Les statistiques nouvelles du commerce international sont arrivées

Délocalisations

La mondialisation existe, le Directeur général de l’OMC l’a rencontrée.

Le 16 janvier dernier, tablette tactile en main, Pascal Lamy faisait la promotion des nouvelles statistiques du commerce mondial exprimées en valeur ajoutée, qui prennent mieux en compte la nouvelle réalité de la mondialisation et révèlent  que 40% de l’électronique chinoise sont composés de biens et services étrangers.

Cette nouvelle manière d’appréhender les échanges internationaux n’est pas sans intérêt puisqu’elle montre que les exportations s’élaborent de moins en moins en vase clos. En effet, lorsque chaque pays incorpore des composants étrangers dans ses exportations,  chacun  exporte plus, que ce soit depuis son territoire ou celui de ses partenaires commerciaux.

Conséquences: on apprend que le premier partenaire commercial de la France n’est pas l’Allemagne, mais les Etats-Unis, dans la mesure où ce pays importe beaucoup de biens et services intermédiaires français via ses achats de produits européens qui les  incorporent.  Les calculs de l’OMC et de l’OCDE mettent également en évidence un excédent commercial de l’Union Européenne vis-à-vis des Etats-Unis, beaucoup plus important en valeur ajoutée qu’en valeur brute.

L’enjeu de ce genre d’étude n’est pas seulement statistique.

Pour l’OCDE et l’OMC, il s’agit de prouver l’absurdité du protectionnisme dans un monde où la production tend à s’élaborer au plan mondial. Certains économistes ne cèdent pas à la mystique de l’atelier mondial, tel Dany Rodrik, qui, dans un intéressant papier (ici en français)  persiste à opposer le capitalisme libéral (Etats-Unis/Europe) au capitalisme mercantiliste (Chine), et prédit un bel avenir au second.

Où sont passés les emplois américains?

Délocalisations

L’excellent Real World Economics Review Blog publie le graphique que voici.

Le commentaire est très sobre, comme si le graphique suffisait pour montrer que les multinationales américaines ont sacrifié l’emploi local (3 millions de postes détruits) au profit de leurs activités extérieures (+2 millions d’emplois).

Je ne suis pas certain que cela tienne entièrement la route.

D’une part, l’essentiel des pertes d’emplois (2 millions) sont intervenues  entre 2000 et 2003, alors que l’emploi offshore était stable.

D’autre part, à l’époque du grand boom de l’emploi offshore (2003-2007), au cours duquel les multinationales ont multiplié par 5 leurs effectifs à l’étranger,  ces dernières ont ajouté 800 000 emplois aux Etats-Unis.

Enfin, depuis la crise, l’emploi s’effondre aux Etats-Unis,  mais reste stable à l’extérieur.

Il plane au dessus de ce graphique un parfum de nationalisme économique, à savoir le soupçon que l’enrichissement des autres nations nuit forcément à la sienne et que le reste du monde doit se plier à nos intérêts.

Certes, l’emploi se développe plus vite à l’extérieur du pays, mais les évolutions de l’emploi intérieur sont tributaires de la conjoncture locale (récession 2001) et, à moins de priver ces entreprise des fruits de la croissance extérieure et de les obliger à ne plus être des multinationales, on les imagine mal "protéger" l’emploi local en  rapatriant des millions d’emplois extérieurs.

Mais il serait injuste d’en rester là.

En effet, parmi les diverses modalités de l’internationalisation de l’emploi, il y eut  certainement une "mode" des délocalisations, un excès de zèle dont les auteurs du graphique ont hâte qu’il prenne fin.

Avec le ralentissement de la croissance dans les pays émergents,  et  plusieurs cas de relocalisations aux Etats-Unis, il est de plus en plus difficile aux multinationales d’imposer leurs vues au public, surtout pour quelques points de valeur actionnariale.

Panorama mondial de l’impact macroéconomique des délocalisations

Délocalisations

Grâce aux recherches du World Input-Output Database (avril 2012), nous pouvons nous faire une idée plus précise des  dégâts et des opportunités que provoquent les délocalisations à travers le monde depuis le milieu des années quatre-vingt dix.

