Tonton protectionniste?

En jetant un oeil sur le site des « Rencontres Déconnomiques » d’Aix en Provence, organisées les 6 et 8 juillet en riposte aux Rencontres économiques,  je découvre l’improbable conférence du journaliste François Ruffin qui enrage que la gauche française n’ait plus la volonté de s’isoler du commerce mondial, condition indispensable à ses yeux pour mener à bien des expériences progressistes.

Appuyant sa démonstration à l’aide d’un exemple tiré de l’histoire, Ruffin exhume la proposition n°20 du programme électoral de François Mitterrand en 1981.

Il en extrait une phrase choc : « D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en dessous de 20% », qui prouverait que les socialistes cuvée 1981 étaient acquis à la cause protectionniste.

Dubitatif, je me suis penché sur les 110 propositions du candidat Mitterrand.

Voici l’exact libellé de la proposition n°20:

20 – Le franc sera défendu contre les manœuvres spéculatives. Le développement industriel et agricole et les économies d’énergie rendront la croissance moins tributaire des importations. D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en-dessous de 20 %.

Comme on peut le constater, la proposition socialiste n°20 est fort éloignée du protectionnisme tonitruant (« notre dernière arme »)  à la mode Ruffin.

En effet, la réduction de la part des importations dans le PIB n’était ni le moyen ni la condition de la réussite de la gauche,  mais le résultat d’un programme plus général de redressement économique à base de nationalisations et de subventions aux énergies non fossiles.

De surcroît, en consultant le grand livre de la comptabilité nationale, on s’aperçoit que les importations représentaient 23,94% du PIB en 1981, ce qui n’est pas très éloigné de l’objectif de 20%.

Comme rupture avec l’ordre existant, on fait mieux.

Certes, il y eut une petite guéguerre avec le Japon, en 1982, à propos des magnétoscopes. Mais elle fit pschitt.

En réalité, les socialistes de l’époque s’inspiraient  plus de Keynes que de List.

Dans son texte « De l’autosuffisance nationale » (commenté ici dans un ancien billet) Keynes appelait de ses voeux un développement plus auto-centré, non seulement pour apaiser les tensions commerciales et militaires entre pays riches, mais aussi  parce qu’il le concevait comme le point d’arrivée du vaste plan de dépenses publiques qu’il souhaitait mettre en oeuvre, à base de routes supplémentaires, d’écoles, de musées et d’embellissement des villes, toutes choses produites et consommées localement.

Rien à voir avec le protectionnisme pétaradant et agressif de certains.

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Une réflexion sur “Tonton protectionniste?

  1. C’est juste une intuition de ma part. Regardez et écoutez l’allocution de Ruffin et vous verrez à quoi ressemble l’agressivité cocardière de ceux qui érigent le protectionnisme en système.

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