La faim, les Roms et Nadine Morano

On est en droit de s’interroger sur les raisons qui poussent une partie des Français à s’essuyer les pieds sur les Roms.

Hier après-midi, sur BFMTV, une des figures de l’UMP, Nadine Morano, est allée jusqu’à prétendre  que les "Roms envahissent nos villes".

Comment expliquer cette hostilité?

roms

Il est aisé pour les bateleurs de foire d’agiter le spectre de l’invasion, dont quelques dizaines de milliers de Roms formeraient l’avant-garde, car ces derniers fuient un danger qui ne nous taraude plus: la faim.

Une enquête  de la Banque Mondiale  nous permet de comprendre que les Roms  installés en France ont de bonnes raisons d’y rester.  En effet, ces populations arrivent de pays où la faim n’est pas un vain mot: en Bulgarie et en Roumanie, plus de 40% des Roms déclarent qu’un de leur proche se couche avec le ventre vide. Pour les Roms, s’installer en France divise de 3 à 6 fois le risque d’être exposé à la faim.

Dans le même temps, les Roms de France demeurent surexposés aux privations, et  même s’ils se portent  mieux chez nous qu’en Bulgarie ou en Roumanie, leur intense pauvreté est beaucoup plus visible dans notre pays, où l’indigence a quasiment disparu.

roms2

Reprocher aux Roms d’être trop pauvres  ici et dans leurs pays d’origine, c’est donner à croire que nos sociétés n’auraient pour seul devoir que de les expulser avec humanité. Or, les Roms, on aurait tendance à l’oublier, sont à la fois nos égaux et nos concitoyens européens.

Rien ne justifie  les extravagantes discriminations qui verrouillent le marché du travail et contribuent à leur très faible taux d’emploi en France (15% contre 65% pour  le reste de la population).

L’égalité des conditions, c’est un peu cela la République, mais Madame Morano n’y perdrait-elle pas son fonds de commerce politique ?

Un euro sur trois d’origine étrangère en France

euro1

Avec le temps, les pièces d’euros étrangères deviennent monnaie courante en France (INED, avril 2012):

  • 90% des personnes résidentes dans l’hexagone en possèdent au moins une (24% en 2002)
  • 34% des pièces en circulation ont été frappées à l’étranger (5% en 2002).

Cette diffusion doit être relativisée.

Tout d’abord, le brassage des pièces est  inégal. Comme le montre le graphique ci-dessous, ce sont les pièces d’un ou deux euros qui se mélangent le plus, avec des niveaux respectifs de  60  et 56%, contre 12% seulement de pièces étrangères d’un ou deux centimes. C’est sans doute l’effet de la brièveté de la plupart des séjours qu’effectuent les étrangers sur notre sol: La capacité de circulation d’une pièce est le reflet des stratégies de paiement qu’adopte son porteur [4]. Par exemple, un cadre supérieur se rendant pour la journée dans une métropole étrangère a très peu de chances de procéder à des achats impliquant des pièces de quelques centimes d’euros. C’est en revanche plus plausible dans le cas d’un travailleur frontalier effectuant des achats de détails (pain, cigarettes, médicaments) sur son lieu de travail à l’étranger (INED).

euro2

Ensuite, le mélange est loin d’être parfait, puisque le porte monnaie des résidents français  contient deux tiers de pièces françaises, alors que notre pays émet seulement 20% des pièces en circulation dans la zone euro.

euro3

Enfin, 80% des euros étrangers qui se diffusent sur le territoire français proviennent de nos principaux voisins et partenaires commerciaux (Espagne, Allemagne, Belgique, Italie).

38 dollars

bangladesh

Les récentes hécatombes parmi les salariés bangladeshis (1127 morts dans l’effondrement d’une seule usine à Dacca) ont attiré l’attention sur les conditions de travail dans un pays qui est devenu le deuxième exportateur mondial de textiles. Avec un salaire minimum inférieur à 40 dollars, le Prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus évoque  un travail d’esclave.  Aux dernières nouvelles, suite à d’importants mouvements de grève, les entreprises occidentales installées dans ce pays promettent une amélioration des conditions de travail, notamment en matière de sécurité. Le Gouvernement du Bangladesh, quant à lui, promet d’augmenter les salaires.

Il y a bien longtemps, l’historien Fernand Braudel écrivait ceci : "Le premier étage de la société est celui de la subsistance, le second celui de l’échange ‘à vue humaine’ et le troisième celui de l’économie-monde. Le premier et le troisième étages n’obéissent pas à la loi (le premier parce qu’il n’en comprend pas le sens et le troisième parce qu’il se considère au-dessus des règles). Seul le deuxième étage, celui de la majorité des citoyens, reconnaît la légitimité des contraintes sociales".

