Surévaluation monétaire et politique commerciale

Protectionnisme

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Un extrait de l’article de Gérard Lafay, (Avantages comparatifs et compétitivité), qui permet de comprendre pourquoi, dans un contexte de surévaluation monétaire, il n’est pas optimal d’utiliser la politique commerciale, ici pour freiner les importations, là pour doper les exportations. Quand la monnaie est surévaluée, la marche à suivre est simple: il faut s’attaquer directement au problème plutôt qu’à ses effets.

Piketty et le protectionnisme

Protectionnisme

"Le protectionnisme permet parfois de protéger utilement certains secteurs peu développés dans un pays donné (le temps que les entreprises nationales soient prêtes à affronter la concurrence internationale). Il est également une arme indispensable vis-à-vis des pays qui ne respectent pas les règles (en matière de transparence financière, de normes sanitaires, de respect de la personne humaine, etc.), une arme dont il serait bien fou de se priver. Pour autant, le protectionnisme, s’il est appliqué de façon massive et permanente n’est pas en soi une source de prospérité et de création de richesses. L’expérience historique suggère qu’un pays qui se lancerait fortement et durablement dans cette voie, tout en annonçant à sa population une vigoureuse progression de ses salaires et de son niveau de vie, s’exposerait probablement à de graves déceptions. Par ailleurs, le protectionnisme ne règle en rien l’inégalité r>g (taux de rendement du capital > taux de croissance du PIB) ni la tendance à l’accumulation et à la concentration des patrimoines entre quelques mains à l’intérieur du pays considéré. " Thomas Piketty, Le  capital au XXIième siècle, p. 872.

La drôle de récession sans protectionnisme

Protectionnisme

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Une étude de la Banque de la Reserve Fédérale de Chicago se penche sur l’étonnante modération des tensions protectionnistes à l’occasion de la dernière récession.

Le champ d’analyse se limite aux pays les plus riches (Etats-Unis, Union Européenne, Canada, Australie et Corée du Sud) ainsi qu’aux barrières commerciales temporaires et traditionnelles (droits anti-dumping, mesures de sauvegarde).

Au regard des précédents historiques (1988-2008), le trou d’air dans le PIB et l’emploi des années 2009 et 2010 aurait du se traduire par une explosion protectionniste: le modèle théorique prédit que 15% des importations américaines et européennes auraient pu faire l’objet de nouveaux obstacles aux échanges.

Or nous en sommes loin, puisque le protectionnisme ne s’est étendu qu’à 0,9% des importations aux Etats-Unis et 1,9%  en Europe.

Pourquoi la réponse commerciale a-t-elle été 8 à 16 fois moins importante que prévue?

Les auteurs mettent en avant le rôle de la coopération commerciale internationale  et la mémoire du scénario catastrophe des années 30.

Mais le papier nous informe que la relative stabilité du protectionnisme masque des phénomènes de substitution entre "pays-cibles", ainsi qu’entre protectionnisme  commercial et monétaire.

C’est ainsi que les pays riches ont, d’un côté, diminué leur protection à l’encontre de leurs partenaires commerciaux les plus atteints par la crise, et d’un autre côté, relevé leur niveau de protection vis-à-vis des pays les plus dynamiques, c’est-à-dire les pays émergents.

L’étude mentionne également le rôle positif de la dépréciation du dollar et de l’euro (en 2010)  sur l’apaisement des tensions protectionnistes dans les pays concernés.

Ce papier incite à considérer  le succès des thèses protectionnistes avec plus d’attention car le terreau macro-économique qui les fait prospérer est encore fertile.

De ce point de vue, la plus forte réaction protectionniste dont à fait preuve l’Europe, comparativement aux Etats-Unis, ne révèle-t-elle pas le manque de réactivité de la politique macro-économique communautaire face à la montée du chômage?

L’influence des mouvements internationaux de capitaux sur les tensions commerciales est une piste intéressante.

En effet, au début de la crise, les capitaux ont fui massivement les pays riches vers les pays émergents, ce qui a entretenu la dépréciation des monnaies occidentales, soutenu la compétitivité-prix de nos produits  et rendu moins nécessaire le recours à l’arsenal protectionniste.

A l’heure où les capitaux internationaux retournent au bercail et provoquent la dépréciation des monnaies émergentes, il est possible que le protectionnisme retrouve une certaine audience dans nos économies convalescentes.

