La qualité des exportations manufacturières françaises vers l’Europe surpasse celle de l’Allemagne

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D’après les estimations de Hylke Vanderbussche, la qualité du "made in France" se situerait au dessus du niveau allemand et à proximité de l’excellence des pays nordiques.

Ceci expliquerait pourquoi, en moyenne, les produits français disposent en Europe d’une part de marché de 12%, contre 20% pour l’Allemagne.

En effet, les produits de haute qualité sont destinés à être vendus sur des niches étroites, plutôt qu’à une vaste échelle.

Depuis 2007, la qualité des exportations françaises se maintient, tandis que celle de l’Allemagne, de la Belgique ou du Royaume-Uni s’érode.

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Le graphique du jour

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La France n’est pas très loin de l’équilibre budgétaire structurel. Cela signifie que les efforts assez considérables qui ont été imposés à la population ont porté leur fruit. Cela signifie également que le déficit budgétaire dont on nous rebat les oreilles est le résultat de la récession. Le Gouvernement ne communique pas sur ces chiffres, c’est bien dommage pour lui, car ils pourraient être utiles pour redonner la confiance, contredire le populisme droitier et justifier le retour à une politique budgétaire moins austère.

Source: Natixis

Quand la gauche se convertissait au néolibéralisme

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Le sel de la vie politique française réside moins dans l’art de la joute que dans celui du contre-emploi.

Au cours des Trente Glorieuses, ce sont des gouvernements de droite qui édifièrent et étendirent l’état providence, comme si les électeurs cherchaient à se garantir contre tout excès en la matière. Les gouvernements conservateurs ont mené fort bien ce travail tout en prenant soin de maintenir un strict contrôle des capitaux, à l’instar des sociaux démocrates nordiques ou allemands.

A partir des années quatre-vingts, après avoir trainé les pieds, la France se rallie à la ligne économique néolibérale. Toutefois, afin de limiter les dommages sociaux, le pays confie cette mission aux socialistes, qui s’y collent avec la foi du charbonnier, tout en préservant la dépense publique et la redistribution sociale, auxquelles les classes moyennes doivent leur existence.

Bien sur, quand on observe la politique au ras des paquerettes, ce genre de paradoxe est impossible à percevoir. C’est tout le mérite de Rawi Abdelal, dans article un peu ancien (2005), mais très alerte, d’ expliciter comment des socialistes français ont codifié la libéralisation financière, à l’échelle nationale, européenne et mondiale, après l’échec de leur programme économique initial.

Loin des approches complotistes et fascisantes, qui voient dans cette conversion la main de Washington et la preuve de l’éternelle fourberie des "sociaux-traîtres", l’auteur nous explique que les socialistes se rallièrent à la libéralisation des capitaux après avoir constaté que les classes dominantes s’exonéraient aisément du contrôle des changes, tandis que les classes moyennes (leur électorat de toujours) étaient les seules à en subir la rigueur. Il montre également que la libéralisation des marchés de capitaux, impulsée par Jacques Delors au plan européen, fut légitimée par le projet d’unification monétaire, objectif hautement politique s’il en est et ô combien dans la tradition rationaliste française ("un marché, une monnaie").

J’ai découvert l’existence de ce papier par le truchement d’une navrante tribune de Jean-Pierre Chevènement, dans laquelle l’ancien ministre radote la trahison des socialistes en 1983 et se gargarise d’images d’Epinal à propos de la France et du parti socialiste, pays qu’il aime sans le comprendre et parti qu’il déteste sans savoir qu’il n’a jamais été l’émanation des classes populaires.

En réalité, Rawi Abdelal nous apprend que la doctrine anti-inflationniste était partagée par De Gaulle et que l’action d’éminents socialistes au sein des instances de l’Union européenne (Delors) , de l’OCDE (Chavranski) du FMI (Camdessus) ou de l’OMC (Lamy) correspond au génie français, qui préfère organiser, codifier la mondialisation financière plutôt que de la promouvoir dans le désordre, à l’anglo-saxonne.

Ce travail est intéressant pour comprendre à quel point notre pays s’illusionne lorsqu’il se voit tel le village gaulois qui résiste seul à l’Empire.

Quant à la gauche et à la droite, si elles correspondent bien à deux traditions distinctes et antagoniques, l’épreuve du pouvoir les contraint toujours à interpréter, chacune avec son style, une partition qui les dépasse.

