35 heures et compétitivité: l’éternel faux débat

Très régulièrement, l’institut Coe-Rexecode déterre la hache de guerre contre les 35 heures accusées d’avoir déclenché le "cercle vicieux de la perte de compétitivité".

Le ci-devant Directeur général de Rexécode reprend cette lubie dans un opuscule intitulé : "Compétitivité: faut-il imiter les Allemands?".

Le raisonnement de l’auteur épouse la logique du "théorème d’Helmut Schmidt" (1976). Partant de l’adage bien connu «Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain », on remplace investissement par exportation, on affirme que les RTT ont fait déraper les coûts salariaux et le tour est joué.

Or, plusieurs faits contredisent  la thèse de Rexecode.

En premier lieu, le "cercle vicieux" de la perte de compétitivité a démarré bien avant l’application des lois Aubry et il s’est prolongé en dépit de leur remise en cause. Globalement, cela fait  20 ans que  la part des exportations françaises dans le commerce mondial  est en diminution.

Ensuite, le décrochage des exportations françaises n’entretient pas de lien évident avec la variation du coût variable en main d’oeuvre puisque, entre 1999 et 2005, le coût salarial unitaire diminue autant en France qu’en Allemagne. A force de se focaliser sur le coût en travail, on en oublie les coûts fixes, qui sont particulièrement importants dans certains secteurs, comme l’automobile.

Enfin, la loi de Kalecki nous enseigne qu’un excédent commercial correspond à un supplément de profit pour l’ensemble des entreprises exportatrices, du fait qu’elles vendent leur production à  des clients étrangers, sans avoir, en contrepartie, à  les salarier. Par conséquent, c’est parce que l’Allemagne exporte beaucoup que les profits progressent plus vite que  le PIB.

D’où vient le dynamisme exportateur allemand?

Côté coûts, le secteur manufacturier a tiré avantage de l’importation de biens intermédiaires (via les délocalisations) et de l’effondrement de la condition salariale chez les fournisseurs locaux de services aux entreprises, de transport ou de restauration (Natixis). Chez nous, en dépit des horribles 35 heures, les firmes industrielles  pratiquent les délocalisations à moindre échelle (cf graphique ci-dessous) et le salaire minimum protège quelque peu les employés du secteur tertiaire.

On devine vers quelle régression sociale souhaite nous amener Rexecode. En revanche, on se demande pour quels résultats, car avec la montée des coûts de production dans les pays émergents et les revendications salariales en Allemagne, le modèle d’Outre-Rhin  devrait s’essouffler, tandis que notre démographie dynamique ne nous oblige pas à chercher éperdument des clients  extérieurs.

D’ici là, espérons que notre pays aura mis l’accent sur d’autres aspects que la compétitivité coût, comme l’innovation et la qualité des produits. Nous voilà bien loin des 35 heures. Mais  justement, c’est  loin  des débats théologiques que résident les solutions aux difficultés du made in France.

DG

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2 réflexions sur “35 heures et compétitivité: l’éternel faux débat

  1. Ce n’est pas l’adoption des 35 heures qui explique la perte de compétitivité des autres pays européens… Encore une fois, ce n’est pas la France qui est une anomalie dans le paysage de la compétitivité, mais bien l’Allemagne, avec les diverses mesures qu’elle a mis en place depuis plus d’une décennie (sa politique de désinflation compétitive 2.0). Enfin, si toute la zone euro adoptait le modèle de croissance allemand (ce qui en soi serait une très sévère source de pressions récessives pour les Etats-membres), l’Allemagne perdrait son avantage "comparatif". Dans notre joli environnement non coopératif, les pays choisissent collectivement le mauvais équilibre. (Métaphore d’économiste : C’est un peu le dilemme du prisonnier. L’Allemagne gagne à dénoncer ses consoeurs. Mais si tout le monde se dénonce, tout le monde sera perdant)

    L’OFCE avait publié une jolie réponse-missive en début d’année à COE-Rexecode… http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/notes/2012/note10.pdf

    • Je suis d’accord avec vous. Comme le dit Emmanuel Todd, l’Allemagne a la stratégie de sa démographie, qui la pousse à chercher de plus en plus ses marchés et sa main d’oeuvre à l’extérieur (via les délocalisations)

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