Chine/UE: un compromis bienvenu sur le photovoltaïque

Protectionnisme

Comme au bon vieux temps des années soixante-dix et quatre-vingts, la diplomatie économique a accouché d’un gentlemen agreement, au terme duquel la Chine accepte de limiter ses ventes de panneaux photovoltaïques sur le continent européen, tout en s’engageant à respecter un prix de vente minimum.

Ce genre d’accord, qui évite une guerre commerciale en impliquant les firmes étrangères dans la gestion des quotas d’exportations, n’est pas du protectionnisme. Il s’agit d’un instrument classique de régulation des échanges, utile lorsque ceux-ci s’effectuent dans des conditions clairement non coopératives.

En effet, dans un contexte de diminution de la demande de panneaux photovoltaïques en Europe, après une période de surchauffe, la surproduction chinoise, subite et massive,  perturbait gravement le marché.

Si les firmes chinoises jouent le jeu, elles pourront tirer bénéfice de l’accord, en compensant la diminution de leur part de marché en Europe (de 80% à 60%) par un relèvement de leurs prix. Si les producteurs européens interprètent correctement le signal qui leur est envoyé par l’Europe, ils savent que le ballon d’oxygène dont il vont bénéficier est à la fois temporaire et à double tranchant, car le supplément de profits que peuvent récupérer leurs concurrents chinois risque de doper leur capacité d’innovation. Pour résister durablement, il leur faudra monter en gamme.

Le seul inconvénient de ce genre d’accord réside dans le risque de diversion des exportations chinoises vers d’autres zones du monde, au risque de déstabiliser d’autres marchés.

Ajoutons que la régulation des importations chinoises s’effectue dans un contexte d’assainissement du secteur photovoltaïque.

En effet, des années de subventions publiques très généreuses et d’importation de panneaux chinois à très faible coût, avaient alimenté une ruée vers la production d’électricité photovoltaïque qui n’avait plus rien à voir avec les objectifs environnementaux et risquait de dégénérer en bulle spéculative. La révision à la baisse des tarifs publics et la modération des importations étaient devenues nécessaires pour éviter une crise encore plus grave de l’emploi dans ce secteur.

Le protectionnisme n’a pas sauvé l’emploi américain dans l’industrie du pneu

Protectionnisme

De 2009 à 2012, l’administration américaine a appliqué aux  importations de pneus chinois un droit de douane moyen de 30%.

Le but du jeu était de maximiser les chances de réélection d’Obama en montrant que l’Etat fédéral défendait l’emploi local.

Trois économistes, Chung, Lee et Osang, viennent de montrer que ces droits de douane n’ont eu aucun effet sur l’emploi et les prix aux Etats-Unis.

La raison de ce fiasco est simple: les pneus en provenance de Chine ont été remplacés par des pneus made in Thaïlande, Corée du Sud ou Indonésie.

En effet, le petit nombre de multinationales occidentales qui dominent le marché des pneumatiques n’ont eu que faire des dits tarifs et ont eu tout loisir pour modifier leurs lieux d’approvisionnement.

Entre la fiction du libre-échange (le marché mondial des pneus est un oligopole) et la farce du protectionnisme, l’électeur est-il vraiment obligé de choisir?

Miracle non protectionniste aux Etats-Unis

Protectionnisme

Le journal américain Business Standard (27/07/2013) s’étonne de l’absence de réaction protectionniste à l’encontre de la Chine, alors qu’au début des années quatre-vingts les Etats-Unis n’avaient pas hésité pas à s’en prendre aux importations en provenance du Japon.

Business Standard, qui parle de "miracle", évoque quatre causes: tout d’abord, les effectifs des industries traditionnelles ont fondu, ce qui limite la force de frappe des lobbies protectionnistes;  la nature des échanges est différente puisque les japonais concurrençaient les produits américains de haute technologie, ensuite  les firmes américaines s’opposent activement au protectionnisme car elles ont délocalisé en Chine et réimportent de nombreux composants; enfin, l’administration américaine a apporté un soutien direct aux salariés ainsi qu’aux régions touchées par les restructurations et la crise.

On pourrait ajouter que le contexte macro-économique est radicalement différent.

Au début des années 80,  l’administration américaine a délibérément provoqué la récession pour juguler l’inflation.  Le dollar était cher et les barrières protectionnistes destinées à protéger la sidérurgie ou l’automobile étaient une concession accordée temporairement aux industriels.

