle ne contredit pas l’ordre capitaliste. Opposant les producteurs tournés vers le marché intérieur à ceux qui privilégient les débouchés étrangers, elle traverse les classes et ne remet pas en cause ni les prérogatives du capital ni les rapports de pouvoir dans l’entreprise. Néanmoins, en période de crise, elle divise la classe dirigeante et suscite des affrontements d’intérêts passionnés. L’issue dépend souvent de la puissance des forces  du travail, laquelle détermine leur capacité à faire payer à une partie de l’élite économique le prix du soutien qui leur permettra de défaire une autre fraction de la bourgeoisie". Dommage qu’il n’ait pas illustré ceci par le ralliement d’une partie des socialistes allemands à la politique protectionniste de Bismarck, en échange des premières lois sociales.

Dans Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis, Jacques Sapir déroule ses thèses protectionnistes habituelles. Le meilleur chez Sapir, c’est lorsqu"il fait comprendre les raisons qui ont poussé  la Chine et ses voisins à s’engager dans une politique d’exportation agressive et d’accumulation de réserves de change, en réaction au choc  de la crise asiatique de 1997-1999. Malheureusement, l’auteur à un goût trop prononcé pour les mécaniques fatales. Il voit dans la concurrence chinoise la cause principale de la déflation salariale aux Etats-Unis et de la montée de l’endettement des ménages. Si tous les chemins du libre-échange mènent à la crise, alors toutes les sorties de crise mènent au protectionnisme…Sapir, ou la loi d’airain des échanges.

Le dernier du quintet est François Ruffin. Le journaliste nous livre des extraits d’une enquête qu’il avait réalisée en mars 2009 sur les délocalisations industrielles. La violence des licenciements et l’impuissance des syndicats y sont retranscrites. Un industriel d’Amiens réagit à la suppression des quotas textiles avec la Chine en 2005: "On va sacrifier le textile et, en échange, on enverra des avions et des voitures (…) Sauf que, maintenant, on voit qu’Airbus commence à produire là-bas…".  Chez Ruffin, le protectionnisme est la solution de la dernière chance pour défendre l’emploi industriel.

Un vent mauvais semble souffler sur la fin de cet article, c’est dommage. D’après l’auteur,  l’internationalisme candide de la gauche aurait été récupéré par les milieux d’affaires avec tout un baragouin généreux à base de mélange des cultures et d’ouverture à l’autre et au monde. Monsieur Ruffin, qui défend la cause des ouvriers, devrait savoir que la posture internationaliste du mouvement ouvrier n’est pas une importation petite-bourgeoise mais la manifestation d’une  résistance aux identifications et aux embrigadements nationalistes que cherchaient à imposer les classes dominantes.

Marchés publics: l’Europe est deux fois plus protectionniste que la Chine

Les tensions commerciales entre l’Europe et le reste du monde naissent souvent de l’exigence de réciprocité en matière d’accès aux marchés publics.

France en tête, beaucoup de pays se plaignent que la Chine, les Etats-Unis ou le Japon profitent des marchés européens sans ouvrir suffisamment les leurs.

Une étude du Groupe d’économie mondiale de Sciences Po conteste le bien fondé de la position européenne et met en évidence une remarquable  préférence nationale et communautaire en matière d’achats publics.

Voici tout d’abord quelques chiffres bruts pour l’année 2005,

  • Dans les pays de l"Union européenne, le taux d’importations s’élève à  9,3% en moyenne simple  et 7% en moyenne pondérée des 21 pays considérés.
  • La Chine attribue 6,1% de ses marchés  publics à des producteurs étrangers. Le Japon et les Etats-Unis, respectivement 4,7 et 4,6%.

Faut-il en conclure que l’Union Européenne ouvre plus généreusement  ses marchés publics que la Chine ou le Japon?

Patrick Messerlin et Sébastien Mirandot ne le pensent pas.

Ils attirent notre attention sur le fait que les taux d’importations que l’UE oppose à la Chine ou au Japon incluent 60% à 66% d’importations intra-européennes.  L’Europe ne réserve que 3,1% de ses marchés publics aux extra-européens, ce qui est deux fois moins que le taux d’importations chinois (6,1%). Il existe bel et bien une préférence communautaire en matière de marchés publics qui réfute  le mythe de " l’Europe passoire’.

