Adam Smith et le commerce de surplus

Lorsqu’un économiste mainstream expose les principes fondamentaux de sa discipline, il  commence par  une nouvelle désagréable: les hommes sont voués à la rareté, de sorte que consommer plus d’un produit A, c’est renoncer à un peu du produit B.

Que peut faire l’homme dans cette vallée des larmes?

Il lui reste à employer au mieux ses ressources rares, comme le recommande par exemple la  loi des avantages comparatifs de David Ricardo: un pays à intérêt à concentrer ses facteurs de production dans l’activité qu’il réalise au moindre coût relatif.

Changement de perspective chez  Adam Smith, pour lequel le problème n’est pas tant l’allocation des ressources que la prévention du sous emploi.

Il explique en effet que l’exportation permet de valoriser les ressources inemployées d’un pays:

« Quels que soient les endroits entre lesquels le commerce international prend place,  tous en tirent deux avantages distincts. Il décharge les pays de ce surplus du produit de leur terre et de leur travail pour lequel il n’existe pas de demande chez eux, et ramène en retour quelque chose d’autre pour quoi il existe une demande. Il donne une valeur à ce superflu, en l’échangeant contre quelque chose d’autre, qui puissent satisfaire une partie de leurs besoins, et accroître leurs plaisirs. » RDN, l. IV, chapitre 1.

Ainsi donc,  les exportations ajoutent de l’activité sans retrancher à l’industrie locale, alors que la spécialisation ricardienne entraîne la réduction de la production du bien importé.

On sait bien qu’il existe une catégorie d’économistes plus ou moins « hétérodoxes » qui ne postulent pas le plein emploi des ressources (à titre illustratif, je pense à un débat récent qui opposa Jean Paul Fitoussi à Patrick Artus à propos de la notion de croissance potentielle ).

Mais que  Smith lui même ait pris quelques libertés avec les  prémisses de la science économique n’est pas le moindre de ses attraits.

DG

Pour aller plus loin:

M. Lavoie, L’économie postkeynésienne, La découverte, 2004.

G. Meier, Theorical issues concerning the history of international trade and economic development, Mai 1988.

Michel Norro, Economies africaines, 1998, p. 21 (« Les modèles « vent of surplus« ).

Prochaine ballade smithienne: Les racines institutionnelles de la croissance

About these ads

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s