A l’inverse, la crise actuelle a été combattue par les autorités américaines, ce qui a rendu le protectionnisme inutile.

Il existe une autre différence: en freinant les ventes japonaises, les américains cherchaient à attirer sur leur sol les entreprises japonaises pour qu’elles y créent des emplois et fassent profiter la main d’oeuvre locale de leurs méthodes de production. De ce point de vue, se protéger de la Chine n’apporterait rien.

Paul Krugman constate également la "mort du protectionnisme" dans son pays. Ironique, as usual, il se demande  contre quoi les économistes vont bien pouvoir ferrailler.

Todd capitule devant la mondialisation

Protectionnisme

Ce dont la France et les autres pays ont besoin, c’est de se recentrer – comme l’ a fait Allemagne depuis sa réunification – sur l’idée de nation pendant un bout de temps. Nous, Français, avons besoin de nous retrouver entre nous, avec nos bonnes vieilles luttes des classes, avec notre fantastique diversité culturelle, avec notre Etat, et notre monnaie. Nous devons tirer de nos traditions et de notre histoire ce qu’il faut pour nous en sortir. E. Todd. Marianne (06.07.2013).

La vague protectionniste fait pschitt

Protectionnisme

La récession de 2009 ne marque pas un tournant dans la politique commerciale internationale et  le regain de protectionnisme semble s’apaiser.

Tel est le message du dernier Bulletin mensuel de la BCE.

Le papier s’appuie sur des indicateurs quantitatifs.

Par exemple, dès 2011, le nombre d’antidumping et autres clauses de sauvegardes recensées par la Banque Mondiale, était  revenu à son niveau de 2007.  En 2011, les tensions commerciales étaient moins prononcées qu’en 2002.

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Ajoutons que le protectionnisme reste l’apanage d’un nombre très restreint de pays, tels l’Argentine ou la Russie, tandis que le gros des troupes, et en particulier les pays riches, demeurent attachés à l’ouverture des marchés.

Le graphique 4 ci dessous montre que depuis 2009 le poids de l’Argentine dans le nombre total de mesures restrictives est 20 fois plus élevé que son poids dans les importations du G20.

Relativement à l’Argentine ou à la Russie, l’Union Européenne, le Japon et les Etats-Unis ont été particulièrement modérés dans leur usage du protectionnisme.

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Le papier de la BCE s’achève sur une inquiétude.

En effet, l’intensité des pratiques protectionnistes est influencée par les aléas de la conjoncture: 1 point de croissance en moins = +4,4% de restrictions aux échanges.

Or, les économies occidentales tournent au ralenti, contrairement à celles du reste du monde.

Dans ce contexte de croissance très différencié,  les auteurs  invitent les Etats à ne pas relâcher leurs efforts de coopération internationale.

Les émergents dépendent de moins en moins des marchés de l’OCDE

Protectionnisme

Natixis (24 avril 2013 n°330) redoute que les difficultés des pays de l’OCDE s’étendent aux pays émergents en raison de la forte dépendance commerciale de ces derniers vis-à-vis des pays industrialisés.

Le constat lapidaire de Natixis mérite d’être nuancé.

Il est vrai que les flux d’exportations entre les pays émergents et l’ensemble EU-UE-Japon sont déséquilibrés: les premiers exportent 16% de leur PIB vers la Triade, tandis que cette dernière n’exporte que 8% de son PIB vers les émergents.

Toutefois, depuis le milieu des années 90, la dépendance commerciale des pays émergents vis-à-vis de nos pays a diminué fortement.

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Depuis 2008, la portion de PIB que les émergents consacrent à leurs exportations vers la Triade  a chuté de 7 points (de 23 à 16%), pour revenir au niveau de 1997.

A l’inverse, en 2013, les exportations vers les pays émergents pesaient deux fois plus dans le PIB de la Triade qu’en 1996 (de 4 à 8%).

Par conséquent, depuis 1996, la dépendance relative des émergents a été divisée par deux.

Cette course de nos pays vers les marchés émergents, tandis que ces derniers diversifient leurs débouchés extérieurs,  devrait conforter les émergents dans les futures négociations commerciales internationales…et tempérer nos élans protectionnistes.