Confirmons l’existence de ce protectionnisme  grâce aux deux graphes ci-dessous.

Dans le premier, on constate que le taux global d’importations  diminue avec la taille économique des pays.

Rien de plus normal. En effet, un vaste pays dispose généralement de ressources suffisamment nombreuses et diversifiées pour produire tout seul ici une rame de métro, ici de nouvelles digues.

Observons maintenant ce qui se passe avec les seules importations extra-européennes.

La pente de la courbe est beaucoup moins prononcée que la précédente. Les petits  pays, qui importent beaucoup, freinent  les importations extra-européennes. Ils réservent leurs marchés à leurs  partenaires de l’UE.Tout se passe également comme si l’Europe n’importait que le strict minimum, c’est-à-dire les services qui trouvent peu d’équivalents à l’intérieur de ses frontières.

Sceptiques quant aux discours européens, les auteurs appellent à un peu plus de retenue vis-à-vis du Japon ou de la Chine, non seulement parce que l’Europe n’est pas plus libérale que le reste du monde, mais aussi parce qu’elle aurait  intérêt à ne pas provoquer la fermeture des florissants marchés émergents.

Qui aurait payé la TVA sociale?

Au terme d’une séance agitée, la majorité parlementaire a abrogé la "Tva sociale".

A cette occasion, le député UMP Laurent Wauquiez a prétendu que le Gouvernement était  en train de "faire la poche des classes moyennes",  image qu’il avait utilisée au moment de la controverse sur le quotient familial.

D’après les élus de l’ancienne majorité, la "TVA sociale" permettrait d’alléger les prélèvements qui pèsent sur les Français car cet impôt s’étend aux importations et ouvre la possibilité de faire contribuer les concurrents étrangers au financement de notre protection sociale.

En réalité, il est  probable que  la "TVA sociale" pénalise ces classes moyennes et supérieures qui sont si chères à la droite parlementaire.

En effet, les ménages ne pâtiraient pas de la taxe si le prix de vente hors-taxe  diminuait d’un montant identique au supplément d’impôt.

Or  le marché français n’est pas vaste au point que sa  fermeture aux produits importés  fasse chuter le prix mondial d’un montant égal à la  TVA.

Dès lors, taxer les importations c’est faire payer le consommateur français(Ecopublix).

Recherchons maintenant le profil des  ménages qui seraient lésés par une hausse du coût des importations.

D’après le graphique ci-dessus (OFCE), ce sont les 50% les plus riches qui consacrent la part la plus importante de leur revenu à l’achat de biens importés (15,1% contre 12,7% chez les plus modestes).

En regardant bien, on s’aperçoit que c’est dès le troisième décile (au delà des 20% les plus pauvres) que se produit la hausse la plus significative du taux d’importations.

C’est dire si les milieux populaires ne seraient pas épargnés par la dite TVA.

DG

Tonton protectionniste?

En jetant un oeil sur le site des "Rencontres Déconnomiques" d’Aix en Provence, organisées les 6 et 8 juillet en riposte aux Rencontres économiques,  je découvre l’improbable conférence du journaliste François Ruffin qui enrage que la gauche française n’ait plus la volonté de s’isoler du commerce mondial, condition indispensable à ses yeux pour mener à bien des expériences progressistes.

Appuyant sa démonstration à l’aide d’un exemple tiré de l’histoire, Ruffin exhume la proposition n°20 du programme électoral de François Mitterrand en 1981.

Il en extrait une phrase choc : "D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en dessous de 20%", qui prouverait que les socialistes cuvée 1981 étaient acquis à la cause protectionniste.

Dubitatif, je me suis penché sur les 110 propositions du candidat Mitterrand.

Voici l’exact libellé de la proposition n°20:

20 – Le franc sera défendu contre les manœuvres spéculatives. Le développement industriel et agricole et les économies d’énergie rendront la croissance moins tributaire des importations. D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en-dessous de 20 %.