L’hiver sans fin des bas salaires américains

unskilled

Aux Etats-Unis, cela fait belle lurette que les salariés non qualifiés ne constituent plus la majorité de la population. Cela ne les empêche pourtant point d’oeuvrer à l’enrichissement de tous les autres, et particulièrement des plus qualifiés (ou supposés comme tels), qui,  déchargés des tâches les plus éloignées de leur vocation intellectuelle, ont l’occasion de faire briller de mille feux tous leurs talents. En retour, une " juste" division du travail voudrait que les rémunérations des moins qualifiés profitent un peu des richesses crées par la crème du salariat. Or ce n’est point le cas, puisqu’en 2010, un salarié américain non qualifié retirait de son travail une rémunération moyenne équivalente au revenu moyen d’un américain de 1960. Renvoyés 50 ans en arrière par rapport au lot commun, ces travailleurs se retrouvent dans une situation relative assez proche de celle que connurent leurs homologues à la fin des années 1920.

L’Europe du Sud a rééquilibré sa balance courante

ajustementeuropedusud

Au terme d’une compression des salaires et de la dépense  intérieure, les pays du sud de la zone euro ont retrouvé l’équilibre de leur balance courante, qui n’avait cessé de se dégrader entre 2002 et 2008.

L’effort d’ajustement s’était renforcé depuis 2011. Partie de moins bas, l’Italie s’est ajustée en un an.

C’est en Espagne que le rééquilibrage a débuté le plus tôt. Aux dernières nouvelles, il se poursuit. Le PIB de ce pays continue de se contracter et le chômage  a atteint 27,16% en avril dernier.

Encore un effort et Madrid pourra clamer  "viva la muerte".

La boîte à outils de l’austérité

Depuis que la méthodologie de l’article de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (Growth in a time of debt)  a été remise en  question, les partisans de l’austérité ont perdu de leur arrogance. Obligés d’en rabattre un peu, les deux économistes de Harvard concèdent qu’il existe plusieurs voies pour enrayer la spirale de la dette publique:

"Nous devons nous rappeler que le choix ne se limite pas à une austérité sévère ou à des dépenses en roue libre (…) Les gouvernements ont utilisé un large éventail d’options à travers les âges. Il est temps de revenir à la boîte à outils ."  Que trouve-t-on dans la boîte à outils? : mise à contribution de l’Allemagne, placement de la dette auprès d’investisseurs institutionnels nationaux, pression à la hausse sur l’inflation, prise en charge d’une part de la dette par les banques centrales (Blog It’s the economy stupid )

A ce propos, un intéressant billet de Matthieu Plane, paru dans Le Blog de l’OFCE, montre que la France aurait mieux réussi que d’autres pays sa politique de rigueur (moindre incidence négative sur le PIB et l’emploi) parce qu’elle a mis l’accent sur l’augmentation des prélèvements obligatoires, plutôt que sur la diminution des dépenses publiques. En effet, accroître les impôts, surtout lorsqu’ils sont progressifs, affecte la consommation mais aussi l’épargne, alors que sabrer dans les dépenses publiques pèse entièrement sur la demande globale et le PIB. Cette politique permet d’obtenir des taux d’intérêt assez bas sur les marchés.  C’est le cas pour la France, comme l’indique le graphique ci-dessous.

austéritéTiré d’un article de Christophe Blot (OFCE) , le graphique met en évidence l’échec de l’austérité aux Pays-Bas, qui a fait grimper les taux d’intérêt jusqu’au mois de mars 2013, date à laquelle ce pays a annoncé qu’il refusait de ramener le déficit public en dessous de la barre des 3% du PIB.

Il n’est donc pas impossible  de mener des politiques de rigueur assez intelligentes, étalées dans le temps et pensées dans le cadre d’une réforme fiscale.

A l’inverse, il existe deux façons de faire exploser la dette publique: tuer la croissance en coupant dans les dépenses publiques ou refuser de rembourser la dette au moment où les marchés financiers accordent leur confiance et n’ont aucune raison d’exiger des taux d’intérêts plus élevés.



L’Europe est sur la voie de l’ajustement…

Les projections macroéconomiques de la Commission Européenne  annoncent pour l’UE une croissance de 1,4% en 2014, après une contraction de 0,1% cette année.