Dans les pays et groupes de pays indiqués ci-dessus, la variation des revenus globaux (salaires, profits) qui sont tirés de l’activité industrielle  s’explique par le changement de trois variables:

  • Les débouchés intérieurs en produits finis (DOM DEM= demande domestique  nette d’importations);
  • Les débouchés extérieurs en produits finis (FOR DEM=foreign demand);
  • Les débouchés  extérieurs  en produits intermédiaires (OTHER= exportations de produis intermédiaires-importations de produits intermédiaires). Cette variable prend un signe négatif lorsqu’un pays importe  plus de produits intermédiaires qu’il n’en exporte, comme c’est le cas aux Etats-Unis, au Japon et en Europe.

Si l’on compare les équilibres débouchés internes/externes, on repère deux modalités de développement industriel:

  • Priorité à l’exportation: Allemagne, Japon , Royaume-Uni, Italie, France, Etats-Unis, Chine;
  • Priorité au marché intérieur: Union européenne, Russie, Mexique, Inde, Russie. Attention: il ne s’agit pas de protectionnisme, mais uniquement de repérer les pays dont les marchés intérieurs ont offert aux industriels locaux la majorité de leurs débouchés.

Intéressons nous aux délocalisations.  Les importations de biens intermédiaires destinés à fabriquer des produits finis vendus sur les marchés domestiques et étrangers sont  une mesure de l’intensité des délocalisations. On considérera que les délocalisations sont efficaces si elle permettent aux firmes locales de gagner en compétitivité sur le marché extérieur (exporter plus) et/ou intérieur (demande croissante adressée aux firmes locales).

A cette aune, voici, me semble-t-il,  les "perdants" et les "gagnants":

  • "Gagnants": l’Union européenne, dont l’industrie, à importation de biens intermédiaires comparable, a beaucoup mieux réagi qu’aux Etats-Unis. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne. Un bémol pour l’Allemagne: la performance spectaculaire des exportations de produits finis  (+ 150 milliards de dollars) ne doit pas faire oublier le déclin de la demande intérieure, qui a fait perdre 75 milliards aux firmes allemandes, ainsi que les pertes d’activité dues aux délocalisations.
  • "Perdants": les Etats-Unis, pour la raison citée plus haut et surtout le Japon, dont les importations massives de composants étrangers ne lui ont pas permis de mieux résister sur son marché intérieur et d’exporter avec dynamisme.

La France et le Royaume-Uni sont deux cas problématiques.

En France, comme en Espagne ou en Italie, la demande interne et les exportations donnent du grain à moudre aux industriels. Toutefois, compte tenu du niveau élevé des importations de biens intermédiaires, cette performance n’est pas spectaculaire puisque les délocalisations annulent les 2/3 des revenus tirés de l’exportation.

Au Royaume-Uni, les revenus issus de l’activité industrielle n’ont pas progressé alors que les délocalisations sont très faibles.

Dans ces deux pays, que ce soit par leur (relative) inefficacité ou bien leur absence, les délocalisations n’ont pas fait leurs preuves.

Le "fabriqué en France" est de retour

Délocalisations

En réponse à la désindustrialisation, les pouvoirs publics ont crée en 2010  l’Observatoire du "fabriqué en France".

A l’époque, le Ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, avait admis "revendiquer une dose de protectionnisme" et se plaignait de l’absence  d’indicateur pour suivre l’évolution de "la part française des produits fabriqués en France".

Pour la deuxième année consécutive, l’entité du "fabriqué" nous livre un rapport de 5 pages qui concerne 10 filières "stratégiques" (automobile, ferroviaire, luxe, aéronautique, biens de consommation et d’équipement, chimie, santé,  agroalimentaire, TIC, construction et réparation navale).

Le rapport  nous renseigne sur la capacité de l’offre intérieure à répondre à la demande interne et sur l’origine géographique des éléments qui composent la production :

  •  La production intérieure couvre 98% de la demande locale (99% en 2008). Les 2% restants sont importés.
  •  La production intérieure contient  67,5% d’éléments fabriqués sur place (58%  en 2008) et 32,5 % d’importations.