Comme on peut le constater, la proposition socialiste n°20 est fort éloignée du protectionnisme tonitruant ("notre dernière arme")  à la mode Ruffin.

En effet, la réduction de la part des importations dans le PIB n’était ni le moyen ni la condition de la réussite de la gauche,  mais le résultat d’un programme plus général de redressement économique à base de nationalisations et de subventions aux énergies non fossiles.

De surcroît, en consultant le grand livre de la comptabilité nationale, on s’aperçoit que les importations représentaient 23,94% du PIB en 1981, ce qui n’est pas très éloigné de l’objectif de 20%.

Comme rupture avec l’ordre existant, on fait mieux.

Certes, il y eut une petite guéguerre avec le Japon, en 1982, à propos des magnétoscopes. Mais elle fit pschitt.

En réalité, les socialistes de l’époque s’inspiraient  plus de Keynes que de List.

Dans son texte "De l’autosuffisance nationale" (commenté ici dans un ancien billet) Keynes appelait de ses voeux un développement plus auto-centré, non seulement pour apaiser les tensions commerciales et militaires entre pays riches, mais aussi  parce qu’il le concevait comme le point d’arrivée du vaste plan de dépenses publiques qu’il souhaitait mettre en oeuvre, à base de routes supplémentaires, d’écoles, de musées et d’embellissement des villes, toutes choses produites et consommées localement.

Rien à voir avec le protectionnisme pétaradant et agressif de certains.

Les Etats-Unis font condamner la Chine par l’OMC

Pour s’assurer d’être réélu, Barack Obama multiplie les appels du pied à l’électorat populaire en jouant sur la fibre protectionniste.

Dans sa ligne de mire, la Chine.

L’administration américaine a ouvert plusieurs conflits commerciaux à propos des éoliennes, de l’acier, des terres rares et maintenant des automobiles.

La plupart du temps, elle s’attaque aux barrières commerciales qui freinent les exportations américaines et plutôt que d’agir unilatéralement,  les Etats-Unis portent plainte auprès de l’Organisation internationale du commerce (Bloomberg Businessweek, 05/07/12).

Le plus souvent, les Etats-Unis obtiennent gain de cause.

Par exemple, aux yeux de l’OMC, une règlementation chinoise en contenu local discriminait les ventes américaines d’éoliennes. En juin dernier, l’OMC a désavoué les représailles tarifaires engagées par la Chine à l’encontre de l’acier américain.

Tout cela a du bon, puisque la première puissance économique mondiale joue le jeu du droit international, plutôt que de résoudre seule ses différends commerciaux.

Ajoutons que cette guérilla juridique se substitue à un conflit plus global, celui qui porte  sur  la sous-évaluation du Yuan vis-à-vis du Dollar, qui échappe aux prérogatives de l’OMC.

8%

8%, c’est le droit de douane moyen des pays à revenu intermédiaire du G20, dits émergents (Inde, Chine, Mexique, Afrique du Sud, Indonésie, Russie, Mexique, Brésil, Argentine). Ce taux est deux fois plus élevé que dans les pays à hauts revenus, mais entre 1996 et 2010, les émergents ont réduit fortement leur protection tarifaire (-40%), avec une accélération depuis 2004. Au terme de cette évolution, les émergents sont devenus autant protectionnistes, au plan tarifaire, que la moyenne des pays du G20. Si la crise n’a pas entrainé de relèvement global des protections tarifaires à l’intérieur du G20, il faut noter que le tarif moyen agricole ne diminue plus depuis 2003 et que la baisse des tarifs industriels  a ralenti  nettement depuis 2002.

Is globalisation great?

LCD Sound System – Someone great

Lors de la 11ième conférence annuelle de la Banque des règlements internationaux, les 21 et 22 juin 2012 à Lucerne (Suisse), Stephen Cecchetti a commis une petite hérésie.

Dans son allocution, intitulée "Is globalisation great?", il nous dit, avec force statistiques, que le développement de la sphère financière, mesuré en termes d’emploi ou de valeur ajoutée,  n’est pas toujours compatible avec le progrès économique.

