La Norvège, "référence absolue" de la compétitivité énergétique

Environnement
D’après le classement de l’Institut Choiseul et du  KPMG, un État compétitif en matière énergétique est :
■ Un État peu déficitaire du point de vue énergétique, où les gaspillages sont contenus, où la part des énergies renouvelables est significative ou en croissance, où la dépendance au pétrole est plutôt faible ;
■ Un État où la plus grande part de la population a un accès sûr à l’électricité, où les pertes liées à la transmission et à la distribution d’électricité rapportée à la génération électrique sont limitées où l ’existence la génération électrique sont limitées, où l’existence d’une production nucléaire contribue à la sécurité d’approvisionnement énergétique du pays ;
■ Un État où la part d’énergie primaire utilisée pour générer une unité d’ output est faible et où les émissions de CO2 par habitant sont limitées ;
■ Un État enfin où le climat d’investissement et des affaires est favorablement apprécié
Un tel paradis vert existe, il est en Norvège:
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Et la France?
9ième au classement, elle figure en bonne position, mais c’est surtout grâce à  la performance, à la qualité et à la disponibilité de son électricité, conséquence de son parc nucléaire, qui compense la faible part des énergies renouvelables dans son mix énergétique.
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Le Royaume-Uni, lanterne rouge des énergies renouvelables

Environnement

 Entre 2006 et 2010, le Royaume Uni a doublé la part  des énergies renouvelables (solaire, éolienne, thermique, hydraulique…) dans sa consommation  finale  d’énergie.

Toutefois, la contribution des énergies "propres" plafonne à 3,2%, soit le taux le plus bas des pays de l’UE, hormis Malte et le Luxembourg (Eurostat).

 La palme écologique revient à la Suède (47%), à la Lettonie (33,6% et à la Finlande (32,2%).

Avec un taux de 11,9% (2009), la France se situe dans la moyenne européenne et progresse à peu près au rythme de ses voisins. Sans plus.

Le Royaume-Uni devra fournir un effort significatif, car le pays des cottages à toît de chaume est fort éloigné de l’objectif 2020 qu’il s’est assigné et qui prévoit de porter la part du renouvelable à 15%

 Ah, j’oubliais: la photo représente Sir Winston Churchill, en 1949, dans sa maison de campagne de Chartwell, en compagnie de son caniche Rufus.

Le mauvais bilan carbone des exportations américaines

Environnement

Et si l’on faisait le bilan carbone du commerce international?

3,6 millions de tonnes de CO2, nous dit une étude américaine.

Rapporté à la valeur des échanges, cela représente 446 grammes de carbone par dollar, dont les deux  tiers  viennent de la production et le tiers restant (146 grammes) du transport des marchandises.

Comme on pouvait s’y attendre, l’intensité carbonique de la production a tendance à décroitre avec le niveau de développement: 612 grammes par dollar en Inde, 363 en Chine, contre 179 en Europe et 251 aux Etats-Unis.

Toutefois, les écarts se resserrent si l’on tient tient compte des opérations de transport.

En effet, le transport des exportations américaines s’avère trois fois plus polluant que la moyenne mondiale, au point que l’environnement pâtit plus des ventes extérieures américaines (739 grammes par dollar) que chinoises (426 dollars)

Le choix du mode transport privilégié par les Etats-Unis (l’avion plutôt que le bateau) expliquerait cette contre-performance.

Comme les importations américaines ne sont pas particulièrement polluantes, on comprend que les Etats-Unis aient intérêt à ce que les émissions de CO2 dues au transport de marchandises soient attribuées au pays importateur, plutôt qu’à l’exportateur.

Par ailleurs, les auteurs de l’étude montrent que 31% des flux commerciaux internationaux réduisent les émissions de CO2.

D’où vient ce miracle?

Pour une part, de la structure des échanges: faire circuler les produits de la pêche pollue bien moins que trimbaler des automobiles.

Pour une autre part, de la nature des partenaires commerciaux: une économie intensive en carbone soulage la planète lorsqu’elle remplace sa production par des importations en provenance d’économies plus écologiques.

DG

Everything’s gone green

Environnement

La musique des années 80, où il était de bon ton de ne pas afficher sa joie, colle bien avec notre période de crise.

J’ai choisi ce titre de New Order en contrepoint d’une étude américaine d’après laquelle la récession et l’extension du chômage aux Etats-Unis ont fait reculer l’intérêt de l’opinion et des médias pour les questions environnementales.

La question de l’emploi relègue au second plan les préoccupations sur le réchauffement climatique et repousse aux calendes  grecques certains projets aux Etats-Unis.

Dans un tel contexte, cette autre étude qui pointe les effets négatifs des taxes écologiques sur l’emploi ne devrait pas arranger les choses.

DG

Théorie du commerce international et ressources naturelles

Environnement

Le commerce international permet-il de préserver les ressources naturelles ou bien accélère-t-il leur épuisement? Accroît-il la volatilité de leur prix? Existe-t-il une malédiction des ressources naturelles?

Voici le genre de questions que traite le dernier  Rapport sur le commerce mondial (Organisation Mondiale du Commerce, 2010).