Pour une raison qui m’échappe, l’étude ne met pas en musique ces deux informations. Or il est facile d’en déduire un indicateur synthétique, à savoir le taux de couverture de la demande interne en produits réellement locaux, qui s’établit à 66,15%  (67,5% de 98%).

Entre 2008 et 2010, le taux de "fabriqué en France" a gagné près de 9 points.

Le rapport s’en félicite mais ne donne aucune explication.

N’est-ce pas  une conséquence de la crise dont on sait qu’elle a eu un impact très fort sur le commerce international et particulièrement sur celui des composants?

Pourquoi ce travail ne précise-t-il pas que le contenu local de la production a diminué dans 4 filières (santé, luxe/habillement, construction navale, biens de consommation et d’équipement)?

Pour d’autres, comme l’automobile,  relocalisation ne rime pas avec  "reconquête" du marché intérieur.

Il est dommage que  ce genre de chiffres soient jetés dans le débat public sans un peu  plus de précautions, au risque que toute entreprise qui délocalise plus que la moyenne de son secteur passe pour nuisible à l’économie nationale, alors qu’il peut très bien s’agir d’une entité de nationalité étrangère et que l’importation de composants moins onéreux est, peut-être, bénéfique aux exportations.

Notons que  ce tiers de "fabriqué à l’étranger",  qui est contenu dans la production intérieure,  ne l’empêche pas de couvrir 98% de la demande locale. Et si cette présence externe était un  gage de compétitivité sur le marché intérieur?

On lit dans le rapport que la collecte des données est encore insatisfaisante et que les chiffres ne sont comparables que sur la période 2008-2010.

Crée à la va vite par un pouvoir politique velléitaire et cocardier, l’Observatoire du "fabriqué en France" peine à trouver ses marques et la minceur du commentaire qui accompagne les statistiques, par ailleurs utiles, ne dissipe pas les ambiguïtés de ce projet.

Importations directes et indirectes

Délocalisations

Le panier de consommation des ménages s’ouvre de plus en plus aux produits importés. Certains de ces produits entrent directement dans la consommation des ménages en tant que biens et services à caractère final, d’autres sont consommés indirectement, parce qu’il sont incorporés aux produits finis réalisés sur le territoire économique national.

Les données de l’OCDE montrent que les deux composantes de l’importation ont progressé dans la consommation  mondiale.

En 2005,  sur 100 euros consommés par un ménage luxembourgeois,on comptait  60 euros  d’importations, dont 30 sous forme de produits finis et  30 sous forme de biens intermédiaires.

On constate que les petits pays importent à haute dose et, de préférence, des produits à caractère final.

A l’opposé, en Inde, en Chine ou aux Etats-Unis, on consomme local et l’importation s’effectue principalement par le truchement des biens intermédiaires incorporés à la production intérieure.

Cela signifie que la nouvelle division internationale du travail, qui disperse dans le monde les segments de production et multiplie les échanges de composants, n’oublie aucun pays, y compris les plus vastes et les plus spontanément fermés aux échanges.

Les délocalisations, c’est fini?

Délocalisations

Les emplois industriels délocalisés sont-ils de retour aux Etats-Unis?

C’est ce que prédit le Boston Consulting Group (Made in America Again, août 2011) qui annonce le rapatriement de 600 000 à 800 000 emplois d’ici quelques années, en raison de la hausse rapide des coûts unitaires de production dans les pays émergents (cf ci-dessous), de problèmes de qualité de la production et de l’augmentation du coût du pétrole, qui renchérit le déplacement des composants à travers le monde.

Les autorités fédérales et locales tentent d’accélérer le mouvement, ici en soutenant l’action de Harry Moser, dite "Reshoring initiative", qui cherche à convaincre les industriels que les délocalisations ne sont plus rentables, là en versant de grasses ristournes fiscales aux entreprises qui font le choix de relocaliser leur production aux Etats-Unis.