Voici donc, qu’au delà d’un certain seuil, l’exubérance du système bancaire et financier pourrait être corrélée à l’essoufflement des gains de productivité:

(…) the conclusion emerges that there  is a point where both financial development and the financial system’s size turn from good to bad. That point lies at 3.2% for the fraction of employment and at 6.5% for the fraction of  value added in finance. Based on 2008 data, the United States, Canada, the United Kingdom  and Ireland were all beyond the threshold for employment (4.1%, 5.7%, 3.5% and 4.5%).  And the United States and Ireland were also beyond the threshold for value added (7.7% and  10.4%).

Comme la libre circulation internationale des capitaux met du carburant dans le moteur du crédit et de la spéculation, l’auteur s’interroge sur l’optimalité des flux actuels.

En 2011, Stephen Cecchetti s’était distingué en affirmant qu’au delà de 85% à 90% du PIB, les dettes publiques, mais aussi celles des ménages et des entreprises, présentent plus d’inconvénients économiques que d’avantages.

La Suisse se heurte au protectionnisme

L’économie Suisse  dépend fortement de ses exportations (54% du PIB).

A ce titre, elle est plus sensible que d’autres à la montée des barrières protectionnistes à travers le monde.

Le pays se plaint d’une résurgence du protectionnisme direct et indirect.

Une étude montre que les exportations suisses sont peu affectées par les entraves directes aux échanges (droits de douane, quotas…) mises en oeuvre par les pays émergents (Russie, Argentine, Inde). Seules 3,5% des exportations en valeur seraient concernées.

En revanche, 52% des exportations helvètes se heurteraient à la concurrence déloyale des firmes étrangères qui bénéficient de subventions à l’exportation et d’allègements fiscaux dans des secteurs sensibles (pharmacie, machines, chimie…), contre 3% en 2008.

Les pays émergents sont en première ligne…

"Les programmes les plus importants émanent principalement des nations industrielles émergentes. Les exportateurs de produits textiles et en cuir bénéficient d’aides d’Etat en Inde, en particulier, mais aussi en République populaire de Chine. Le gouvernement chinois a par ailleurs introduit en 2009 une série d’exonérations fiscales de grande envergure spécifiques aux exportations."

 …mais les partenaires européens ne sont pas en reste. En particulier, le Royaume-Uni aurait pris des dispositions pour encourager les produits agricoles et les produits "verts".

Selon l’étude, cette concurrence artificielle amplifie les retombées négatives de  l’appréciation du Franc Suisse sur la compétitivité coût de ce pays.

Le rapport recommande d’améliorer le dispositif de surveillance et de plaintes de l’OMC, de négocier plus d’accords de libre-échange bilatéraux et de ne pas entraver les firmes suisses par une législation sociale et un droit des sociétés trop  contraignants.

Les taxes à l’exportation de produits agricoles dopent les cours mondiaux

Alors que les prix agricoles atteignent à nouveau des sommets sur les marchés mondiaux, les observateurs attirent l’attention sur la multiplication des restrictions à l’exportation, que de nombreux Etats mettent en oeuvre pour retenir sur place la production locale.

Comme les taxes à l’exportation sont superficiellement  encadrées par l’OMC, les Etats en profitent, principalement sur le riz, le maïs et le blé.

On est en droit de regretter la multiplication de ces taxes à l’exportation.

En effet, dans la mesure où elles  raréfient l’offre disponible sur les marchés extérieurs, il s’agit de politiques non coopératives qui visent à exporter chez le voisin la hausse des cours.

Comme chaque pays riposte,  les taxes se multiplient, ce qui amplifie encore plus la hausse des cours mondiaux…et la propension à taxer les exportations.

Qui plus est, comme les producteurs sont empêchés d’exporter leur production là où elle se vend plus cher, ces derniers investissent moins et la croissance agricole s’en ressent.

Ne jetons pas trop vite la pierre aux pays qui prennent ces mesures. En effet, une taxe à l’exportation permet de rediriger la production vers les marchés locaux, ce qui diminue le prix pour les consommateurs les plus modestes. Comme le rappelle Jacques Berthelot,  les caisses de l’Etat se remplissent, et cela n’est pas sans intérêt pour certains pays du Sud en manque de financements alternatifs.