En attendant le tarif

Protectionnisme

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 La France n’a jamais été aussi protectionniste que l’Allemagne ou les Etats-Unis. Toutefois, chez nous,  la tradition protectionniste est plus tenace et le discours plus enflammé qu’ailleurs. A la lecture de l’article de l’historien Thierry Nadau (L’opinion et le tarif général des douanes de 1881), qui décrit le contexte économique et social de la fin du XIXième siècle, si propice au protectionnisme, on est saisi par les similitudes avec notre époque: même défaitisme, même thématique du déclin national, identique réticence à envisager une réforme fiscale d’envergure, similaires difficultés de l’Etat à imaginer une véritable politique industrielle. Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets?

Ce libre-échange dont les Français ne veulent pas

Protectionnisme, Théorie du commerce international

La France est un curieux pays,  qui saute à pieds joints dans la mondialisation tout en vilipendant, plus que les autres nations,  ses méfaits.

Dans "Le grand malentendu – L’idée de libre-échange en France", l’économiste Antoine Bouët se penche sur ce paradoxe.

Cet ouvrage  est en quelque sorte le manifeste d’un libéral éclairé et atterré. Eclairé, parce que l’auteur nous rappelle que les économistes -les vrais, pas les idéologues façon Minc-n’ont jamais décrit la mondialisation comme un long fleuve tranquille. Atterré, parce qu’il déplore que notre pays se pense comme une  nation menacée par l’ouverture et se perde en débats stériles (sortie de l’Europe, démondialisation…) plutôt que de créer les conditions d’une insertion réussie dans la mondialisation. Pour parler comme naguère, en France,  les conditions subjectives du libre-échange retardent sur les conditions objectives.

Avant que d’explorer les raisons historiques et culturelles de ce hiatus (nostalgie du temps où la France était une grande puissance, se distinguer en s’opposant à la libérale Angleterre, centralisation, passion égalitaire), l’auteur fait passer un mauvais quart d’heure aux intellectuels français protectionnistes, le tout dans une langue assez belle, l’auteur aimant à se placer sous les auspices de Flaubert et de Chateaubriand.

L’auteur souligne les gains du commerce international, démontre  l’égalité entre le taux de protection non tarifaire européen et indien, note la tendance du protectionnisme agricole à déprimer la demande mondiale et conteste l’enrôlement de Keynes, par quelques idéologues de la frontière,  dans  les rangs protectionnistes.

L’ouvrage contient  d’intéressantes réflexions sur le rapport compliqué que la France entretient avec le libéralisme ou encore l’isolement des économistes, dont l’auteur estime qu’ils n’ont plus d’influence significative sur le débat politique.

Minutieusement argumenté, ce texte est une réponse à L"illusion économique, célèbre charge d’Emmanuel Todd à l’encontre des économistes, dont l’auteur s’emploie à débusquer les incohérences.

L’OMC publie sa boîte à outils

Protectionnisme, Théorie du commerce international

L’organisation mondiale du commerce met à disposition du public un "Guide pratique pour l’analyse des politiques commerciales".

Ce guide a été établi pour contribuer au renforcement de la capacité des pays en développement d’analyser et de mettre en œuvre la politique commerciale.  Il s’adresse aux experts des gouvernements qui participent aux négociations commerciales ainsi qu’aux étudiants et aux chercheurs qui s’intéressent aux questions relatives au commerce.

Des taux d’ouverture aux indicateurs d’avantages comparatifs, en passant par la protection effective et les modèles de simulation de politique commerciale,  l’arsenal  paraît au complet avec, comme toujours, plein de jolis graphiques.

Puisque  la brochure de présentation nous y invite,  piochons dans la boîte à outils.

Le protectionnisme expliqué par ses amis

Protectionnisme

Avant les élections présidentielles, les éditions Les Liens qui libèrent, en collaboration avec Le Monde Diplomatique, ont publié un recueil d’articles destiné à dé-diaboliser la menace protectionniste.

Cela s’intitule Le protectionnisme et ses ennemis.

Frédéric Lordon, Ha-Joon Chang, Serge Halimi, Jacques Sapir et François Ruffin sont de la partie. La tonalité est de gauche, sur le mode "point de progrès social possible dans la mondialisation libérale".

Frédéric Lordon ouvre le bal. Avec son style incantatoire et son mauvais esprit, le personnage agace,  mais son idée que le monde, libre-échangiste dans le discours, est  protectionniste dans les faits, n’est pas fausse. La liberté formelle des échanges, obtenue par l’abaissement des obstacles aux frontières, met à nue les pratiques anti-concurrentielles les plus rudes (dumping fiscal, environnemental, guerre des monnaies…), que Lordon rassemble sous l’appellation protectionnisme des structures. Pour paraphraser Rosa Luxembourg, le libre-échange c’est la liberté du protectionniste structurel dans le poulailler de la concurrence non faussée. Après avoir traité les amis du libre-échange de cyniques et/ou d’ahuris, l’auteur en appelle à l’action d’une véritable organisation mondiale du commerce, qui régulerait et équilibrerait  toutes les formes de protectionnisme, plutôt que de bâtir une utopie libre-échangiste.