Le mouvement est réel, comme en témoignent les milliers d’emplois rapatriés récemment par Ford, General Motors ou Whirpool (Mark Williams, 29/01/2012).

Ne doutons pas que le "backshoring" s’accompagne  de quelques effets d’aubaine pour les entreprises, ainsi que d’une "mise au pas" des salariés et de leurs représentants.

Par exemple, dans l’industrie automobile, l’accord signé fin 2011 entre l’UAW (United Auto Workers) et General Motors prévoit des baisses drastiques de rémunérations pour les salariés à faible ancienneté, de l’ordre de 50%. Très habilement, l’accord permet au syndicat d’entrer dans le capital de l’entreprise, ce qui l’engage à épouser la logique du plan de compétitivité. En échange, le syndicat a obtenu un plan d’investissement dans la production locale ainsi que le retour de certaines activités installées au Mexique.

Au sortir de la récession, les salariés sont suffisamment affaiblis pour tout accepter, en échange de garanties sur l’emploi: “What we were looking for was jobs, jobs, jobs, and that’s what we came away with,” Joe Ashton, vice président de l’UAW.

Après la menace de partir, les entreprises feront-elle  planer celle de ne pas revenir?

Offshoring ou O-Ring?

Délocalisations


En 1986, il a suffi d’un seul joint torique défectueux ("O-Ring") pour que la navette Challenger explose,  peu après son décollage.

Cet évènement dramatique a donné son nom à la théorisation, par Michael Kremer, des méthodes de production délicates qui, sous peine de catastrophe,  exigent le "zéro défaut".

La production O-Ring suppose le regroupement et l’intense collaboration des meilleures compétences.

Ce principe d’excellence est-il compatible avec les délocalisations et l’extension géographique de la chaîne de production?

C’est la question que soulèvent plusieurs analystes dans la presse américaine, qui pointent du doigt les couacs de la production offshorisée du Boeing 787  Dreamliner.

Depuis que Boeing a dispersé la production de son modèle, les retards de livraison et les pièces défectueuses s’accumulent.

A-t-on trop délocalisé?

Paul Krugman enfonce le clou dans un billet qui s’appuie sur les enseignements de la théorie des contrats.

DG

L’industrie allemande délocalise de moins en moins

Délocalisations

La proportion d’entreprises industrielles allemandes qui délocalisent est tombée à son plus bas niveau depuis 15 ans (9% entre 2007 et 2009).

Visiblement, la crise incite les entreprises allemandes à préserver leur capacité de production nationale.

Dans le même temps, le taux d’entreprises qui relocalisent  en Allemagne est resté stable (3%), de sorte que pour trois entreprises qui délocalisent, une effectue l’opération inverse.

Les principales motivations des relocalisations  sont les problèmes de qualité, le manque de réactivité (du à l’éloignement du consommateur final) et la montée des coûts salariaux dans les pays hôtes.

L’étude de Steffen Kinkel (Regards sur l’économie allemande, n°95, 2010) précise que les entreprises les plus grandes sont celles qui délocalisent le plus: 45% parmi celles de plus de 1000 salariés (!).

On tire de l’étude deux enseignements précieux:

Les entreprises innovantes délocalisent avec intensité et concentrent leurs moyens productifs sur les segments riches en technologie. En revanche, les entreprises qui misent sur la qualité et la réactivité sont moins enclines à délocaliser.

DG

Promenade dans l’usine du monde

Délocalisations

Dans une usine de jouet en Chine

Joli papier de Chloé Froissart, paru dans la Chronique internationale de l’IRES, à propos de La radicalisation des actions collectives chez les travailleurs migrants et ses conséquences politiques.

L’auteur y décrit la montée de la contestation sociale dans les usines sous-traitantes chinoises.