Cependant, compte tenu de leurs effets secondaires contre-productifs,  les pays du Sud qui souhaitent limiter la hausse du cours des denrées alimentaires seraient plus avisés d’investir dans la recherche agricole et la modernisation de la production.

DG

 

Le Chili, pilier du libre-échange

Le journal El Politico (25/04/2012) relate la division de l’Amérique Latine entre, d’un côté, l’Argentine et le Brésil, qui sont engagés dans un certain protectionnisme et de l’autre côté, les pays de la façade pacifique (Chili, Pérou, Colombie et Mexique), qui demeurent résolument fidèles au principe d’ouverture aux échanges internationaux.

Dans le cas du Chili, c’est une vieille histoire puisque la stratégie libre-échangiste s’est imposée après le coup d’Etat militaire de 1973.

 A ce propos, on pourra consulter  un  mémoire d’étudiant (en espagnol), qui relate l’histoire du protectionnisme chilien. En 3 ans (1973-1976),  les principales protections commerciales dont le pays s’était doté depuis plusieurs décennies ont été levées.

L’expérience néolibérale chilienne a précédé de quelques années celles des Etats-Unis (Reagan) et du Royaume-Uni (Thatcher). Dans un billet critique, où il croise le fer avec les Chicago Boys, Paul Krugman rappelle que le Chili a du attendre 15 ans avant de récolter les bénéfices économiques de l’ouverture commerciale.

DG

Ces livres étrangers dont l’Argentine ne veut pas

Guillermo  Moreno, Ministre argentin du  Commerce extérieur

Pendant deux semaines, du 12 au 30 mars 2012, les argentins ont vécu une expérience digne des romans de Kafka.

La douane argentine a bloqué des millions de livres, fascicules et périodiques, obligeant le consommateur de Buenos Aires à se déplacer jusqu’à l’aéroport international (situé à 35 kilomètres) puis  à faire tester la teneur en plomb de l’encre contenue dans chaque ouvrage.

Les réseaux sociaux ont diffusé l’émotion générale, les organisateurs de la "Fête du Livre" ont protesté.

Un collectif d’intellectuels a lancé un appel, s’étonnant de ce que le Gouvernement se montre si pointilleux en matière de santé publique, quand il s’agit de livres, mais beaucoup moins en ce qui concerne les pesticides qui franchissent la frontière.

Le responsable de  cette mesure étrange est le Secrétaire  argentin au commerce extérieur, Guillermo Moreno, (voir ci-dessus), chantre de la limitation des importations  et de la  "défense du travail  national". L’homme est exalté, mais il fait preuve d’une redoutable efficacité pour  dissuader les importations sans heurter de front les règles de l’OMC.

L’arbitraire, la menace et le harcèlement sont largement utilisés par le Gouvernement, de sorte que les importateurs s’autocensurent  dans leurs achats. Il se raconte que Guillermo Moreno téléphone directement à ces derniers pour  donner ses directives.  C’est très efficace, puisque nulle trace écrite ne  demeure. Les anglo-saxons qualifient cet protectionnisme aux petits pieds de  "murky protectionism" (protectionnisme  de l’ombre)

Dans  le cas présent, aucune prohibition ou taxe à la frontière n’a été édictée puisqu’une simple norme sanitaire,  la résolution  453/2010, a suffi pour faire obstacle aux échanges, sans que le ministère du commerce ne soit directement impliqué.

Pour autant,  il semble que le Gouvernement argentin soit allé trop loin. Dans un pays qui importe, selon des chiffres très discordants,  entre  35 et 80%  des  ouvrages, la  stupeur a été vive.

Face au tollé général, le Gouvernement fait mine de reculer, prétextant que les services douaniers s’étaient montrés trop zélés et que désormais, chacun pourra acheter un livre importé, à condition que ce soit pour son usage personnel, ce qui ne résout pas l’embarras  des importateurs qui s’approvisionnent auprès des autres pays du Mercosur ou de l’Espagne.