En attendant le Franc

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Il revient à ma mémoire des souvenirs familiers. Je revois la pièce argentée de 5 francs, l’éclat doré du billet de 200 et la mélancolique coupure pascalienne…

C’est qu’à force d’invoquer le retour à la monnaie de jadis, les adversaires de l’euro finiraient presque par nous émouvoir.

Dans une tribune libre d’Agoravox, un petit important de la galaxie Marine Le Pen affirme que tout le monde nous ment. Se plaçant sous le magistère de Patrick Artus et de ses fameux "Flash Natixis", Aloïs Navarro promet qu’en substituant le bon franc au mauvais euro, il se produirait un choc immédiat de croissance de 2,25 % à 4,5%, pourvu que l’on dépréciât la monnaie tricolore de 10% à 20%.

Au terme de son mince article, ce monsieur pense nous avoir convaincu.

Ne nous attardons pas sur le manque de pédagogie de l’auteur, ses erreurs de transcription et son manque de clarté dans l’exposé des effets principaux d’une dévaluation. Allons directement au coeur des choses.

Tout d’abord, l’idée que la France souffre quand sa monnaie s’apprécie est très renseignée dans la littérature. Tout étudiant en économie le sait et les travaux de l’INSEE, de l’OFCE, du CEPII ou du Trésor rempliraient aisément la salle de jeu du bon Aloïs.

De plus, une lecture attentive des travaux de Patrick Artus montre que la France gagnerait assez modestement à la dévaluation: 1,6% de gains bruts en termes de PIB pour 10% de dépréciation du change. Artus ne nous précise cependant pas l’horizon temporel de ces gains. Or, traditionnellement une dévaluation met de 18 à 36 mois pour déployer tous ses effets. Notons que les désagréments de la dévaluation, représailles monétaires de nos voisins, effets sur les taux d’intérêt, risques financiers pour les entreprises endettées en devises,  effets d’entrainement du gain d’activité sur les importations, ne sont pas pris en compte.

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A la lumière des effets directs de la dévaluation (cf tableau ci-dessus),on observe que la France occupe une position intermédiaire qui ôte à cette politique les vertus miraculeuses que les nationalistes lui prêtent.

Certes notre pays s’en sortirait mieux que le Royaume Uni ou la Grèce, mais nettement moins bien que les Pays-Bas ou la Belgique. La raison en est simple: notre pays est l’un des plus fermés aux échanges de la zone euro. Ce n’est donc pas par la manipulation du change qu’on le ranimera, même si, en raison de notre faible spécialisation productive, la dévaluation y est plus efficace qu’ailleurs, du fait que peu d’exportateurs pourraient en profiter pour reconstituer leurs marges.

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Car c’est un enseignement des travaux d’Artus qui échappe aux mercantilistes, ces obsédés de la marge bénéficiaire: une dévaluation de 10% ne provoquerait qu’une hausse de 2,5% de nos prix à l’exportation, ce qui est l’un des taux les plus faibles de la zone euro (cf tableau ci-dessus )

Enfin, l’expert d’Agoravox devrait s’interroger sur l’adéquation des fins et des moyens à usage alternatifs. En effet, si l’on se fixe comme objectif de redresser le commerce extérieur, il est possible de déprécier notre taux de change réel (prix relatifs français vis-à-vis du reste du monde) en diminuant le coût du capital, en modifiant la fiscalité, en stimulant la productivité, la formation, le dialogue social, ou bien encore en améliorant l’efficacité des services. Tout ne repose pas sur le taux de change nominal. Et s’il est question de doper notre PIB, essentiellement constitué de la dépenses internes en biens de consommation et d’équipement, nous avons tout loisir pour cibler les dépenses publiques et les redistributions sociales les plus susceptibles d’exercer un effet multiplicateur sur le revenu et la dépense. Bref, quand on ne se focalise pas sur la destruction de l’union européenne, l’éventail des possibles est assez vaste.

Mais les nationalistes préfèreront toujours le songe au réel, le dolorisme à l’action et la pulsion identitaire à la paix des peuples.

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Il ne faut pas trop regarder le classement des blogs proposé par Wikio, puisque l’égomètre n’est jamais de bon conseil et qu’il n’est pas rare qu’un tel classement porte au pinacle quelques blogs plus ou moins douteux (Egalité et Réconciliation, Les Crises…).

Cependant, ce mois-ci, Le Reste du Monde se situe à la 12ième place, référencé sous son ancien nom EcoInter Views.