Lordon commence son article en citant Dominique Strauss Khan, qui a préfacé en 2004 un petit livre d’Anton Brender (La France face à la mondialisation) qui contenait, sous une forme moins hystérique, la même idée: dans une monde débarrassé des barrières formelles aux échanges, les modèles économiques et sociaux sont mis directement en compétition et ne peuvent plus s’appuyer que sur des protections internes pour résister à la concurrence étrangère. Plus optimiste que Lordon, Brender préconisait que la France se re-protège non pas en érigeant des droits de douane ou en réduisant les salaires, mais en investissant dans l’éducation et l’intégration sociale.

Ha-Joon Chang brosse un tableau de la mondialisation des échanges depuis l’abrogation des lois sur le blé par l’Angleterre en 1846. Reprenant les idées de Friedrich List, l’auteur affirme qu’il n’est de commerce profitable à long terme qu’entre pays de niveaux de productivité similaires et que les avantages comparatifs n’offrent rien de mieux aux pays du Sud qu’une insertion ségrégrée dans le commerce international.  L’auteur n’est pas très convainquant lorsqu’il fait des années 60 et 70,  époque de régulation et de protection,  un temps plus heureux que le notre. Il oublie de dire que cette période se déploie sur la lancée des efforts de reconstruction et sur fond d’exode rural et d’urbanisation, phénomènes qui ne se reproduisent pas aisément dans l’histoire.

Serge Halimi explore les fondements économico-socio-politiques de la résurgence du protectionnisme à la fin du XIXième siècle. En particulier, il rappelle que le protectionnisme bismarckien exprimait l’aspiration des aristocrates terriens coalisés. A propos de Karl Marx, l’auteur précise que celui-ci s’était  rallié au libre-échange par pure tactique révolutionnaire.

J’aime beaucoup la fin de son article, car plus personne ne parle ainsi de nos jours: "Si l’option protectionniste contrarie la mondialisation, elle ne contredit pas l’ordre capitaliste. Opposant les producteurs tournés vers le marché intérieur à ceux qui privilégient les débouchés étrangers, elle traverse les classes et ne remet pas en cause ni les prérogatives du capital ni les rapports de pouvoir dans l’entreprise. Néanmoins, en période de crise, elle divise la classe dirigeante et suscite des affrontements d’intérêts passionnés. L’issue dépend souvent de la puissance des forces  du travail, laquelle détermine leur capacité à faire payer à une partie de l’élite économique le prix du soutien qui leur permettra de défaire une autre fraction de la bourgeoisie". Dommage qu’il n’ait pas illustré ceci par le ralliement d’une partie des socialistes allemands à la politique protectionniste de Bismarck, en échange des premières lois sociales.

Dans Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis, Jacques Sapir déroule ses thèses protectionnistes habituelles. Le meilleur chez Sapir, c’est lorsqu"il fait comprendre les raisons qui ont poussé  la Chine et ses voisins à s’engager dans une politique d’exportation agressive et d’accumulation de réserves de change, en réaction au choc  de la crise asiatique de 1997-1999. Malheureusement, l’auteur à un goût trop prononcé pour les mécaniques fatales. Il voit dans la concurrence chinoise la cause principale de la déflation salariale aux Etats-Unis et de la montée de l’endettement des ménages. Si tous les chemins du libre-échange mènent à la crise, alors toutes les sorties de crise mènent au protectionnisme…Sapir, ou la loi d’airain des échanges.

Le dernier du quintet est François Ruffin. Le journaliste nous livre des extraits d’une enquête qu’il avait réalisée en mars 2009 sur les délocalisations industrielles. La violence des licenciements et l’impuissance des syndicats y sont retranscrites. Un industriel d’Amiens réagit à la suppression des quotas textiles avec la Chine en 2005: "On va sacrifier le textile et, en échange, on enverra des avions et des voitures (…) Sauf que, maintenant, on voit qu’Airbus commence à produire là-bas…".  Chez Ruffin, le protectionnisme est la solution de la dernière chance pour défendre l’emploi industriel.