Ces chicaneries sur la teneur  en plomb des livres, qui ne concernent  qu’un 1% du déficit commercial argentin, ont inspiré ce twitt  cinglant, dont le journal El Pais s’est fait l’écho:

La idiotez es una enfermedad extraordinaria. No es el idiota el que sufre por ella sino los demás (Voltaire)”

DG

Le Mexique restreint ses exportations d’automobiles vers le Brésil

Le mois dernier, après quelques semaines de tensions, les négociateurs des gouvernements mexicain et brésilien ont convenu de fixer des quotas temporaires aux ventes mexicaines de véhicules légers.

Pour préserver la production d’automobiles brésiliennes, les firmes mexicaines s’engagent à réduire immédiatement leurs exportations vers ce pays de 30%. A partir de mars 2012, et pendant trois ans, les quotas augmenteront jusqu’à atteindre 1,64 milliards de dollars, contre 2 milliards avant l’accord.

A bien des égards, cette décision est remarquable.

Tout d’abord, elle met partiellement entre parenthèse  "l’accord de réciprocité économique " (2002), qui plaçait les deux plus grandes économies du continent latino-américain sur les rails du libre-échange mutuel.

Ensuite, nous assistons au retour d’une forme de commerce administré  très en vogue dans les années 70 et 80 et qui procède d’accords "volontaires" d’autolimitation des exportations, plutôt que de décisions unilatérales.

Enfin, le fruit de cette négociation bilatérale est révélateur du  poids économique du Brésil, mais aussi de la perte  d’influence de l’OMC.

Lorsque les négociations ont débuté, le gouvernement brésilien s’inquiétait du sursaut des importations automobiles (+ 40% en un an),  dû à la forte appréciation du real vis-à-vis des autres devises et au déversement sur son marché des excédents que le Mexique ne pouvait plus écouler sur un marché nord-américain anémié par la crise de 2008.

Le Brésil menaçait de rompre son accord avec le Mexique et de ramener les importations à leur niveau de 2004. Comme ce marché est l’un des plus prometteurs du monde, outre l’asie émergente, le Mexique a cédé aux exigences du Brésil,  à la condition que la restriction aux échanges soit temporaire et  que la libéralisation des échanges de camions, prévue en 2020, soit avancée de quatre ans.

Même si le Mexique a obtenu des garanties sur ces deux points, l’accord d’autolimitation des exportations est rude, puisque le quota libre de droits de douane est exprimé non pas en volume, mais en valeur, ce qui limite la capacité des firmes à jouer sur les prix pour compenser la restriction sur les ventes.

Qui plus est, le Brésil a obtenu que les véhicules "made in Mexico" aient un contenu plus dense en intrants latino-américains (41% contre 30% aujourd’hui), ce qui pénalisera particulièrement les producteurs japonais et français installés au Mexique.

Enfin, les autorités brésiliennes ont suggeré que leurs motifs de mécontentement pouvaient s’étendre des véhicules légers aux composants automobiles.

Bien sur, le Mexique cherche à éviter un conflit qui lui fermerait l’accès à l’un  des marchés les plus dynamiques  du monde, ce qui explique qu’il ait refusé cette "faveur" à  l’Argentine, qui n’offre pas de telles perspectives.

Mais ce choix obéit aussi à des considérations financières. En effet, bien des firmes qui sont installées à la fois au Mexique et au Brésil sont des filiales de multinationales occidentales (Wolkswagen, Renault, Ford…) qui ne voient pas forcément d’un mauvais oeil le gel temporaire de la concurrence et la répartition en leur sein des quotas d’exportations. Si l’accord débouche sur une cartellisation du marché automobile, les consommateurs pourraient être perdants tant en termes de prix que de quantités écoulées.  Pour que le secteur automobile ne s’endorme pas du sommeil du monopole,  le gouvernement Brésilien a lancé un vaste programme de soutien à l’investissement productif.

L’avenir dira si ce protectionnisme à bas bruit s’enlise dans la collusion d’intérêts ou donne un opportun ballon d’oxygène à l’emploi industriel brésilien.

DG

Et le protectionnisme fit pschitt

Spectre pour les uns, planche de salut pour d’autres, le protectionnisme n’a pas déferlé sur le monde à l’occasion de la crise. Certes, ici est là, on a vu surgir des droits antidumping et autres clauses de sauvegarde, mais globalement, le commerce mondial ne s’est pas heurté aux obstacles attendus.