Le modèle de "l’usine du monde" est de plus en plus dénoncé, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Parti, parce qu’il entretient les inégalités entre villes et campagnes et au sein des villes, alimente l’instabilité sociale et dessert  l’image du Parti sur les scènes internationales (…)

On note également un progrès dans l’organisation des grèves et les stratégies adoptées. Là encore, Honda Nanhai fournit un bon exemple. Les ouvriers des ateliers d’assemblage d’où est partie la grève ont réussi, au moyen d’affiches murales et de messages SMS, à mobiliser 1500 ouvriers de l’usine au point de complètement paralyser la production (…). 

Les ouvriers se sont également montrés très habiles dans la gradation des moyens d’action et dans la popularisation de leur action. Ils ont entamé le mouvement par une "promenade dans l’usine" (gongchang sanbu), pour éviter qu’une confrontation avec les autorités locales ne mette un terme prématurément à leur mouvement mais ont organisé une marche de cinq cents travailleurs au plus fort des négociations avec la direction.

L’Allemagne ou la croissance par l’importation

Délocalisations

L’économie allemande a réussi à mettre à profit la force des pays émergents.

En effet, sans l’importation, le modèle exportateur allemand ne fonctionnerait pas.

Aujourd’hui,  les investissements (hors construction) et les exportations ont un contenu en importations de plus de 40%  (FMI).

Le plus souvent, il s’agit d’intrants réimportés par des filiales délocalisées à l’est de l’europe.

Ce commerce vertical permet aux firmes allemandes de maîtriser le coût de leurs équipements productifs et d’améliorer leurs marges à prix constant.

Il est intéressant de constater à quel point le modèle de croissance par l’importation est dual.

Les autres postes de dépenses (consommation publique et privée, construction) en sont très largement préservés.

Par exemple, seulement 20% de la consommation privée de biens et services sont importés.

Le dualisme de l’économie allemande pourrait très bien conforter la logique mondialisatrice.

En effet,  il n’est pas utile de mettre les salariés au pain et à l’eau pour freiner les importations et obtenir à tout prix un excédent commercial lorsque ces derniers consomment local à 80%.

Cela ne signifie pas que les salaires allemands explosent, bien au contraire. Mais il n’est pas nécessaire de les baisser brutalement.

De plus, les hauts salaires allemands, relativement au reste du monde, sont justifiés par les économies que l’on réalise en important du capital productif.

Ce modèle est subtil, mais est-il durable?

Tant que les pays émergents ne concurrencent pas l’Allemagne sur ses biens d’équipements et que les salariés tolèrent l’insécurité inévitable d’un modèle voué à l’exportation, tout va bien.

Combien de temps cela durera-t-il?

DG

Délocalisations et ouverture commerciale unilatérale

Délocalisations

Richard Baldwin (2009) observe l’érosion de l’OMC en tant qu’arène de la libéralisation des échanges commerciaux.

De plus en plus souvent, la baisse des tarifs douaniers s’effectue hors du cadre multilatéral, via des accords régionaux ou par le truchement de décisions unilatérales.

Le phénomène des délocalisations encourage le démantèlement sans condition des barrières commerciales.

En effet, les Etats se livrent une rude concurrence pour attirer les multinationales sur leur sol.

Le moins disant tarifaire est pain béni pour ces firmes qui importent et assemblent des composants qui sont réexportés vers le reste du monde.

Dans ce contexte, l’ouverture commerciale unilatérale ne pose aucun problème politique puisque les importations, le plus souvent sans équivalents locaux, sont le préalable à  de nouvelles exportations.

Quant à l’OMC, il  lui reste à organiser des colloques d’économistes pour décrire et contempler  cette mondialisation qui lui échappe.

DG

Les beaux jours de la relocalisation

Délocalisations

Extension des usines Chiron (Etats-Unis, avril 2011)

L’année dernière, le fabricant américain de freesbees et de hula hoop Wham O a rapatrié la moitié de sa production depuis le Mexique et la Chine, en raison de l’envolée des coûts d’acheminement de ses containers. Chez Chiron, on se félicite de l’extension des usines aux Etats-Unis et l’on parie sur le fabriqué en amérique.

Avec la montée des salaires  dans les pays émergents (+17% par an en Chine), la dépréciation du dollar et le renchérissement  des frais de transport, il deviendra de plus en plus intéressant de relocaliser les unités productives au bercail.