Un vent mauvais semble souffler sur la fin de cet article, c’est dommage. D’après l’auteur,  l’internationalisme candide de la gauche aurait été récupéré par les milieux d’affaires avec tout un baragouin généreux à base de mélange des cultures et d’ouverture à l’autre et au monde. Monsieur Ruffin, qui défend la cause des ouvriers, devrait savoir que la posture internationaliste du mouvement ouvrier n’est pas une importation petite-bourgeoise mais la manifestation d’une  résistance aux identifications et aux embrigadements nationalistes que cherchaient à imposer les classes dominantes.

Marchés publics: l’Europe est deux fois plus protectionniste que la Chine

Protectionnisme

Les tensions commerciales entre l’Europe et le reste du monde naissent souvent de l’exigence de réciprocité en matière d’accès aux marchés publics.

France en tête, beaucoup de pays se plaignent que la Chine, les Etats-Unis ou le Japon profitent des marchés européens sans ouvrir suffisamment les leurs.

Une étude du Groupe d’économie mondiale de Sciences Po conteste le bien fondé de la position européenne et met en évidence une remarquable  préférence nationale et communautaire en matière d’achats publics.

Voici tout d’abord quelques chiffres bruts pour l’année 2005,

  • Dans les pays de l"Union européenne, le taux d’importations s’élève à  9,3% en moyenne simple  et 7% en moyenne pondérée des 21 pays considérés.
  • La Chine attribue 6,1% de ses marchés  publics à des producteurs étrangers. Le Japon et les Etats-Unis, respectivement 4,7 et 4,6%.

Faut-il en conclure que l’Union Européenne ouvre plus généreusement  ses marchés publics que la Chine ou le Japon?

Patrick Messerlin et Sébastien Mirandot ne le pensent pas.

Ils attirent notre attention sur le fait que les taux d’importations que l’UE oppose à la Chine ou au Japon incluent 60% à 66% d’importations intra-européennes.  L’Europe ne réserve que 3,1% de ses marchés publics aux extra-européens, ce qui est deux fois moins que le taux d’importations chinois (6,1%). Il existe bel et bien une préférence communautaire en matière de marchés publics qui réfute  le mythe de " l’Europe passoire’.

Confirmons l’existence de ce protectionnisme  grâce aux deux graphes ci-dessous.

Dans le premier, on constate que le taux global d’importations  diminue avec la taille économique des pays.

Rien de plus normal. En effet, un vaste pays dispose généralement de ressources suffisamment nombreuses et diversifiées pour produire tout seul ici une rame de métro, ici de nouvelles digues.

Observons maintenant ce qui se passe avec les seules importations extra-européennes.

La pente de la courbe est beaucoup moins prononcée que la précédente. Les petits  pays, qui importent beaucoup, freinent  les importations extra-européennes. Ils réservent leurs marchés à leurs  partenaires de l’UE.Tout se passe également comme si l’Europe n’importait que le strict minimum, c’est-à-dire les services qui trouvent peu d’équivalents à l’intérieur de ses frontières.

Sceptiques quant aux discours européens, les auteurs appellent à un peu plus de retenue vis-à-vis du Japon ou de la Chine, non seulement parce que l’Europe n’est pas plus libérale que le reste du monde, mais aussi parce qu’elle aurait  intérêt à ne pas provoquer la fermeture des florissants marchés émergents.

Qui aurait payé la TVA sociale?

Compétitivité, vous avez dit compétitivité?, Protectionnisme

Au terme d’une séance agitée, la majorité parlementaire a abrogé la "Tva sociale".

A cette occasion, le député UMP Laurent Wauquiez a prétendu que le Gouvernement était  en train de "faire la poche des classes moyennes",  image qu’il avait utilisée au moment de la controverse sur le quotient familial.

D’après les élus de l’ancienne majorité, la "TVA sociale" permettrait d’alléger les prélèvements qui pèsent sur les Français car cet impôt s’étend aux importations et ouvre la possibilité de faire contribuer les concurrents étrangers au financement de notre protection sociale.

En réalité, il est  probable que  la "TVA sociale" pénalise ces classes moyennes et supérieures qui sont si chères à la droite parlementaire.

En effet, les ménages ne pâtiraient pas de la taxe si le prix de vente hors-taxe  diminuait d’un montant identique au supplément d’impôt.