En s’appuyant très pédagogiquement sur  la littérature scientifique, le rapport  montre que  les travaux des économistes ne justifient pas toujours le règne de la concurrence.

L’honnête homme y puisera de précieuses ressources pour sa réflexion.

DG

La guerre tarifaire écologique aura-t-elle lieu?

Actu des papiers, Environnement

Source: Atkinson, Hamilton, Ruta et Van der Mensbrugghe (2010). Estimations pour 2004.

L’idée d’un protectionnisme écologique, ou plus modérement, le projet d’instituer une taxe carbone aux frontières pour préserver la compétitivité des pays  les plus soucieux de l’environnement,  fait des émules.

Quelles en seraient les conséquences sur les pays visés? Pourquoi l’Europe parait-elle beaucoup plus réticente que les Etats-Unis?

Une étude récente montre que les effets d’une telle représaille sont à prendre au sérieux et invite à nuancer la responsabilité des pays émergents.

Qui émet le plus de carbone?

Pour évaluer qui fait quoi en matière d’émission de gaz carbonique dans l’atmosphère, une première étape consiste à  comparer ce que chaque pays (ou groupe de pays) rejette lorsqu’il produit des biens et services.

Si vous vous reportez à la figure ci-dessus, vous constatez que c’est aux Etats-Unis et en Chine que la production s’avère la plus polluante (les traits noirs indiquent respectivement 5 et 4,2 millions de tonnes de CO2). Par comparaison, l’Europe des quinze émet moitié moins de carbone que la Chine*.

Une analyse plus fine consiste à mesurer l’intensité de la production en CO2: trois principaux pollueurs se détachent: la Chine (0,9 tonnes par 1000 dollars de PIB), la Russie (0,85) et l’Afrique du Sud (0,79), loin devant l’Europe (0,19) et les Etats-Unis (0,42).

Du CO2 dans la mondialisation

Intéressons nous maintenant au CO2 qui circule à travers le monde via le commerce international.  A l’image des soldes extérieurs de biens et services, on peut calculer des "balances carbone" (par exemple,  un pays qui produit plus de carbone qu’il n’en consomme est exportateur net de CO2).

On peut faire trois constats:

-La Chine exporte une quantité considérable de CO2: un million de tonnes, soit l’équivalent des émissions totales de l’Inde.

-L’Europe et le Canada sont très dépendants du carbone importé. L’ensemble des importations européennes de carbone représentent la moitié des besoins (alors que c’est une vaste zone économique). L’internationalisation des échanges permet donc à l’Europe d’importer l’équivalent d’un million de tonnes de CO2 sous forme de biens et services à caractère final.

-Le CO2 importé est souvent incorporé dans la production locale. La mondialisation actuelle se traduit par un "partage de production" qui stimule les flux inter-entreprises en biens intermédiaires (on visualise les émissions de CO2 induites par ces flux par la fraction des rectangles grisés situé dans la surface délimitée par les traits noirs ). Aux Etats-Unis et au Japon,  le volume CO2 incorporé dans la production locale fait jeu égal avec celui que l’on importe via des produits finis.

Taxer ou ne pas taxer?

Les auteurs de l’étude ont calculé qu’une taxe carbone à la frontière aurait des effets importants sur les pays visés.

Par exemple, une taxe de 50 dollars par tonne de CO2 équivaut à un droit ad valorem respectivement de 10,3 et 8,9% à l’encontre de la Chine et de l’Afrique du Sud.

Est-ce justifié et surtout crédible?

Puisque le CO2 contenu dans les exportations chinoises correspond à du "carbone délocalisé" par les pays les plus avancés, qui faut-il incriminer? le consommateur occidental, "l’atelier du monde" ou bien les multinationales qui appliquent là bas des techniques de production plus économes en CO2 que les entreprises locales?***

Ajoutons que la part élevée de CO2 étranger incluse dans la consommation et la production européennes devrait dissuader pour un certain temps de se se livrer à une guerre tarifaire "écologique". C’est beaucoup moins le cas aux Etats-Unis.

DG

*eit=ex pays socialistes européens (en transition), liy=pays à bas revenus, xhy=pays exportateurs de pétrole, xmy=autres pays à revenu moyen, xx1=autres pays signataires de l’Annexe 1 du protocole de Kyoto (s’engageant à réduire leurs émissions de CO2).

**La consommation correspond à une demande indirecte de CO2 incluse dans la production qui satisfait ce besoin.

***Au risque de m’avancer un peu, je propose le rapprochement suivant: la Chine exporte environ 40% de son PIB, or d’après la figure 1, ses exportations ne sont à l’origine que d’un quart du CO2 qu’elle produit, ce qui tend à démontrer que le secteur exportateur (largement sous contrôle étranger) applique des techniques de production relativement écologiques.

G. Atkinson, K. Hamilton, G. Ruta, D. Van der Mensbrugghe, Trade in "virtual carbon", Empirical results and implications for policy, Policy research working paper, janvier 2010.

C’est plus chaud pour les pays pauvres!

