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Il ne faut pas trop regarder le classement des blogs proposé par Wikio, puisque l’égomètre n’est jamais de bon conseil et qu’il n’est pas rare qu’un tel classement porte au pinacle quelques blogs plus ou moins douteux (Egalité et Réconciliation, Les Crises…).

Cependant, ce mois-ci, Le Reste du Monde se situe à la 12ième place, référencé sous son ancien nom EcoInter Views.

Il arrive que quelques billets, brefs et bien sentis, trouvent moult lecteurs.

Merci à eux pour leur attention…mais on ne promet pas de recommencer.

L’euro est-il le fléau de l’économie française?

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Pour rassurer les lecteurs, précisons d’emblée que ce titre ronflant n’est pas le genre de la maison et qu’il se réfère à une tribune libre publiée récemment sur Agoravox et intitulée: "La preuve que l’euro est le fléau principal de l’économie française".

Sans surprise, la qualité du document confirme celle de son titre et dans la mesure où c’est un sympathisant du Front National qui l’a rédigé, nous découvrons que l’économie n’est pas l’atout principal de cette obédience politique.

La vérité scientifique au risque de la certitude militante

Monsieur Aloïs Navarro, auteur de l’exploit, prétend que la monnaie unique serait la principale responsable de l’érosion absolue et relative des marges bénéficiaires de nos entreprises, notamment par rapport à leurs concurrentes allemandes.

Si je reformule les propos passablement confus de l’auteur, voici la cohérence d’ensemble de sa "démonstration":

1. La disparition du franc priverait nos entreprises de la possibilité de lutter contre la concurrence internationale, ce qui exercerait une pression à la baisse sur le prix de leur production
2. La diminution des marges bénéficiaires qui en résulterait aggraverait la pénurie d’investissements, ce qui piègerait nos entreprises dans une spécialisation productive de basse et moyenne gamme.
3. Depuis sa création, l’euro serait responsable de l’effondrement de l’emploi industriel.

Ces arguments ne sont pas nouveaux. Toutefois, la naïveté avec laquelle Mr Navarro nous les sert vaut son pesant d’or.

Dès l’entame, l’auteur ne sait pas très bien de quoi il parle. D’un côté, il nous explique que sortir de l’euro cher permettra d’augmenter les exportations. On imagine qu’il pense aux volumes exportés. Mais d’un autre côté, au paragraphe suivant, il nous dit qu’une dépréciation monétaire de 10% autoriserait nos entreprises à accroître leurs prix de vente de 10%, sans que cela ne gêne les clients étrangers. On peut concevoir l’utilisation de la dépréciation du change pour améliorer proportionnellement les marges des firmes, mais dans le cas d’espèce que décrit l’auteur, à savoir des entreprises françaises "preneuses de prix" qui vendent des biens peu différenciés à forte élasticité-prix de la demande, la stratégie la plus répandue consistera plutôt à baisser le prix en devise et/ou à ne pas augmenter le prix en franc, afin de s’assurer que le produit passe dans de meilleures conditions par rapport à celui des concurrents.

Par la suite, voulant sans doute donner un peu de lustre scientifique à son argumentation, l’auteur dégaine une équation mathématique pour exprimer les marges bénéficiaires. L’équation a le mérite d’exister, mais elle est erronée. En effet, les marges bénéficiaires ne s’expriment point comme le prétend l’auteur ("prix de la valeur ajoutée/coût salarial unitaire") mais ainsi: 1- (coût salarial unitaire/prix de la valeur ajoutée). Il s’agit vraisemblablement une étourderie, mais quand on cherche à démontrer ce qu’est LE fléau, il vaut mieux ne pas commettre LA faute.

Poussant plus loin les feux de l’analyse, l’auteur use d’économétrie et arbore d’impressionnants liens de causalité statistiques entre l’appréciation de l’euro face au dollar et, d’une part, le prix de la valeur ajoutée des firmes françaises, puis, d’autre part, les marges bénéficiaires de nos firmes. A ce stade de la lecture, n’importe quel étudiant en économie éprouvera un sentiment de malaise. En effet, l’auteur est fautif à bien des égard. D’une part, il confond corrélation et causalité. D’autre part, il ramène la complexité des décisions de prix et de la formation du profit brut à une explication monocausale. Enfin, il rapproche une valeur relative (le prix du dollar en euros) d’une valeur absolue (le prix de la valeur ajoutée des firmes françaises), ce qui serait presque amusant si cela ne démontrait une parfaite ignorance de la notion de taux de change réel.

Plus bas dans son texte, le militant zélé s’emploie à écarter sans ménagement toutes les causalités qui gênent la pureté de son raisonnement. C’est ainsi qu’il prétend que le coût des consommations intermédiaires en services et en énergie, qui pourrait expliquer les déboires spécifiques de l’industrie française, n’affecte pas plus celle-ci que l’industrie allemande. Ce qui est amusant, c’est que quelques lignes plus loin, il nous affirme (avec raison) qu’il est "essentiel de conserver une base industrielle importante fortement consommatrice en services aux entreprises, qui représentent 80% de la valeur ajoutée manufacturière". D’accord, mais pourquoi passer sous silence le fait que les firmes industrielles allemandes consomment moins de services (60% de leur valeur ajoutée) et se fournissent auprès d’une main d’oeuvre tertiaire dont les salaires progressent beaucoup moins rapidement qu’en France?

La certitude militante au risque de la vérité des faits

La question que soulève la tribune libre de Mr Navarro est de savoir si les marges françaises dégringolent par rapport à reste du monde à cause de l’euro cher. Comme sa stratégie démonstrative est inadéquate, tentons de la reformuler en termes corrects, avant que de la confronter aux faits.

