Panorama mondial de l’impact macroéconomique des délocalisations

Grâce aux recherches du World Input-Output Database (avril 2012), nous pouvons nous faire une idée plus précise des  dégâts et des opportunités que provoquent les délocalisations à travers le monde depuis le milieu des années quatre-vingt dix.

Dans les pays et groupes de pays indiqués ci-dessus, la variation des revenus globaux (salaires, profits) qui sont tirés de l’activité industrielle  s’explique par le changement de trois variables:

  • Les débouchés intérieurs en produits finis (DOM DEM= demande domestique  nette d’importations);
  • Les débouchés extérieurs en produits finis (FOR DEM=foreign demand);
  • Les débouchés  extérieurs  en produits intermédiaires (OTHER= exportations de produis intermédiaires-importations de produits intermédiaires). Cette variable prend un signe négatif lorsqu’un pays importe  plus de produits intermédiaires qu’il n’en exporte, comme c’est le cas aux Etats-Unis, au Japon et en Europe.

Si l’on compare les équilibres débouchés internes/externes, on repère deux modalités de développement industriel:

  • Priorité à l’exportation: Allemagne, Japon , Royaume-Uni, Italie, France, Etats-Unis, Chine;
  • Priorité au marché intérieur: Union européenne, Russie, Mexique, Inde, Russie. Attention: il ne s’agit pas de protectionnisme, mais uniquement de repérer les pays dont les marchés intérieurs ont offert aux industriels locaux la majorité de leurs débouchés.

Intéressons nous aux délocalisations.  Les importations de biens intermédiaires destinés à fabriquer des produits finis vendus sur les marchés domestiques et étrangers sont  une mesure de l’intensité des délocalisations. On considérera que les délocalisations sont efficaces si elle permettent aux firmes locales de gagner en compétitivité sur le marché extérieur (exporter plus) et/ou intérieur (demande croissante adressée aux firmes locales).

A cette aune, voici, me semble-t-il,  les « perdants » et les « gagnants »:

  • « Gagnants »: l’Union européenne, dont l’industrie, à importation de biens intermédiaires comparable, a beaucoup mieux réagi qu’aux Etats-Unis. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne. Un bémol pour l’Allemagne: la performance spectaculaire des exportations de produits finis  (+ 150 milliards de dollars) ne doit pas faire oublier le déclin de la demande intérieure, qui a fait perdre 75 milliards aux firmes allemandes, ainsi que les pertes d’activité dues aux délocalisations.
  • « Perdants »: les Etats-Unis, pour la raison citée plus haut et surtout le Japon, dont les importations massives de composants étrangers ne lui ont pas permis de mieux résister sur son marché intérieur et d’exporter avec dynamisme.

La France et le Royaume-Uni sont deux cas problématiques.

En France, comme en Espagne ou en Italie, la demande interne et les exportations donnent du grain à moudre aux industriels. Toutefois, compte tenu du niveau élevé des importations de biens intermédiaires, cette performance n’est pas spectaculaire puisque les délocalisations annulent les 2/3 des revenus tirés de l’exportation.

Au Royaume-Uni, les revenus issus de l’activité industrielle n’ont pas progressé alors que les délocalisations sont très faibles.

Dans ces deux pays, que ce soit par leur (relative) inefficacité ou bien leur absence, les délocalisations n’ont pas fait leurs preuves.

About these ads

Une réflexion sur “Panorama mondial de l’impact macroéconomique des délocalisations

  1. Cet argument présente deux facettes, une d’ordre moral et une d’ordre technique. Dans son aspect moral, il cherche à jouer sur un sentiment de culpabilisation. Les emplois créés grâce aux délocalisations seraient bénéfiques à plus pauvres que nous, ce qui tendrait donc à réduire les inégalités mondiales, et seuls des égoïstes pourraient s’en désoler. Or, c’est pourtant un argument très peu moral quand on en observe la réalité. Certes, les délocalisations apportent des revenus à des gens en grand besoin, mais dans quelles conditions ? Il s’agit d’emplois qui doivent coûter le moins cher possible à l’entreprise, les salaires sont le plus souvent dans les faibles normes salariales locales, et il en est de même au niveau des conditions de travail. La productivité est souvent plus faible que dans les pays développés, mais qu’importe puisque la durée du travail y est beaucoup plus longue. L’économie se fait aussi sur les conditions de sécurité et d’hygiène du travail au détriment du travailleur, ainsi que sur les rejets polluants au détriment de la population environnante. Tous ces éléments relativisent donc fortement les bienfaits que les délocalisations sont sensées apporter aux populations locales [4] .

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s