C’est ce que prédit le Boston Consulting Group, qui annonce un renouveau industriel aux Etats-Unis d’ici 2015.

Cependant,  la fin du made in China aura un coût social.

Le re-shoring des industries se nourrit de la stagnation des salaires aux Etats-Unis et les syndicats sont prêts à de nombreuses concessions pour ramener les usines à domicile.

DG

La géographie au service des délocalisations vers la Chine

Délocalisations, Théorie du commerce international

Bas salaires, monnaie sous-évaluée et géographie se conjuguent pour expliquer l’attractivité de la Chine aux yeux des multinationales asiatiques et occidentales.

Proche du Japon, de la Corée du Sud ou de Taïwan, la Chine sert de plateforme d’exportation à ces pays pour atteindre les marchés européens ou américains. Réciproquement, l’Occident se délocalise en Chine pour assembler les produits qu’il projette de vendre en Asie.

Ce commerce vertical et triangulaire témoigne du fait que l’atelier du monde importe à proximité pour vendre au loin et importe de loin pour vendre à proximité.

L’étude de la Banque mondiale est  une nouvelle pièce à verser au débat sur la complémentarité entre mondialisation et régionalisation des échanges.

DG

Délocalisations à la française: trop peu, trop fort?

Délocalisations

Carlos Goshn visite un site de production en Roumanie

En 2008, le Conseil d’Analyse Economique  soulignait le mauvais rapport coût/avantage des délocalisations françaises dans l’automobile.

D’après ce rapport, les constructeurs allemands ont accru leurs performances en prenant soin de ne délocaliser qu’une partie de leur production et en réimportant les composants fabriqués dans les pays à bas salaires pour les assembler sur leur territoire national.

Cette formule a été le carburant du boom des exportations allemandes.

En France,  nos constructeurs  ont choisi une formule bien plus radicale, brutale socialement et, à ce jour,  sans effet  sur leurs parts de marché :


DG

Made in the World

Actu des papiers, Délocalisations

De nos jours, un territoire exporte rarement une production 100% bien de chez lui car ses entreprises font de plus en plus appel aux composants et produits semi-finis réalisés par des firmes non résidentes.

Cela pose un problème statistique.

Si l’on additionne les flux internationaux de marchandises, cela conduit nécessairement à compter les consommations intermédiaires autant de fois qu’elles traversent une frontière.

De ce fait, les statistiques surestiment la richesse réelle qui circule à travers le monde.

Le Directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, appelle à un saut quantique qui consisterait à évaluer les flux commerciaux non plus en brut mais en valeur ajoutée, comme c’est d’usage pour le PIB.

Il vient de lancer l’initiative Fabriqué dans le monde, présentée dans une  allocution   ainsi qu’une vidéo au ton fort didactique.

Extraits:

Dans le monde d’aujourd’hui, la vieille notion mercantiliste de “nous” contre “eux”, de “résident” contre “reste du monde” a perdu beaucoup de son sens.

Le concept de pays d’origine pour les biens manufacturés est devenu progressivement obsolète au fur et à mesure que les diverses opérations de conception, de fabrication de composants, d’assemblage et de commercialisation ont essaimé dans le monde, créant des chaînes de production internationales. Aujourd’hui, de plus en plus de produits sont “Made in World” et non plus “Made in UK” ou “Made in France”.

Le biais statistique crée par l’imputation de la totalité de la valeur commerciale au dernier pays d’origine peut fausser le débat politique sur l’origine des déséquilibres, et donc amener à prendre des décisions mal fondées, donc contre-productives. Reprenant le cas symbolique du déficit bilatéral entre la Chine et les États-unis, une série d’estimations basées sur le contenu domestique véritable conduit à en réduire la taille de moitié, sinon plus (…).

Si l’on observe le déficit commercial des US avec l’Asie au lieu du déficit bilatéral US avec la Chine on ne peut que constater une remarquable stabilité de ce déficit depuis 25 ans, de l’ordre de 2 à 3% du PNB US.

