La France, patrie de l’intolérance?

Depuis quelques mois, la France donne à voir sa face la moins aimable, au travers des défilés et autres processions contre l’extension du mariage aux personnes de même sexe.

Malheureusement, les mouvements auxquels nous assistons semblent confirmer les résultats du World Values Survey (2005-2008), qui placent notre pays parmi les plus intolérants du monde industrialisé.

Florilège:

  • 26,8 des Français ne veulent pas de voisins appartenant à une autre "race", ce qui fait de notre pays le 12ième le plus raciste de l’échantillon ci-dessous, très loin devant les Etats-Unis (4,1%) ou l’Allemagne (8,6%).

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La carte suivante (publiée par le Washington Post) est encore plus percutante:

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  • 34,1% des Français se souhaitent pas de voisins homosexuels, contre seulement 9,4% en Espagne. Notons qu’à travers le monde,  l’hargnosité  se dirige avec plus d’intensité contre l’orientation sexuelle  d’un individu que sur son origine raciale supposée.

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  • 37,4% déclarent ne pas vouloir côtoyer un malade du sida, contre 18,3% en Allemagne

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  • 43,2% ne voudraient pas de travailleurs étrangers ou immigrés dans leur voisinage (7ième pays le plus xénophobe)

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  • 13,4% déclarent  ne pas vouloir côtoyer de personnes non mariées, ce qui place notre pays très haut dans la hiérarchie du rejet.

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Le sondage ne précise pas dans quelle mesure des voisins immigrés homosexuels, mais mariés et parlant le français, gagnent en acceptabilité. Il faudrait poser la question.

Si ces résultats sont avérés, alors les paroles d’évangile dont se targuent les adversaires du mariage universel masquent mal une peur qui, comme le chante le poète, tend  la patte.

La faim, les Roms et Nadine Morano

On est en droit de s’interroger sur les raisons qui poussent une partie des Français à s’essuyer les pieds sur les Roms.

Hier après-midi, sur BFMTV, une des figures de l’UMP, Nadine Morano, est allée jusqu’à prétendre  que les "Roms envahissent nos villes".

Comment expliquer cette hostilité?

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Il est aisé pour les bateleurs de foire d’agiter le spectre de l’invasion, dont quelques dizaines de milliers de Roms formeraient l’avant-garde, car ces derniers fuient un danger qui ne nous taraude plus: la faim.

Une enquête  de la Banque Mondiale  nous permet de comprendre que les Roms  installés en France ont de bonnes raisons d’y rester.  En effet, ces populations arrivent de pays où la faim n’est pas un vain mot: en Bulgarie et en Roumanie, plus de 40% des Roms déclarent qu’un de leur proche se couche avec le ventre vide. Pour les Roms, s’installer en France divise de 3 à 6 fois le risque d’être exposé à la faim.

Dans le même temps, les Roms de France demeurent surexposés aux privations, et  même s’ils se portent  mieux chez nous qu’en Bulgarie ou en Roumanie, leur intense pauvreté est beaucoup plus visible dans notre pays, où l’indigence a quasiment disparu.

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Reprocher aux Roms d’être trop pauvres  ici et dans leurs pays d’origine, c’est donner à croire que nos sociétés n’auraient pour seul devoir que de les expulser avec humanité. Or, les Roms, on aurait tendance à l’oublier, sont à la fois nos égaux et nos concitoyens européens.

Rien ne justifie  les extravagantes discriminations qui verrouillent le marché du travail et contribuent à leur très faible taux d’emploi en France (15% contre 65% pour  le reste de la population).

L’égalité des conditions, c’est un peu cela la République, mais Madame Morano n’y perdrait-elle pas son fonds de commerce politique ?

Un euro sur trois d’origine étrangère en France

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Avec le temps, les pièces d’euros étrangères deviennent monnaie courante en France (INED, avril 2012):

  • 90% des personnes résidentes dans l’hexagone en possèdent au moins une (24% en 2002)
  • 34% des pièces en circulation ont été frappées à l’étranger (5% en 2002).

Cette diffusion doit être relativisée.

Tout d’abord, le brassage des pièces est  inégal. Comme le montre le graphique ci-dessous, ce sont les pièces d’un ou deux euros qui se mélangent le plus, avec des niveaux respectifs de  60  et 56%, contre 12% seulement de pièces étrangères d’un ou deux centimes. C’est sans doute l’effet de la brièveté de la plupart des séjours qu’effectuent les étrangers sur notre sol: La capacité de circulation d’une pièce est le reflet des stratégies de paiement qu’adopte son porteur [4]. Par exemple, un cadre supérieur se rendant pour la journée dans une métropole étrangère a très peu de chances de procéder à des achats impliquant des pièces de quelques centimes d’euros. C’est en revanche plus plausible dans le cas d’un travailleur frontalier effectuant des achats de détails (pain, cigarettes, médicaments) sur son lieu de travail à l’étranger (INED).

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Ensuite, le mélange est loin d’être parfait, puisque le porte monnaie des résidents français  contient deux tiers de pièces françaises, alors que notre pays émet seulement 20% des pièces en circulation dans la zone euro.

