Les immigrés sont-ils trop peu qualifiés?

Actu des papiers, Migrations

Dans un précédent billet nous avons mentionné le projet libéral de constitution d’un "marché des migrants" . Cette formule permettrait, selon l’économiste Gary Becker,  de sélectionner les "meilleurs" impétrants au moindre coût.

L’aimable "tri"  que l’on nous propose se double d’un bénéfice en termes de contrôle social:"Think of the advantages: young, skilled people who want to come, who are concerned about their children’s future, who are interested in freedom and family members" (*).

Dans notre pays également, la sélection des immigrés a ses défenseurs, surtout depuis l’élection de Nicolas Sarkozy.

Que disent les statistiques? Sur 100 migrants qui entrent en France, moins de 20 possèdent un diplôme universitaire, contre 38 au Canada ou 43 en Australie. La France attire une majorité de personnes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires (55%) alors que cette proportion n’est que de 40% en Grande Bretagne et aux Etats-Unis.

Or il suffit de s’arrêter un moment sur ces données issues d’une recherche récente de l’OCDE (**) pour revisiter l’idée que la France "sous-sélectionnerait" ses immigrés.

Dis moi qui émigre chez toi et je te dirai…

Une comparaison internationale démontre l’existence d’une tendance lourde: la proportion de migrants très qualifiés gravite autour de celle des natifs du pays d’accueil (Timothy Hatton 2007).

La France n’y déroge pas: 18,1% des migrants sont titulaires d’un diplome universitaire, soit un taux similaire à celui des natifs (16,9%). Aux Etats-Unis, les proportions sont également très proches (respectivement 25,9 et 26,9%).

L’Australie est bien plus sélective mais c’est aussi le pays de l’échantillon  dans lequel la proportion des natifs  qui poussent leurs études jusqu’à l’université est la plus élevée (38,6%).

Accueillons nous trop d’immigrés peu qualifiés?

En "valeur absolue" ce n’est pas faux: 54,8% n’ont pas de diplômes secondaires (contre 45,8% pour les natifs). De ce fait, le profil des migrants est identique à celui que l’on observe en Espagne, pays dans lequel 64% de la population n’a pas de diplôme secondaire.

Mais pensons en termes plus relatifs et comparons l’intensité en qualification des flux migratoires à celle des personnes nées sur place.

En France,  pour un migrant très qualifié, on observe trois non qualifiés (54,8/18,1). Ce rapport est de 2,7 en ce qui concerne les natifs .

Un écart existe, mais il est modeste (10%).

Malgré tout, est-ce préjudiciable à notre économie?

Pas forcément car lorsque la France "importe" relativement plus de non qualifiés qu’elle n’en "produit", elle se conforme à la théorie standard qui recommande à chaque pays d’ importer directement ou indirectement (par le commerce) le facteur de production qu’il possède en moindre abondance (pour les pays industriels, il s’agit de la main d’oeuvre non qualifiée).

La majorité des  pays riches (dont les Etats-Unis) suivent cette "loi", ce qui renvoie le  Canada ou le Royaume-Uni, pays qui accueillent des flux plus qualifiés que les natifs, au statut d’exception.

La France est dans une situation intermédiaire

D’un côté, elle n’accueille pas plus d’immigrés non qualifiés que les autres pays industrialisés qui importent de préférence cette catégorie de personnes, d’un autre côté, elle ne les "sur-sélectionne" pas non plus.

Voulons nous une population active et une immigration mieux formée? Dans ce cas, respectons le sens de la causalité et  inspirons nous des Etats-Unis, de la Suède ou du Danemark, pays dans lesquels la forte diffusion des études universitaires au sein de la population se répercute in fine sur la croissance économique, l’emploi…et le  profil des migrants.

En économie, ce genre de synergie s’appelle un jeu à somme positive.

D. G

(*) Au nom de ces mêmes valeurs, le Gouvernement américain encourage l’accession des ménages modestes à la propriété en garantissant les crédits immobiliers qu’ils contractent.

(**) Personnes de plus de 15 ans en 2001. Tous les chiffres sont visibles dans le tableau de Hatton (2007).

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