Qu’on se le dise, l’année prochaine, le PIB réel de l’UE retrouvera le niveau qui était le sien avant la crise.

ajustement1

Le  rapport la Commission se réjouit du ralentissement de l’inflation, du rétablissement des exportations dans nombre de pays de l’UE,  de la diminution des déficits publics et de la "stabilisation" du chômage en 2014.

ajustement2

Petit problème: alors que le PIB retrouverait son niveau de 2008, le taux de chômage  culminerait à 11%, contre 7% en 2008.

Dans son blog, Paul Krugman se gausse du titre du rapport de la Commission: "Economie européenne: l’ajustement continue".

La France, "homme malade" du commerce européen?

Sans nier la dégradation du commerce extérieur français, on peut nuancer la ritournelle catastrophico-médiatique  en s’intéressant à la contribution de notre pays aux échanges que l’Europe des 27 entretient avec le reste du monde.

Débutons avec la part de la France dans les exportations extra-européennes de biens (Source: Eurostat).

  • En 2011, la France est le troisième exportateur européen, entre le Royaume-Uni et l’Italie. Entre 2006 et 2011, la part de marché nationale a reculé de 1 point.

hommemalade11

  • Côté importations, la France se situe à  la 5ième place. Entre 2006 et 2011, nos importations ont augmenté de 25%, ce qui correspond au rythme général de  l’UE des 27.

hommemalade5

  • En 2011, notre pays a contribué positivement au solde des échanges européens de biens. Même si c’est de très peu (moins de 500 millions d’euros), ceci permet à notre pays d’occuper une position moyenne au sein de l’UE des 27.

hommemalade1

  • Avec un taux de couverture de ses exportations extra-européennes de biens égal à 100,3%, la France réalise une performance  honorable, supérieure à celle de l’Italie (88,5%) et proche de celle de la Finlande (108%).

hommemalade2

2 bémols:

  • Le solde commercial et le taux de couverture placent la France bonne dernière parmi les nations qui contribuent positivement au commerce extra-européen.
  • Entre 2006 et 2011, l’excédent commercial français à été divisé par 7 (un peu moins de 500 millions d’euros, contre près de 3,3 milliards d’euros en 2006).

hommemalade6

Quelques mots à propos des échanges de services:

  • La France conserve son rang de troisième exportateur européen, derrière l’Allemagne et l’Angleterre, mais l’on observe une légère érosion de la part de marché française, qui passe de 22,6% en 2006 à 20,8% en 2011.

hommemalade7

  • La France contribue positivement au solde européens des échanges de services  et affiche le 7ième excédent le plus important de l’UE des 27 .

hommemalade8

  • Depuis 2006, le taux de couverture des exportations de services s’est renforcé, passant de 113 à 116%.

Point de catastrophe donc, même si, pour effectuer une analyse plus serrée, il conviendrait de rapporter les performances commerciales françaises au poids démographique et économique de notre pays au sein de l’UE.

Les émergents dépendent de moins en moins des marchés de l’OCDE

Natixis (24 avril 2013 n°330) redoute que les difficultés des pays de l’OCDE s’étendent aux pays émergents en raison de la forte dépendance commerciale de ces derniers vis-à-vis des pays industrialisés.

Le constat lapidaire de Natixis mérite d’être nuancé.

Il est vrai que les flux d’exportations entre les pays émergents et l’ensemble EU-UE-Japon sont déséquilibrés: les premiers exportent 16% de leur PIB vers la Triade, tandis que cette dernière n’exporte que 8% de son PIB vers les émergents.

Toutefois, depuis le milieu des années 90, la dépendance commerciale des pays émergents vis-à-vis de nos pays a diminué fortement.

emergent1

emergent2

Depuis 2008, la portion de PIB que les émergents consacrent à leurs exportations vers la Triade  a chuté de 7 points (de 23 à 16%), pour revenir au niveau de 1997.

A l’inverse, en 2013, les exportations vers les pays émergents pesaient deux fois plus dans le PIB de la Triade qu’en 1996 (de 4 à 8%).

Par conséquent, depuis 1996, la dépendance relative des émergents a été divisée par deux.

Cette course de nos pays vers les marchés émergents, tandis que ces derniers diversifient leurs débouchés extérieurs,  devrait conforter les émergents dans les futures négociations commerciales internationales…et tempérer nos élans protectionnistes.