Or  le marché français n’est pas vaste au point que sa  fermeture aux produits importés  fasse chuter le prix mondial d’un montant égal à la  TVA.

Dès lors, taxer les importations c’est faire payer le consommateur français(Ecopublix).

Recherchons maintenant le profil des  ménages qui seraient lésés par une hausse du coût des importations.

D’après le graphique ci-dessus (OFCE), ce sont les 50% les plus riches qui consacrent la part la plus importante de leur revenu à l’achat de biens importés (15,1% contre 12,7% chez les plus modestes).

En regardant bien, on s’aperçoit que c’est dès le troisième décile (au delà des 20% les plus pauvres) que se produit la hausse la plus significative du taux d’importations.

C’est dire si les milieux populaires ne seraient pas épargnés par la dite TVA.

DG

Tonton protectionniste?

Chroniques Keynésiennes, Protectionnisme

En jetant un oeil sur le site des "Rencontres Déconnomiques" d’Aix en Provence, organisées les 6 et 8 juillet en riposte aux Rencontres économiques,  je découvre l’improbable conférence du journaliste François Ruffin qui enrage que la gauche française n’ait plus la volonté de s’isoler du commerce mondial, condition indispensable à ses yeux pour mener à bien des expériences progressistes.

Appuyant sa démonstration à l’aide d’un exemple tiré de l’histoire, Ruffin exhume la proposition n°20 du programme électoral de François Mitterrand en 1981.

Il en extrait une phrase choc : "D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en dessous de 20%", qui prouverait que les socialistes cuvée 1981 étaient acquis à la cause protectionniste.

Dubitatif, je me suis penché sur les 110 propositions du candidat Mitterrand.

Voici l’exact libellé de la proposition n°20:

20 – Le franc sera défendu contre les manœuvres spéculatives. Le développement industriel et agricole et les économies d’énergie rendront la croissance moins tributaire des importations. D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en-dessous de 20 %.

Comme on peut le constater, la proposition socialiste n°20 est fort éloignée du protectionnisme tonitruant ("notre dernière arme")  à la mode Ruffin.

En effet, la réduction de la part des importations dans le PIB n’était ni le moyen ni la condition de la réussite de la gauche,  mais le résultat d’un programme plus général de redressement économique à base de nationalisations et de subventions aux énergies non fossiles.

De surcroît, en consultant le grand livre de la comptabilité nationale, on s’aperçoit que les importations représentaient 23,94% du PIB en 1981, ce qui n’est pas très éloigné de l’objectif de 20%.

Comme rupture avec l’ordre existant, on fait mieux.

Certes, il y eut une petite guéguerre avec le Japon, en 1982, à propos des magnétoscopes. Mais elle fit pschitt.

En réalité, les socialistes de l’époque s’inspiraient  plus de Keynes que de List.

Dans son texte "De l’autosuffisance nationale" (commenté ici dans un ancien billet) Keynes appelait de ses voeux un développement plus auto-centré, non seulement pour apaiser les tensions commerciales et militaires entre pays riches, mais aussi  parce qu’il le concevait comme le point d’arrivée du vaste plan de dépenses publiques qu’il souhaitait mettre en oeuvre, à base de routes supplémentaires, d’écoles, de musées et d’embellissement des villes, toutes choses produites et consommées localement.

Rien à voir avec le protectionnisme pétaradant et agressif de certains.

Les Etats-Unis font condamner la Chine par l’OMC

Protectionnisme

Pour s’assurer d’être réélu, Barack Obama multiplie les appels du pied à l’électorat populaire en jouant sur la fibre protectionniste.

Dans sa ligne de mire, la Chine.

L’administration américaine a ouvert plusieurs conflits commerciaux à propos des éoliennes, de l’acier, des terres rares et maintenant des automobiles.

La plupart du temps, elle s’attaque aux barrières commerciales qui freinent les exportations américaines et plutôt que d’agir unilatéralement,  les Etats-Unis portent plainte auprès de l’Organisation internationale du commerce (Bloomberg Businessweek, 05/07/12).

Le plus souvent, les Etats-Unis obtiennent gain de cause.

Par exemple, aux yeux de l’OMC, une règlementation chinoise en contenu local discriminait les ventes américaines d’éoliennes. En juin dernier, l’OMC a désavoué les représailles tarifaires engagées par la Chine à l’encontre de l’acier américain.

Tout cela a du bon, puisque la première puissance économique mondiale joue le jeu du droit international, plutôt que de résoudre seule ses différends commerciaux.