Actu des papiers, Environnement

Une étude de Jones et Olken qui va paraître en mai dans l’American Economic Review est particulièrement originale puisqu’elle utilise des données de commerce international pour voir les effets des chocs de climat sur les exportations. Des températures plus élevées dans les pays pauvres provoquent une diminution de la croissance des exportations de ces pays. Concrètement les auteurs montrent que si ces pays sont plus chaud de 1 degré Celsius au cours d’une année donnée alors la croissance des exportations  de ces pays baissera de  2 à 5.7 points de pourcentage. Deux catégories de produits semblent particulièrement touchées : les produits agricoles et les petit produits manufacturés. Si la première était attendue, la seconde serait due à l’impact négatif de la chaleur sur la productivité des travailleurs.

PC

Jones, Benjamin F and Benjamin A Olken (2010), “Climate Shocks and Exports,” American Economic Review Papers and Proceedings, forthcoming May.

Commerce et distances maritimes: de Suez à Conpenhague

Environnement

Container écologique

Les économistes ont beaucoup de recul sur les choses. Qu’éclatent ici un conflit, là une révolution ou que vienne à disparaître une voie commerciale ils y trouveront matière à jauger les hypothèses des modèles dit "gravitationnels"*. 

C’est ainsi que James Feyrer a vu dans la fermeture du canal de suez entre 1967 et 1975 l’occasion rêvée d’expliciter l’influence des distances maritimes sur le commerce international.

Voie rapide entre l’Europe et l’Asie le canal de Suez ne pouvait être fermé sans que les échanges entre les deux continents ne soient pénalisés de façon significative (en moyenne -20%). Les pays les plus touchés furent l’Inde, le Pakistan mais aussi le Sri Lanka ou le Kenya.

Il est intéressant de constater que des pays du continent européen comme la Grèce, la Roumanie ou la Bulgarie n’ont pas été épargnés, tout autant que la Chine ou le Vietnam qui, il est vrai, se tenaient éloignés du commerce international. L’auteur en déduit qu’une diminution de 10% des distances maritimes conduit à accroître le commerce de 5%. 

Continuons à graviter mais dans un esprit plus Copenhague. Ce genre de travail pourrait nous permettre d’évaluer les conséquences positives du du réchauffement climatique sur le trafic maritime en raison de la disparition de la banquise au pôle Nord.

Comme l’auteur nous explique par ailleurs qu’un dollar de commerce supplémentaire crée 25cts de revenu additionnel nous pourrions en déduire l’intérêt (au sens marchand) de la fonte des glaces. A ce stade, la confrontation des dégats externes d’une telle embellie des gains privés nous procurerait un exemple très éclairant d’échec de marché.

*Plus deux pays sont proches par la taille économique et la géographie plus ils échangent entre-eux.

DG

Commerce et pollution

Environnement
Ce graphique est tiré d’une étude d’Arik Levinson (2008) et visualise l’évolution des quantités de gaz polluants qui sont émises par l’industrie américaine. Ces émissions ont été mesurées entre 1972 et 2000.
On observe une réduction de 58% du niveau de pollution (courbe la plus basse). Pour prendre la mesure du progrès que cela représente il faut se reporter à la courbe (1) qui indique le niveau de pollution qu’aurait connu les Etats-Unis si aucun effort n’avait été réalisé : les émissions auraient augmenté au rythme de la production industrielle (+ 71%).
Comment les Etats-Unis s’y sont-ils pris? De deux façons : en modifiant la composition de la production industrielle au profit de biens moins polluants (effet de composition) et surtout en utilisant des techniques plus propres qui abaissent la pollution par unité produite (effet technologique). Une part de l’effet de composition résulte des importations qui ont poussé les Etats-Unis à abandonner aux pays pauvres les segments de production les moins écologiques (l’effet spécifique du commerce est visualisé par la différence entre (1) et (4), la seconde courbe indiquant la pollution à technologie et à importation constantes).
L’utilisation de technologies plus "écologiques" est le facteur prépondérant de dépollution (on visualise cet effet par la différence entre les courbes (2) et (3), cette dernière représentant le niveau d’émission de gaz dans l’hypothèse d’une conservation des techniques de 1972).Moralité : c’est la technologie qui explique l’essentiel de la dépollution (60 % du total). Il est donc efficace de porter les efforts sur ce terrain, n’en déplaise aux partisans de la décroissance. Le commerce a apporté une contribution positive ce qui tend à démontrer que le protectionnisme serait contre-productif.
Toutefois il serait illusoire de parer les échanges de toutes les vertus écologiques: d’une part leur effet atteindra forcément une limite : les pays les plus pauvres ne disposeront jamais de pays encore plus pauvres qu’eux auprès desquels importer des biens intensifs en pollution; d’autre part transporter des biens industriels implique un coût écologique… que cette étude n’a pas évalué. En attendant, les économies industrialisées ont opté en faveur de "primes à la casse"  qui pourraient diminuer  l’exportation des modèles les plus polluants vers le Sud.
Davis L. W. et Kahn M. E., 2009," International trade in used vehicules : the environmental consequencies of Nafta", RSIE, discussion paper n°584.