Chad Bown montre qu’aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, en Australie et en Corée, les marchés sont restés ouverts en dépit de la récession de 2009 et  2010. D’après son modèle théorique, tirant les leçons des vingt dernières années, l’administration américaine aurait du réagir à la crise en appliquant 233 mesures protectionnistes. Or, seulement 93 ont vu le jour, soit moins de deux fois et demi le nombre attendu.

L’explosion protectionniste n’a pas eu lieu  parce que les taux de change réels du dollar ou de l’euro ont peu évolué, voire diminué, mais aussi en raison de l’engagement pris par les grandes puissances commerciales du G20 de préserver les échanges:

We underscore the critical importance of rejecting protectionism and not turning inward in times of financial uncertainty. In this regard, within the next 12 months, we will refrain from raising new barriers to investment or to trade in goods and services, imposing new export restrictions, or implementing World Trade Organization (WTO) inconsistent measures to stimulate exports.
- G20 Declaration, November 15, 2008

L’auteur insiste sur le fait que  les pays visés par les nouvelles barrières commerciales jouissaient d’une croissance relativement forte, tandis que les pays les plus atteints par la crise se sont épargnés de l’exporter les uns chez les autres via le protectionnisme.

Reste à faire la même étude pour la Chine, l’Argentine, l’Inde, le Brésil ou la Turquie, afin de déterminer si ces grands utilisateurs de barrières aux échanges ont surréagi, ou pas, aux chocs macroéconomiques.

DG

Le froufrou protectionniste de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy caresse les foules dans le sens du poil et excelle dans l’art du décor en carton pâte. Cette fois-ci, le Président joue sur la corde protectionniste et fait semblant de renverser la table.

Or, un  bref tour d’horizon de l’actualité montre que l’Europe  met en place ce que le Président réclame, quand ce n’est pas déjà fait. De la réciprocité en matière de marchés publics jusqu’au Small Business Act, tout est sur les rails. Qui sait qu’en dépit des moulinets protectionnistes, l’encre de l‘accord multilatéral sur les marchés publics , signé sous les auspices de l’OMC, est à peine sèche?

Zoomons sur ces marchés publics, dont Nicolas Sarkozy  affirme que nos PME  ne récolteraient que des miettes. L’étude de Stéphane Saussier montre que c’est faux.

Nos PME obtiennent 35% des contrats publics (en valeur).

C’est à peu près autant que leurs homologues allemandes et anglaises ou espagnoles et plus que les 23% dont bénéficient les PME américaines, pourtant placées sous la  protection du Small Business Act.

Ajoutons que les PME françaises emportent 52% des contrats publics d’Etat (28% en valeur) et 64% des contrats publics des collectivités locales (41% en valeur).

La situation est donc plus encourageante qu’on ne le dit et si l’on souhaite donner encore plus de travail aux entreprises françaises, amplifions les investissements publics.

En effet, notre pays fait relativement peu d’efforts dans ce domaine, avec une valeur médiane des marchés publics de 224 000 euros, contre plus de 600 000 en Espagne, en Italie et en Grande Bretagne.

Mais en ces temps d’austérité budgétaire et de résignation,  ceux qui prétendent représenter l’intérêt général n’ont  rien d’autre à proposer que de taper sur la concurrence étrangère.

C’est donc cela la "France Forte"?

DG

David Todd doute du protectionnisme

 

Voici un intéressant propos de l’historien David Todd (après le père, le fils) qui s’interroge sur la pertinence d’un protectionnisme national ou européen.

A cette occasion, l’auteur revient sur la "culture protectionniste" de notre pays, qu’il avait décrite dans l’ouvrage "L’identité économique de la France":

"La culture du protectionnisme est en effet majoritaire en France. Elle n’est pas issue de la droite radicale : elle est née au centre droit de l’échiquier politique, sous l’impulsion d’Adolphe Thiers. C’était à l’époque de la Troisième République, une république conservatrice, une démocratie de producteurs. En cela la France s’oppose au Royaume-Uni, une démocratie de consommateurs, qui est libre-échangiste."