Pour expliquer l’évolution du taux de marge relatif des firmes françaises, par rapport aux firmes de nos principaux partenaires commerciaux, nous devons confronter l’évolution de deux autres variables relatives:

-le prix de la valeur ajoutée française, relativement à celui des autres pays, c’est-à-dire le taux de change effectif réel déflaté par le prix de la valeur ajoutée. Plus ce taux de change augmente, plus nos produits sont relativement chers, ce qui est bon pour nos marges. Il s’agit d’un indicateur de compétitivité prix.

-le coût de la production française en termes de facteur travail, relativement à celui des autres pays, c’est-à-dire le taux de change effectif réel déflaté par les coûts salariaux unitaires de production. Plus ce coût est important, moins nos entreprises prélèvent de marges. Il s’agit d’un indicateur de compétitivité coût.

Dans l’hypothèse où l’euro cher pousserait nos entreprises à diminuer leurs prix, cela impacterait négativement leurs marges, à moins que des améliorations de notre compétitivité coût ne compensent ce phénomène.

Qu’en est-il depuis le lancement de l’euro?

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D’après les statistiques européennes, il apparait que depuis 2001, le prix relatif des produits élaborés en France, par rapport à la zone euro, puis 37 partenaires commerciaux, a augmenté respectivement de 0,5 et 8%, alors que le coût unitaire relatif en travail progressait bien plus rapidement, de 3,8 % vis -à- vis de la zone euro et de 13,7% vis-à-vis d’un panel plus large de pays. Les écarts sont encore plus importants si l’on rapproche le prix des produits exportés (tableau 4 ) du coût unitaire relatif en travail manufacturier ( tableau 6).

Analysons maintenant le cas allemand, pour vérifier si les firmes de ce pays tirent leurs gains de leur capacité à mieux tenir leurs prix que leurs homologues hexagonales.

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Les entreprises allemandes ont bénéficié d’un diminution très importante des coûts unitaires de production vis-à-vis de la zone euro (-14,4%), deux fois plus forte que la baisse du prix de la valeur ajoutée.

Si l’on confronte les prix à l’exportation et les coûts salariaux industriels, on observe une baisse des prix assez forte (-8,2% par rapport à l’UE et -3,1% vis-à-vis de 37 pays), qui n’est pas compensée par une diminution des coûts.

Moralité: le prix relatif de la valeur ajoutée ne s’effondre point en France, bien au contraire. Il augmente même plus vite que le prix relatif allemand.
En revanche, il est débordé par la progression du coût unitaire en travail, qui découle d’une augmentation plus rapide des salaires par rapport à la productivité apparente du travail. Ce n’est donc pas du côté des prix relatifs, comme le prétend Mr Navarro, qu’il faut chercher pour comprendre les évolutions des marges, mais plutôt du côté des coûts unitaires de production, de l’innovation et des conditions de travail.

PS: dans le prochain billet de la rubrique " Les agités du neuro", on complétera la réflexion sur les conséquences de l’euro en examinant dans quelle mesure la monnaie unique protège l’économie française des chocs extérieurs.

Hors dépenses publiques, le PIB français est revenu à son niveau de 2007

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Depuis la crise de 2008, l’économie française est tenue à bout de bras par la dépense publique, qui a augmenté de 11% entre 2008 et 2014, tandis que la dépense privée chutait globalement de 1,7%. Hors dépenses publiques, le PIB français est retourné à son niveau de 2007 et continue sa dégringolade (-0,2% au deuxième trimestre 2014).

Ces statistiques passablement alarmantes montrent à quel point le pilotage de la politique budgétaire et fiscale de notre pays est délicat: la vraie rigueur (économies drastiques sur les dépenses sociales et/ou hausse des prélèvements obligatoires) est impossible, à moins de basculer dans la déflation; la relance nous est interdite en raison du niveau jugé trop élevé de notre dette publique et des déficits.

Le Gouvernement n’a d’autre choix que d’arracher un nouveau délai auprès de Bruxelles, ce qui lui permettrait de soulager fiscalement les ménages et de ne pas être obligé d’augmenter la TVA pour financer les allègements de cotisations sociales prévus au titre du "Pacte de Responsabilité".

Les agités du neuro

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Dans la rubrique "Les agités du neuro", on relèvera les sottises économiques les plus carabinées que les souverainistes donnent à lire et à entendre dans leurs diatribes contre la monnaie européenne.

Grandiloquent à souhait, vindicatif et toujours à côté de la plaque, le petit monde bcbg de la révolution fiduciaire ne saurait nous décevoir.

La France, une nation de migrants

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Les Français ne quittent pas volontiers leur pays, mais quand ils le font, ils embrassent le monde sans retenue et sont présents presque partout.

D’après les estimations du Pew Research Center, la diaspora française détient le record mondial du nombre de pays d’implantation, au total 83 pays dans lesquels on recense plus de 1000 résidens nés en France.

Le phénomène est très net en Amérique Latine ainsi qu’en Afrique, dont le morcellement politique et les liens culturels avec notre pays ne sont pas étrangers à l’intense dispersion géographique des Français.

L’intégration financière européenne se rétablit doucement

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La crise financière, aggravée par la récession puis les crises des dettes publiques ont sérieusement malmené le marché unique des capitaux monétaires, obligataires, boursiers, ainsi que celui du crédit.

Par exemple, les conditions d’accès au crédit restent difficiles pour des PME espagnoles ou italiennes, relativement à leurs homologues allemandes ou françaises.

Pour évaluer l’étendue des dégâts, la BCE a concocté un indicateur d’intégration financière, le SYNFINT, qui nous renseigne tant sur les volumes financiers échangés que sur l’homogénéité des prix.

A l’évidence, le marché unique des capitaux est convalescent.

Pour de plus amples précisions, on se reportera à un rapport de la BCE d’avril 2012, résumé ici.