La Norvège, "référence absolue" de la compétitivité énergétique

D’après le classement de l’Institut Choiseul et du  KPMG, un État compétitif en matière énergétique est :
■ Un État peu déficitaire du point de vue énergétique, où les gaspillages sont contenus, où la part des énergies renouvelables est significative ou en croissance, où la dépendance au pétrole est plutôt faible ;
■ Un État où la plus grande part de la population a un accès sûr à l’électricité, où les pertes liées à la transmission et à la distribution d’électricité rapportée à la génération électrique sont limitées où l ’existence la génération électrique sont limitées, où l’existence d’une production nucléaire contribue à la sécurité d’approvisionnement énergétique du pays ;
■ Un État où la part d’énergie primaire utilisée pour générer une unité d’ output est faible et où les émissions de CO2 par habitant sont limitées ;
■ Un État enfin où le climat d’investissement et des affaires est favorablement apprécié
Un tel paradis vert existe, il est en Norvège:
KPMG1
kpmg4
Et la France?
9ième au classement, elle figure en bonne position, mais c’est surtout grâce à  la performance, à la qualité et à la disponibilité de son électricité, conséquence de son parc nucléaire, qui compense la faible part des énergies renouvelables dans son mix énergétique.
 kpmg2

Panorama des inégalités de patrimoine dans la zone euro

Tandis que la perspective d’un "choc de transparence" sur les patrimoines fait grimacer notre personnel politique, la Banque Centrale Européenne publie une étude  qui rappelle l’extrême concentration des patrimoines à l’intérieur de la zone Euro.

Ce travail résulte d’une enquête menée sur un échantillon de 62 000 ménages, dont le patrimoine est exprimé en valeur nette, soit après déduction de l’endettement.

Le graphique ci-dessous signale un écart très significatif entre le patrimoine médian (109 200 euros) et le patrimoine moyen (230 800 euros), que seuls 20% des ménages sont en mesure de dépasser.

patr1

Comparativement à celui des revenus, "l’escalier" des patrimoines  conduit bien plus haut…mais les marches sont de plus en plus rudes, ce qui témoigne du caractère exponentiel des inégalités de richesse.

patr2

Les courbes de Lorenz confirment la sur-concentration des patrimoines, relativement à celle des revenus et des dépenses de consommation.

En effet,  les 20% des ménages les plus aisés possèdent 67% du patrimoine net, perçoivent 47% des revenus, mais n’effectuent que 38% des dépenses de consommation.

L’argent fait des petits, mais tout un chacun n’a qu’un seul estomac.

patr3

Entrons un peu plus dans les détails, avec les deux tableaux suivants, qui chiffrent les inégalités de patrimoine selon les caractéristiques de ménages ainsi que les pays.

On observe tout d’abord que le patrimoine net médian des ménages dépourvus de propriété immobilière ("renters") est 26 fois plus faible que celui des ménages propriétaires exempts de prêts hypothécaires (9 100 euros vs 241 200 euros). Pour information, le patrimoine médian des locataires français s’élève à 7 000 euros, contre 238 000 euros pour les propriétaires de leur logement.

De plus, sans surprise, le revenu exerce une influence très significative sur le niveau de patrimoine.

Enfin, il existe des inégalités "fractales", telles  que les écarts de patrimoine parmi les 20% les plus aisés creusent de façon spectaculaire l’écart entre le patrimoine médian (506 200 euros) et moyen (780 700 euros) de cette catégorie privilégiée de la population.

patr4

Qui sont les européens les plus riches?

L’étude livre une donnée qui a ému  le journal allemand De Standarrd: les Allemands seraient les plus pauvres d’Europe.

En effet, hormis les Luxembourgeois, les Maltais et les Chypriotes, ce sont les Belges, les Espagnols et les Autrichiens qui ouvrent le bal.

patr5

En termes de richesse moyenne, les Allemands  (195 200 euros) se retrouvent à la neuvième position, juste derrière les Français (233 400 euros). En revanche,  le patrimoine médian des Allemands atteint péniblement 51 400 euros… soit la moitié de la richesse médiane en Grèce ou en France.

Les clés de cette énigme résideraient dans le faible taux d’accès des Allemands à la propriété (44% des ménages contre 60% ailleurs en Europe et 72% en Grèce), une préférence pour les placements liquides et peu rémunérateurs, le vieillissement démographique (diminution de la taille des ménages), ainsi que le haut niveau de logements sociaux et la politique fiscale.

Une propagande populiste et chauvine tend à utiliser ces données pour renforcer le ressentiment des Allemands vis-à-vis des pays du sud de l’Europe. Or, comme on le voit, ce sont les inégalités internes à l’Allemagne, et certaines caractéristiques comportementales, qui expliquent la pauvreté relative des ménages allemands en capital.