Il arrive que quelques billets, brefs et bien sentis, trouvent moult lecteurs.

Merci à eux pour leur attention…mais on ne promet pas de recommencer.

L’euro est-il le fléau de l’économie française?

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Pour rassurer les lecteurs, précisons d’emblée que ce titre ronflant n’est pas le genre de la maison et qu’il se réfère à une tribune libre publiée récemment sur Agoravox et intitulée: "La preuve que l’euro est le fléau principal de l’économie française".

Sans surprise, la qualité du document confirme celle de son titre et dans la mesure où c’est un sympathisant du Front National qui l’a rédigé, nous découvrons que l’économie n’est pas l’atout principal de cette obédience politique.

La vérité scientifique au risque de la certitude militante

Monsieur Aloïs Navarro, auteur de l’exploit, prétend que la monnaie unique serait la principale responsable de l’érosion absolue et relative des marges bénéficiaires de nos entreprises, notamment par rapport à leurs concurrentes allemandes.

Si je reformule les propos passablement confus de l’auteur, voici la cohérence d’ensemble de sa "démonstration":

1. La disparition du franc priverait nos entreprises de la possibilité de lutter contre la concurrence internationale, ce qui exercerait une pression à la baisse sur le prix de leur production
2. La diminution des marges bénéficiaires qui en résulterait aggraverait la pénurie d’investissements, ce qui piègerait nos entreprises dans une spécialisation productive de basse et moyenne gamme.
3. Depuis sa création, l’euro serait responsable de l’effondrement de l’emploi industriel.

Ces arguments ne sont pas nouveaux. Toutefois, la naïveté avec laquelle Mr Navarro nous les sert vaut son pesant d’or.

Dès l’entame, l’auteur ne sait pas très bien de quoi il parle. D’un côté, il nous explique que sortir de l’euro cher permettra d’augmenter les exportations. On imagine qu’il pense aux volumes exportés. Mais d’un autre côté, au paragraphe suivant, il nous dit qu’une dépréciation monétaire de 10% autoriserait nos entreprises à accroître leurs prix de vente de 10%, sans que cela ne gêne les clients étrangers. On peut concevoir l’utilisation de la dépréciation du change pour améliorer proportionnellement les marges des firmes, mais dans le cas d’espèce que décrit l’auteur, à savoir des entreprises françaises "preneuses de prix" qui vendent des biens peu différenciés à forte élasticité-prix de la demande, la stratégie la plus répandue consistera plutôt à baisser le prix en devise et/ou à ne pas augmenter le prix en franc, afin de s’assurer que le produit passe dans de meilleures conditions par rapport à celui des concurrents.

Poussant plus loin les feux de l’analyse, l’auteur use d’économétrie et arbore d’impressionnants liens de causalité statistiques entre l’appréciation de l’euro face au dollar et, d’une part, le prix de la valeur ajoutée des firmes françaises, puis, d’autre part, les marges bénéficiaires de nos firmes. A ce stade de la lecture, n’importe quel étudiant en économie éprouvera un sentiment de malaise. En effet, l’auteur est fautif à bien des égard. D’une part, il confond corrélation et causalité. D’autre part, il ramène la complexité des décisions de prix et de la formation du profit brut à une explication monocausale. Enfin, il rapproche une valeur relative (le prix du dollar en euros) d’une valeur absolue (le prix de la valeur ajoutée des firmes françaises), ce qui serait presque amusant si cela ne démontrait une parfaite ignorance de la notion de taux de change réel.

Plus bas dans son texte, le militant zélé s’emploie à écarter sans ménagement toutes les causalités qui gênent la pureté de son raisonnement. C’est ainsi qu’il prétend que le coût des consommations intermédiaires en services et en énergie, qui pourrait expliquer les déboires spécifiques de l’industrie française, n’affecte pas plus celle-ci que l’industrie allemande. Ce qui est amusant, c’est que quelques lignes plus loin, il nous affirme (avec raison) qu’il est "essentiel de conserver une base industrielle importante fortement consommatrice en services aux entreprises, qui représentent 80% de la valeur ajoutée manufacturière". D’accord, mais pourquoi passer sous silence le fait que les firmes industrielles allemandes consomment moins de services (60% de leur valeur ajoutée) et se fournissent auprès d’une main d’oeuvre tertiaire dont les salaires progressent beaucoup moins rapidement qu’en France?