Ajoutons que cette guérilla juridique se substitue à un conflit plus global, celui qui porte  sur  la sous-évaluation du Yuan vis-à-vis du Dollar, qui échappe aux prérogatives de l’OMC.

8%

Protectionnisme, Stats of the day

8%, c’est le droit de douane moyen des pays à revenu intermédiaire du G20, dits émergents (Inde, Chine, Mexique, Afrique du Sud, Indonésie, Russie, Mexique, Brésil, Argentine). Ce taux est deux fois plus élevé que dans les pays à hauts revenus, mais entre 1996 et 2010, les émergents ont réduit fortement leur protection tarifaire (-40%), avec une accélération depuis 2004. Au terme de cette évolution, les émergents sont devenus autant protectionnistes, au plan tarifaire, que la moyenne des pays du G20. Si la crise n’a pas entrainé de relèvement global des protections tarifaires à l’intérieur du G20, il faut noter que le tarif moyen agricole ne diminue plus depuis 2003 et que la baisse des tarifs industriels  a ralenti  nettement depuis 2002.

Is globalisation great?

Protectionnisme

LCD Sound System – Someone great

Lors de la 11ième conférence annuelle de la Banque des règlements internationaux, les 21 et 22 juin 2012 à Lucerne (Suisse), Stephen Cecchetti a commis une petite hérésie.

Dans son allocution, intitulée "Is globalisation great?", il nous dit, avec force statistiques, que le développement de la sphère financière, mesuré en termes d’emploi ou de valeur ajoutée,  n’est pas toujours compatible avec le progrès économique.

Voici donc, qu’au delà d’un certain seuil, l’exubérance du système bancaire et financier pourrait être corrélée à l’essoufflement des gains de productivité:

(…) the conclusion emerges that there  is a point where both financial development and the financial system’s size turn from good to bad. That point lies at 3.2% for the fraction of employment and at 6.5% for the fraction of  value added in finance. Based on 2008 data, the United States, Canada, the United Kingdom  and Ireland were all beyond the threshold for employment (4.1%, 5.7%, 3.5% and 4.5%).  And the United States and Ireland were also beyond the threshold for value added (7.7% and  10.4%).

Comme la libre circulation internationale des capitaux met du carburant dans le moteur du crédit et de la spéculation, l’auteur s’interroge sur l’optimalité des flux actuels.

En 2011, Stephen Cecchetti s’était distingué en affirmant qu’au delà de 85% à 90% du PIB, les dettes publiques, mais aussi celles des ménages et des entreprises, présentent plus d’inconvénients économiques que d’avantages.

La Suisse se heurte au protectionnisme

Protectionnisme

L’économie Suisse  dépend fortement de ses exportations (54% du PIB).

A ce titre, elle est plus sensible que d’autres à la montée des barrières protectionnistes à travers le monde.

Le pays se plaint d’une résurgence du protectionnisme direct et indirect.

Une étude montre que les exportations suisses sont peu affectées par les entraves directes aux échanges (droits de douane, quotas…) mises en oeuvre par les pays émergents (Russie, Argentine, Inde). Seules 3,5% des exportations en valeur seraient concernées.

En revanche, 52% des exportations helvètes se heurteraient à la concurrence déloyale des firmes étrangères qui bénéficient de subventions à l’exportation et d’allègements fiscaux dans des secteurs sensibles (pharmacie, machines, chimie…), contre 3% en 2008.

Les pays émergents sont en première ligne…

"Les programmes les plus importants émanent principalement des nations industrielles émergentes. Les exportateurs de produits textiles et en cuir bénéficient d’aides d’Etat en Inde, en particulier, mais aussi en République populaire de Chine. Le gouvernement chinois a par ailleurs introduit en 2009 une série d’exonérations fiscales de grande envergure spécifiques aux exportations."

 …mais les partenaires européens ne sont pas en reste. En particulier, le Royaume-Uni aurait pris des dispositions pour encourager les produits agricoles et les produits "verts".

Selon l’étude, cette concurrence artificielle amplifie les retombées négatives de  l’appréciation du Franc Suisse sur la compétitivité coût de ce pays.

Le rapport recommande d’améliorer le dispositif de surveillance et de plaintes de l’OMC, de négocier plus d’accords de libre-échange bilatéraux et de ne pas entraver les firmes suisses par une législation sociale et un droit des sociétés trop  contraignants.