(…) Quant à l’impact sur l’emploi, sujet qui fâche, à juste titre, en ces temps de crise économique, le bilan peut aussi être surprenant. Reprenant le cas de l’iPod, une autre étude des mêmes auteurs estime que sa fabrication représentait à l’échelle mondiale 41 000 emplois en 2006, dont 14 000 emplois seraient localisés aux USA, parmi lesquels 6 000 postes de spécialistes. Comme les travailleurs américains sont plus qualifiés et mieux payés, ils ont perçu plus de 750 millions de dollars, alors que seulement 320 millions, moins de la moitié, sont allés aux travailleurs à l’étranger.

Dans cet exemple, les études de cas montrent que le pays innovant perçoit la majorité des bénéfices, alors que les statistiques traditionnelles mettaient elles l’éclairage sur le dernier maillon de la chaîne, celui qui, in fine, reçoit le moins.

Pascal Lamy, ou le monde économique vu du ciel.

DG

Les délocalisations créent-elles des profits?

Délocalisations

Les délocalisations sont-elles indispensables pour résister à la compétition internationale et sauver les profits?

Il faut se méfier des évidences.

Un chercheur japonais s’est penché sur la profitabilité des iPhone qu’Apple  réimporte aux Etats-Unis depuis de la Chine.

Il a calculé que les frais d’assemblage chinois représentent moins de 4% du prix final et que la marge d’Apple resterait très confortable si les iPhone étaient produits aux Etats-Unis.

D’après Yuqing Xing, une appréciation de 20% de la monnaie chinoise n’accroîtrait les coûts de fabrication que de 0,73%.

Les profits d’Apple viennent essentiellement de sa capacité à échapper à la concurrence et à exercer un pouvoir sur son prix de vente. La marge représentait 64% du prix d’un iPhone en 2009.

Ainsi donc, la  délocalisation d’Apple génère un profit extra, un supplément dont la survie de l’entreprise ne dépend pas, du moins en première analyse.

En lisant cette étude, je pensais aux travaux microéconomiques des post keynésiens (Chamberlin, Robinson), dans lesquels la faiblesse des salaires (par rapport à la productivité) découle du pouvoir de monopole des entreprises.

Et si certaines délocalisations étaient un luxe pour entreprises monopolistiques?

DG

Délocalisation: une opportunité pour le pays d’accueil?

Délocalisations

La majorité des économistes ne discutent pas le caractère bénéfique des délocalisations pour les pays hôtes.

En cherchant bien, on repère quelques articles dissonants.

C’est le cas  d’un papier  intitulé Offshoring can’t defy gravity.

Thomas Mayer montre que la spécialisation de l’Inde dans les services informatiques, de télécommunication et de recherche donne à ce pays un avantage comparatif artificiel dans les produits à contenu technologique.

En effet, la "bulle" technologique masque une carence d’investissement éducatif et industriel dans l’ensemble du pays. Se glisser dans la chaîne de valeur des pays industrialisés ne suffit pas.

Ajoutons que l’élévation des salaires réduira l’attractivité de l’Inde.

L’auteur prédit  que l’intensité technologique des exportations indiennes diminuera prochainement et ne repartira pas à la hausse avant….2060.

Dans un article plus théorique (Offshoring in a ricardian world), Andres Rodriguez-Clare montre que la division mondiale du travail est un jeu de dupes.

Comme il n’y a pas de petits profits, les firmes des pays industrialisés préfèrent les délocalisations à l’immigration car cela leur permet de rémunérer le travail à un tarif beaucoup plus bas.

Toutes choses égales par ailleurs, les pays industrialisés creusent leur avance technologique car ils incitent les pays du Sud à se spécialiser dans les segments productifs les plus routiniers et à négliger la recherche et l’innovation.

L’économiste Hervé Boulhol prédit l’appauvrissement des salariés du Sud en raison d’une dégradation des termes de l’échange de leur production. En effet, l’importation de composants à moindre coût élève la productivité du travail au Nord, ce qui accroît l’offre et, au bout du compte,  diminue les prix.