La certitude militante au risque de la vérité des faits

La question que soulève la tribune libre de Mr Navarro est de savoir si les marges françaises dégringolent par rapport à reste du monde à cause de l’euro cher. Comme sa stratégie démonstrative est inadéquate, tentons de la reformuler en termes corrects, avant que de la confronter aux faits.

Pour expliquer l’évolution du taux de marge relatif des firmes françaises, par rapport aux firmes de nos principaux partenaires commerciaux, nous devons confronter l’évolution de deux autres variables relatives:

-le prix de la valeur ajoutée française, relativement à celui des autres pays, c’est-à-dire le taux de change effectif réel déflaté par le prix de la valeur ajoutée. Plus ce taux de change augmente, plus nos produits sont relativement chers, ce qui est bon pour nos marges. Il s’agit d’un indicateur de compétitivité prix.

-le coût de la production française en termes de facteur travail, relativement à celui des autres pays, c’est-à-dire le taux de change effectif réel déflaté par les coûts salariaux unitaires de production. Plus ce coût est important, moins nos entreprises prélèvent de marges. Il s’agit d’un indicateur de compétitivité coût.

Dans l’hypothèse où l’euro cher pousserait nos entreprises à diminuer leurs prix, cela impacterait négativement leurs marges, à moins que des améliorations de notre compétitivité coût ne compensent ce phénomène.

Qu’en est-il depuis le lancement de l’euro?

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D’après les statistiques européennes, il apparait que depuis 2001, le prix relatif des produits élaborés en France, par rapport à la zone euro, puis 37 partenaires commerciaux, a augmenté respectivement de 0,5 et 8%, alors que le coût unitaire relatif en travail progressait bien plus rapidement, de 3,8 % vis -à- vis de la zone euro et de 13,7% vis-à-vis d’un panel plus large de pays. Les écarts sont encore plus importants si l’on rapproche le prix des produits exportés (tableau 4 ) du coût unitaire relatif en travail manufacturier ( tableau 6).

Analysons maintenant le cas allemand, pour vérifier si les firmes de ce pays tirent leurs gains de leur capacité à mieux tenir leurs prix que leurs homologues hexagonales.

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Les entreprises allemandes ont bénéficié d’un diminution très importante des coûts unitaires de production vis-à-vis de la zone euro (-14,4%), deux fois plus forte que la baisse du prix de la valeur ajoutée.

Si l’on confronte les prix à l’exportation et les coûts salariaux industriels, on observe une baisse des prix assez forte (-8,2% par rapport à l’UE et -3,1% vis-à-vis de 37 pays), qui n’est pas compensée par une diminution des coûts.

Moralité: le prix relatif de la valeur ajoutée ne s’effondre point en France, bien au contraire. Il augmente même plus vite que le prix relatif allemand.
En revanche, il est débordé par la progression du coût unitaire en travail, qui découle d’une augmentation plus rapide des salaires par rapport à la productivité apparente du travail. Ce n’est donc pas du côté des prix relatifs, comme le prétend Mr Navarro, qu’il faut chercher pour comprendre les évolutions des marges, mais plutôt du côté des coûts unitaires de production, de l’innovation et des conditions de travail.

PS: dans le prochain billet de la rubrique " Les agités du neuro", on complétera la réflexion sur les conséquences de l’euro en examinant dans quelle mesure la monnaie unique protège l’économie française des chocs extérieurs.

Hors dépenses publiques, le PIB français est revenu à son niveau de 2007

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Depuis la crise de 2008, l’économie française est tenue à bout de bras par la dépense publique, qui a augmenté de 11% entre 2008 et 2014, tandis que la dépense privée chutait globalement de 1,7%. Hors dépenses publiques, le PIB français est retourné à son niveau de 2007 et continue sa dégringolade (-0,2% au deuxième trimestre 2014).

Ces statistiques passablement alarmantes montrent à quel point le pilotage de la politique budgétaire et fiscale de notre pays est délicat: la vraie rigueur (économies drastiques sur les dépenses sociales et/ou hausse des prélèvements obligatoires) est impossible, à moins de basculer dans la déflation; la relance nous est interdite en raison du niveau jugé trop élevé de notre dette publique et des déficits.

Le Gouvernement n’a d’autre choix que d’arracher un nouveau délai auprès de Bruxelles, ce qui lui permettrait de soulager fiscalement les ménages et de ne pas être obligé d’augmenter la TVA pour financer les allègements de cotisations sociales prévus au titre du "Pacte de Responsabilité".