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Enfin, 80% des euros étrangers qui se diffusent sur le territoire français proviennent de nos principaux voisins et partenaires commerciaux (Espagne, Allemagne, Belgique, Italie).

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Les récentes hécatombes parmi les salariés bangladeshis (1127 morts dans l’effondrement d’une seule usine à Dacca) ont attiré l’attention sur les conditions de travail dans un pays qui est devenu le deuxième exportateur mondial de textiles. Avec un salaire minimum inférieur à 40 dollars, le Prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus évoque  un travail d’esclave.  Aux dernières nouvelles, suite à d’importants mouvements de grève, les entreprises occidentales installées dans ce pays promettent une amélioration des conditions de travail, notamment en matière de sécurité. Le Gouvernement du Bangladesh, quant à lui, promet d’augmenter les salaires.

Il y a bien longtemps, l’historien Fernand Braudel écrivait ceci : "Le premier étage de la société est celui de la subsistance, le second celui de l’échange ‘à vue humaine’ et le troisième celui de l’économie-monde. Le premier et le troisième étages n’obéissent pas à la loi (le premier parce qu’il n’en comprend pas le sens et le troisième parce qu’il se considère au-dessus des règles). Seul le deuxième étage, celui de la majorité des citoyens, reconnaît la légitimité des contraintes sociales".

L’hiver sans fin des bas salaires américains

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Aux Etats-Unis, cela fait belle lurette que les salariés non qualifiés ne constituent plus la majorité de la population. Cela ne les empêche pourtant point d’oeuvrer à l’enrichissement de tous les autres, et particulièrement des plus qualifiés (ou supposés comme tels), qui,  déchargés des tâches les plus éloignées de leur vocation intellectuelle, ont l’occasion de faire briller de mille feux tous leurs talents. En retour, une " juste" division du travail voudrait que les rémunérations des moins qualifiés profitent un peu des richesses crées par la crème du salariat. Or ce n’est point le cas, puisqu’en 2010, un salarié américain non qualifié retirait de son travail une rémunération moyenne équivalente au revenu moyen d’un américain de 1960. Renvoyés 50 ans en arrière par rapport au lot commun, ces travailleurs se retrouvent dans une situation relative assez proche de celle que connurent leurs homologues à la fin des années 1920.

L’Europe du Sud a rééquilibré sa balance courante

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Au terme d’une compression des salaires et de la dépense  intérieure, les pays du sud de la zone euro ont retrouvé l’équilibre de leur balance courante, qui n’avait cessé de se dégrader entre 2002 et 2008.

L’effort d’ajustement s’était renforcé depuis 2011. Partie de moins bas, l’Italie s’est ajustée en un an.

C’est en Espagne que le rééquilibrage a débuté le plus tôt. Aux dernières nouvelles, il se poursuit. Le PIB de ce pays continue de se contracter et le chômage  a atteint 27,16% en avril dernier.

Encore un effort et Madrid pourra clamer  "viva la muerte".

La boîte à outils de l’austérité

Depuis que la méthodologie de l’article de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (Growth in a time of debt)  a été remise en  question, les partisans de l’austérité ont perdu de leur arrogance. Obligés d’en rabattre un peu, les deux économistes de Harvard concèdent qu’il existe plusieurs voies pour enrayer la spirale de la dette publique:

"Nous devons nous rappeler que le choix ne se limite pas à une austérité sévère ou à des dépenses en roue libre (…) Les gouvernements ont utilisé un large éventail d’options à travers les âges. Il est temps de revenir à la boîte à outils ."  Que trouve-t-on dans la boîte à outils? : mise à contribution de l’Allemagne, placement de la dette auprès d’investisseurs institutionnels nationaux, pression à la hausse sur l’inflation, prise en charge d’une part de la dette par les banques centrales (Blog It’s the economy stupid )

A ce propos, un intéressant billet de Matthieu Plane, paru dans Le Blog de l’OFCE, montre que la France aurait mieux réussi que d’autres pays sa politique de rigueur (moindre incidence négative sur le PIB et l’emploi) parce qu’elle a mis l’accent sur l’augmentation des prélèvements obligatoires, plutôt que sur la diminution des dépenses publiques. En effet, accroître les impôts, surtout lorsqu’ils sont progressifs, affecte la consommation mais aussi l’épargne, alors que sabrer dans les dépenses publiques pèse entièrement sur la demande globale et le PIB. Cette politique permet d’obtenir des taux d’intérêt assez bas sur les marchés.  C’est le cas pour la France, comme l’indique le graphique ci-dessous.

austéritéTiré d’un article de Christophe Blot (OFCE) , le graphique met en évidence l’échec de l’austérité aux Pays-Bas, qui a fait grimper les taux d’intérêt jusqu’au mois de mars 2013, date à laquelle ce pays a annoncé qu’il refusait de ramener le déficit public en dessous de la barre des 3% du PIB.

Il n’est donc pas impossible  de mener des politiques de rigueur assez intelligentes, étalées dans le temps et pensées dans le cadre d’une réforme fiscale.

A l’inverse, il existe deux façons de faire exploser la dette publique: tuer la croissance en coupant dans les dépenses publiques ou refuser de rembourser la dette au moment où les marchés financiers accordent leur confiance et n’ont aucune raison d’exiger des taux d’intérêts plus élevés.