DG

Le commerce vertical s’installe

Délocalisations

Contenu en importation des exportations de quelques pays (2005)


Très bientôt,  les exportations françaises intégreront une majorité de composants venus d’ailleurs.

N’en déplaise aux nostalgiques du "fabriqué en France", notre pays se connecte autant que l’Allemagne aux réseaux d’approvisionnements mondiaux en biens intermédiaires.

La surprise de ce graphique, c’est la Chine. En effet, normalement, les grands pays sont plutôt fermés aux échanges. Que la Chine exporte autant de contenu importé que le Chili et deux fois plus que l’Inde ou les Etats-Unis, illustre un volontarisme certain.

On constate que le commerce de biens intermédiaires est plus une affaire  d’industrie que de service. Mais attention, le Luxembourg, l’Irlande et l’Estonie montrent que le tertiaire ne restera pas  isolé très longtemps du commerce vertical.

DG

Un iphone si peu chinois

Délocalisations, Réactions

Le Wall Street Journal se fait l’écho d’un papier qui montre que les iphone d’Apple exportés de Chine vers les Etats-Unis incorporent moins de 4% de travail et de composants chinois. Ce produit, qui ajoute tout de même près de 2 milliards  de dollars au déficit américain vis-à-vis de la Chine, contient  5 fois plus d’intrants allemands et 10 fois plus d’intrants japonais.

On parle beaucoup de "guerre des monnaies", mais l’imbrication des avantages comparatifs  ne remet-elle pas en cause  l’efficacité du protectionnisme monétaire?

En effet, pour qu’un iphone importé depuis la Chine coûte plus cher au consommateur américain, il faudrait que le dollar se déprécie non seulement contre le yuan mais aussi contre la plupart des autres devises. On imagine qu’une telle dépréciation ne resterait  pas sans ripostes.

Plus globalement, peut-on continuer à fabriquer des produits mondialement intégrés en l’absence d’un véritable système monétaire international?

DG

 

Le backshoring a le vent en poupe

Actu des papiers, Délocalisations

Le backshoring consiste à relocaliser dans le pays d’origine des activités qui avaient été "offshorisées" (voir par exemple le cas du modèle Renault "Trafic" à Sandouville).

Les multinationales américaines sont de plus en plus nombreuses à s’y adonner, fait remarquer William Holstein ("The case for backshoring: why manufacturing operations should return to the United States"), parce qu’elles découvrent peu à peu les retombées négatives des délocalisations.

C’est le cas de NCR (National Cash Register), une entreprise qui fabrique des distributeurs automatiques de billets "high tech" (le client n’a plus à remplir un formulaire lorsqu’il dépose des liquidités ou un chèque).  Ce produit  rencontre un franc succès mais, l’année dernière, l’entreprise a décidé de rapatrier en Caroline du Sud ses sites production  chinois et indiens.

Parmi les raisons qu’avance NCR figurent les économies sur les coûts de transport, la  sécurisation de la propriété intellectuelle mais aussi l’obtention d’externalités positives dont l’entreprise se prive en éloignant ses sites de production .

En effet, la capacité  d’innovation dans un domaine intensif en technologie dépend  de fondements collectifs (baptisés "commons" par Gary Pisano et Willy Shih) et notamment des interactions qu’elle entretient avec ses principaux fournisseurs et clients (JP Morgan Chase ou Bank of America). NCR  a compris qu’elle ne pouvait adapter sa production aux souhaits et suggestions de ses clients qu’en levant le pieds sur les délocalisations.

De plus en plus d’articles anglosaxons, en économie ou en gestion, critiquent le bilan  économique et social de l’offshoring (faible progression des salaires, recul de la compétitivité américaine dans les  biens technologiques) . Nous nous en ferons  l’écho dans ce blog. 

NB: On trouvera quelques références supplémentaires dans l’article de A. Y. Portnoff : "Le retour à l’industrie. Quand l’Europe se réveillera", Futuribles, mai 2010.

 D. G