Misère des bas salaires, bas salaires de misère

salairefrance

Les bas salaires français  sont-ils enviables, du point de vue du reste du monde industrialisé?

La réponse est très mitigée.

Il est remarquable de constater à quel point le manque de croissance et  la précarité du travail ont laminé les bas salaires français, et combien l’herbe serait plus verte en Australie, en Belgique ou en Europe du nord.

Par exemple, à l’instar de l’Espagne, la France offre aux 10% de ses salariés les moins payés une rémunération brute moyenne inférieure de 21 points à celle  des 10% les plus modestes des salariés américains (Economic Policy Institute 2012).

Bien que les bas salaires français décrochent moins fortement du salaire médian (64% de ce dernier chez nous, contre 47% aux Etats-Unis), cela  ne suffit point à compenser l’écart global de revenu et de dynamisme économique, qui sépare nos deux économies.

"Comment l’ordre mondial actuel engendre une pauvreté extrême et massive"

Parcourant L’Idée de justice, ouvrage d’Amartya Sen, je découvre le nom d’un philosophe allemand, Thomas Pogge, qui figure, dit l’auteur,  à l’avant-scène du combat planétaire pour les droits humains. On trouvera sur le site Raison-Publique.fr un article de Pogge, intitulé Droits de l’homme et pauvreté dans le monde (2010), qui nous changera du néoconservatisme et du social-compassionnalisme ambiants.

L’austérité sans fin?

Image

L’OCDE  publie son Etude économique pour la France 2013.

L’organisation affirme que le combat contre la dette publique doit être résolument engagé et qu’il faut mettre l’accent sur la diminution des dépenses sociales (retraites, santé), quitte à le payer par un peu de récession immédiate.

Pour étayer le propos, l’OCDE s’appuie sur le graphique ci-dessus, dont voici le commentaire: Depuis la fin des années soixante-dix le budget des administrations publiques a toujours été déficitaire, entraînant une augmentation tendancielle du ratio dette publique au PIB. La principale source du déséquilibre budgétaire a été la forte hausse des dépenses, principalement celles de retraites et de soins de santé.

Examinons ce graphique.

Certes,  la courbe la dette publique vogue vers les 100% du PIB, et le fait que le déficit public total (courbe bleue en traits pleins) reste supérieur à 2% n’y est pas pour rien.

Toutefois, trois phénomènes méritent attention:

  • La progression du taux d’endettement public trouve sa principale origine dans les mauvaises conjonctures économiques du début des années 90 et de la fin des années 2000.
  • Au cours des années 1995-2007, l’alternance de déficits et d’excédents conjoncturels a permis de stabiliser le taux d’endettement. En effet, on déduit l’existence d’excédents conjoncturels du fait que le déficit sous-jacent (dit structurel) est  resté supérieur au déficit global entre 2000 et 2007 (NB: déficit total=déficit sous-jacent+déficit conjoncturel).
  • Depuis 2009, l’austérité à marche forcée s’est traduite par la diminution historique du déficit structurel, de 6% à 1%. Pour autant,  le déficit global diminue moins rapidement, non seulement parce que la récession sévit, mais aussi parce que l’austérité comprime la demande globale. Au total, ramener le déficit sous-jacent à un niveau trois fois plus faible qu’en 1998, ne  permet pas  de faire mieux qu’à cette date, en termes de déficit global.

Alors que l’intégralité du déficit actuel est le résultat de la mauvaise conjoncture, est-il raisonnable d’envisager un nouveau tour de vis pour rétablir la confiance?

L’impact de la crise sur le revenu des ménages européens

median1

Entre 2009 et 2010, le revenu disponible médian des ménages, par unité de consommation, a diminué dans la majorité des pays européens (Eurostat).

Ce fut surtout le cas en Grèce  (-12,3%), en Bulgarie (-6,6%), en Espagne (-5,8%) et en Islande (-9,7%).  Hors inflation, la France accuse une perte de 2%, à l’identique du Royaume-Uni.

median2

Eurostat montre que  la crise a creusé les inégalités entre ménages situés aux extrêmes de la hiérarchie sociale, puisque, très généralement, les 20% les moins aisés ont plus ressenti la crise que le cinquième le plus riche des ménages.

Par exemple, en France, le revenu médian des plus modestes a reculé de 1,7%, soit 4 fois plus que la perte subie par les plus aisés (-0,4%). Toutefois, ces deux catégories de ménages ont été moins  affectées que les autres, ce qui  signifie que les classes moyennes ont été les principales victimes de la récession.

median3